Crédit : Courtoisie - Ander Alcaine

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LNH: le rendez-vous manqué du «Carey Price espagnol»

Publié | Mis à jour

Un Espagnol dans la Ligue nationale de hockey? 

«Juste d’y penser est complètement absurde», lanceront neuf personnes sur dix.                

Quand on s’imagine l’Espagne, il est vrai qu’on a d’abord en tête un pays où les températures chaudes, les plages et le soccer sont rois et maîtres. 

Pourtant, dans la petite ville de Jaca, commune espagnole située au cœur du massif montagneux des Pyrénées, le sport numéro un est, tenez-vous bien, le hockey. Oui, oui... Le hockey sur glace!  

Crédit photo : ostadium.com

Et Jaca, en 2012, aurait bien pu voir l’un de ses 13 000 habitants se tailler une place au sein des Maple Leafs de Toronto. C’aurait été une première pour l’Espagne, qui ne compte à ce jour aucun habitant ayant joué dans la LNH. Malheureusement, plusieurs circonstances, certaines particulières et d'autres tristes, ont fait avorter ce rendez-vous avec l'histoire.

Le joueur en question s’appelle Ander Alcaine. Son poste? Gardien de but. 

Partout chez lui, il est d’ailleurs connu sous deux sobriquets très révélateurs de son grand talent : «le Dominik Hasek espagnol» et... «le Carey Price espagnol». 

«Je te confirme qu’il aurait eu le talent pour la LNH. En fait, il avait tout.»            

Ces mots sont ceux de François Allaire, un homme dont la feuille de route en termes d’évaluation de gardiens de but est aussi garnie qu’un sommaire de match impliquant Connor McDavid. 

Mais quel est donc le lien entre Allaire, Ander Alcaine et les Maple Leafs?

Installez-vous bien confortablement. Vous allez être divertis.

Une décision banale aux «importantes» conséquences            

Ander a cinq ans lorsqu’il met les pieds dans un aréna pour la première fois. Une petite visite de courtoisie organisée par ses parents.

Sur la glace se déroule l’entraînement d’un petit club local. Rien d’excitant pour l’amateur de hockey moyen. 

Mais le jeune homme, lui, est immédiatement saisi d’un sentiment d’euphorie. 

«Je voyais tous ces joueurs avec leur bel équipement et je trouvais cela impressionnant au possible. J’ai tout de suite demandé à mes parents de me trouver un club», se rappelle-t-il. 

Crédit photo : Courtoisie - Ander Alcaine

Constatant l'indéniable coup de foudre de leur fils, les géniteurs d’Ander s’exécutent: ils l’inscrivent au hockey. 

Comment le patineur a-t-il fini par se retrouver dans le rôle de gardien? 

Le motif primaire est, vous le verrez bien, assez loufoque. 

«Dans ma première équipe, notre entraîneur était un Russe. Je ne comprenais absolument rien de ce qu’il disait et je savais qu’il faisait patiner les joueurs qui le faisaient répéter. J’ai donc opté pour la position de gardien!»

Le garçon ne le sait pas encore, mais cette décision, aussi banale puisse-t-elle avoir l’air sur le coup, aura de grandes conséquences et lui fera vivre d’innombrables aventures... 

Inspiré par... deux gardiens québécois!                

Au Québec et en Amérique du Nord, il est commun d’entendre un jeune joueur de hockey raconter qu’il calque (ou souhaite calquer!) son jeu sur celui d’une vedette de la LNH. 

Mais se faire dire par un Espagnol que ce sont deux gardiens québécois qui l’ont inspiré à se dépasser étant jeune, c’est spécial et ça en dit long sur l’impact que peuvent avoir les grands de notre sport national. 

«Dès ma première saison, j’ai commencé à regarder les faits saillants des matchs de la Ligue nationale de hockey. Je suis devenu un véritable passionné. En raison du décalage horaire (six heures plus tard en Espagne), je devais me lever très tôt le matin pour savoir qui avait gagné. Mais ça ne me dérangait pas du tout! Je ne voulais rien manquer.          

«Patrick Roy et Martin Brodeur ont été de grands modèles pour moi. Ils ont accompli de grandes choses. Dominik Hasek a aussi constitué une source de motivation. Je le trouvais tellement bon!»

Des prouesses à couper le souffle            

À force d’observer les moindres faits et gestes des légendes du circuit Bettman et habité par une éthique de travail irréprochable, Alcaine progresse très rapidement et se classe, en quelques années, parmi les meilleurs gardiens de son pays. 

Miguel Baldris, un Québécois repêché par les Sabres en sixième ronde du repêchage de 1986, a un jour pris la décision de s’envoler vers l’Espagne pour y poursuivre sa carrière. Le destin l’a mené vers Jaca où il a joué plusieurs saisons. 

Il s’est ensuite reconverti en entraîneur où il a eu l’occasion de diriger Ander Alcaine en club, puis avec l’équipe nationale. Mais il a, raconte-t-il, entendu parler du gardien bien avant d'être son instructeur. «Dès mon arrivée au pays», avance-t-il sans la moindre hésitation..

«À Jaca, tout le monde dit d’Ander qu’il a quelque chose de spécial en lui depuis qu’il a sept ou huit ans. Il y a déjà bien longtemps qu'il est une genre d’attraction, ici.»

C’est toutefois en 2011 que le portier se fait remarquer du monde extérieur pour la première fois, à l’occasion du Championnat du monde de l'IIHF, division I, groupe B, disputé à Budapest, en Hongrie. 

Crédit photo : Courtoisie - Ander Alcaine

Historiquement, l’Espagne avait pris l’habitude d’encaisser de légendaires dégelées lors des compétions internationales. Mais Ander Alcaine a, à lui seul, renversé cette tendance. 

Lors du match d’ouverture contre l’Italie, une puissance de la compétition (et éventuelle gagnante du tournoi), les espagnols sont démolis 60-8 au chapitre des tirs au but. 

Mais la tenue sensationnelle d’Alcaine permet aux siens de demeurer dans le match jusqu’à la dernière minute. Marque finale : 2-0 en faveur des italiens (le dernier but fut inscrit dans un filet désert). Calculez ça comme vous le voulez, mais on parle quand même d’une soirée de... 58 arrêts pour le portier espagnol!

Puis, en fin de tournoi, le jeune homme récidive et mène les siens à un gain de 3-2 en prolongation sur la Corée. Il enregistre cette fois 57 arrêts. 

«Je me faisais canarder à chaque partie, c’en était presque drôle», se rappelle Alcaine en riant. 

D’une façon très claire, Miguel Baldris résume à sa façon le souvenir qu’il a des performances du gardien, cette année-là. 

«Je le voyais multiplier les arrêts sensationnels et je me rappelle m’être dit "ciboi*e... Il est incroyable!"»

Grande première pour l'Espagne                

Évidemment, le rendement d’Alcaine ouvre les yeux de plusieurs, à commencer par ceux de son entraîneur-chef avec l’équipe nationale : Luciano Basile. 

À l'époque, l’homme dirige l’Espagne en été et agit également, en hiver, comme pilote avec Briançon, un club évoluant dans la Ligue Magnus de France, un circuit professionnel où sont passé plusieurs joueurs de la LNH au fil des années.

Basile, impressionné (avec raison) par les prouesses d’Alcaine, lui offre, dès la fin du Championnat du monde, un contrat avec son équipe. 

Ander devient alors le premier joueur formé en Espagne à s’engager avec un club professionnel en dehors de son pays d'origine. 

Une rencontre qui change tout                

Avant la saison, Alcaine est envoyé par Basile à un camp spécial pour les gardiens de but.

L’événement se déroule en Suisse et est organisé par un certain... François Allaire. 

À l’époque, le Québécois cumule déjà 25 années d’expérience en tant qu’entraîneur des gardiens dans la LNH. Il œuvre aujourd’hui chez les Panthers de la Floride où il y occupe le poste de consultant des gardiens. 

Contacté par le TVASports.ca, Allaire a volontiers accepté de revenir sur ses premiers moments en compagnie d’Ander Alcaine. 

«Ander Alcaine? Bien sûr que je me souviens de lui!», a d’abord lancé celui ayant notamment travaillé chez les Canadiens de Montréal. 

Crédit photo : Courtoisie - Ander Alcaine

«Je savais qu’un gardien espagnol venait au camp. J’étais intrigué par lui. Ce qui m’a sauté aux yeux dans son cas, ce sont ses qualités d’athlète. Il était très habile dans tous les sports. On faisait faire plusieurs activités aux gars pour maximiser leurs aptitudes physiques et il était toujours l’un des meilleurs, que ce soit au soccer, au basketball ou... au hockey!»

Allaire prend la peine de préciser «au hockey». Et ce n’est pas un hasard. Alcaine, lors du camp, est vraiment l’un des plus dominants sur la glace... malgré une compétition très relevée. 

«Dans le groupe senior, il y avait cinq ou six gardiens qui jouaient dans la Ligue nationale, notamment. Mais Ander était constamment en tête du peloton.»

C’est donc fin prêt et en ayant laissé une solide impression à François Allaire, à ce moment entraîneur des gardiens chez les Maple Leafs de Toronto, qu’Alcaine prend la route de Briançon pour y disputer sa première saison professionnelle.

«François m’a dit que dominer en Espagne était une chose, mais que je devais faire mes preuves en Ligue Magnus si je voulais vraiment prouver ma valeur», précise Alcaine. 

Et c'est exactement ce qui se produit.

Un espagnol dans la LNH?                

Dès son premier match en Ligue Magnus, Ander reprend là où il a laissé lors du camp d’Allaire : il est en parfait contrôle. 

Il signe un jeu blanc à son duel initial et ne dérougit pas lors des semaines suivantes. 

Ultimement, le portier conclut sa saison en menant les siens à une victoire en grande finale lors du championnat du circuit. Il remporte également le prix «Révélation du joueur de l'année», décerné par le réputé journal français «L'Équipe».

«Aucun gardien de 19 ans n’est titulaire en Ligue Magnus, souligne avec admiration Miguel Baldris. Lui, il a été nommé Révélation de l’année! Voilà une autre preuve de son talent hors du commun.»           

Et encore une fois, les performances d’Alcaine attirent l’attention des bonnes personnes. 

François Allaire, qui surveille le jeune homme depuis sa belle tenue lors du camp en Suisse, le contacte tout de suite après la saison. Il a une nouvelle à lui annoncer. Une superbe nouvelle. 

«François m’a téléphoné. Il m’invitait au camp des recrues des Maple Leafs! Encore à ce jour, ce fut la plus belle journée de toute ma vie», confie le gardien, qui raconte l’anecdote avec un immense sourire dans la voix. 

«Au fond de moi, oui, je croyais vraiment qu’il pouvait causer une surprise, précise Allaire. C’est la raison pour laquelle je l’ai invité. Dans ma carrière, j’en ai vu plusieurs qui ont confondu les sceptiques et qui sont parvenus, contre vents et marées, à se trouver un boulot dans la LNH. Ander avait un immense potentiel. Et j’en ai vu, des gardiens...»

Panoplie d’obstacles                 

L’annonce d’Allaire survient quelque part en mai. Le camp des recrues des «Leafs» s’ouvre en juillet. Cela laisse à Alcaine un bon 10-11 semaines de préparation. 

En Espagne, les arénas sont toutefois fermés en été. Et comme vous pouvez l’imaginez, il est également impossible, là-bas, d’avoir accès à une patinoire extérieure en plein mois de juin.

Mais peu importe. Ander a pris l’habitude, depuis son tout jeune âge, de ne s’entraîner qu'en gymnase durant l'été, puis de renouer avec la glace à l’ouverture des différents camps. Cet été là ne fait pas exception. Il fréquente la salle de musculation à raison de plusieurs fois par semaine. Il ne chôme pas, mais ne touche pas la glace non plus. 

«Ça a marché lors des autres saisons. Ça fera encore une fois l’affaire pour le camp des Maple Leafs», se dit-il naïvement. 

Mais la LNH, ce n’est pas l’Europe. 

«Je suis arrivé là-bas et j’ai trouvé cela extrêmement difficile lors des deux premières journées», concède Alcaine. 

«Tous les gars avaient patiné lors de l’été. Ça paraissait.»

Et au-delà de cette dure réalité qui le frappe de plein fouet, le gardien espagnol doit aussi composer avec un problème de taille qui handicaperait la très grande majorité des gars de la profession : un équipement tout neuf. 

Crédit photo : Courtoisie - Ander Alcaine

On sera tous d’accord là-dessus : un camp LNH n’est assurément pas le moment idéal pour «casser» de nouvelles jambières, une mitaine et un bouclier. Mais Alcaine affirme qu’il n’a pas eu le choix.

«Comme j’avais cette opportunité, je me suis dit que peu importe l’issue du camp, je me trouverais bien quelque chose en Amérique du Nord par la suite. J’ai donc dit à Briançon de ne pas m’attendre. Mais mon équipement appartenait au club et évidemment, ils ont tout gardé. J’ai dû me rééquiper au grand complet à quelques jours du camp...»

Évidemment, tout ça est loin d’aider Alcaine. C’est d’ailleurs, avance-t-il, ce qui explique son lent départ au camp. 

«Les gars venaient me dire que j’étais bon et de ne pas m’en faire. Ils voulaient sûrement être gentils avec "l’étranger", lance Ander en riant. Mais je savais très bien qu’ils n’avaient rien vu encore...»

Et comme de fait, les choses se replacent rapidement à compter de la troisième journée. 

«Dans mes souvenirs, il s’était bien tiré d’affaire après quelques jours. C’est sûr qu’il a dû s’adapter au rythme d’un camp nord-américain, mais il avait d’excellentes aptitudes devant sa cage. Il n’avait pas du tout l’air d’un gars perdu. Il se moulait très bien au reste du groupe au niveau du rendement», analyse François Allaire. 

«À l’époque, l’organisation des Maple Leafs regorgeait toutefois de jeunes gardiens dans les rangs mineurs et plusieurs étaient sous contrat. Le scénario n’était pas idéal pour Ander. On l’a félicité pour sa tenue et on lui a dit de retourner en Europe. On comptait vraiment suivre ses prouesses, cela dit.»

Le début de la fin                 

Début septembre 2012. Quelques jours après la fin du camp des recrues des «Leafs», Ander Alcaine fait face à un problème logistique. En Amérique du Nord, la plupart des clubs intéressants ont trouvé leurs gardiens en vue de la saison. En France, la campagne est sur le point de s’amorcer et la situation est identique.

Au même moment, la mère du gardien, qui se bat contre un foudroyant cancer depuis plusieurs années et qui demeure toujours à Jaca, voit son état se détériorer. 

Tous ses éléments mis ensemble, Ander choisit donc de retourner en Espagne, là où il pourra, conclut-il, continuer ses études en chirurgie dentaire tout en jouant au hockey et en veillant sur sa mère. C’est malgré tout loin d’être le scénario qu’il imaginait quelques mois plus tôt et son moral s’en ressent.

Crédit photo : Courtoisie - Ander Alcaine

«J’ai fait une mini-dépression à mon retour en Espagne, confie Alcaine. J’avais goûté à la France et à la LNH et voilà que je devais retourner jouer chez moi. Ce fut très difficile sur le plan psychologique.»   

Miguel Baldris avance que cette décision, aussi louable puisse-t-elle avoir été, a pratiquement rayé le gardien de la carte. 

«Il aurait assurément pu joindre les rangs d’une équipe de la NCAA et se construire une carrière professionnelle en Amérique du Nord. Il lui restait des options, j'en suis convaincu...»

Après quelques semaines en Espagne, Alcaine, dont l'état d'esprit vis-à-vis le hockey est toujours aussi fragile, prend la décision de se plonger à temps plein dans ses études. Il s’impose à lui-même, dans un objectif avoué de réussite scolaire, une contrainte où il se promet de demeurer chez lui lors des années suivantes pour ne pas se laisser distraire. Il continuera donc à jouer au hockey, mais dans son patelin et en parallèle avec son cheminement en médecine dentaire.

Une page se tourne                 

En avril 2020, Ander Alcaine annonce sa retraite. Il est âgé de seulement 28 ans, mais il est surtout fin prêt à intégrer le marché du travail. Aujourd’hui il est d'ailleurs l'un des chirurgiens-dentistes les plus importants d'Espagne. 

Globalement, il aura contribué à la conquête de huit championnats au sein des différents clubs espagnols où il a évolué. Il a aussi raflé d’innombrables honneurs individuels sur la scène internationale, puis a brillé lors de sa seule saison en France. 

Lorsqu’il pense à son expérience à Toronto, le portier ne peut s’empêcher de sourire. Il se rappelle d’abord les bons moments.

«C’était l’année où Morgan Rielly venait d’être repêché par les Maple Leafs. Il était le meilleur joueur sur la patinoire. C’était très impressionnant de le voir aller. Je n’oublierai jamais à quel point il était bon.  

«J’ai aussi eu la chance de co-chambrer avec Leo Komarov à l’hôtel. Un très bon gars avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir. Connor Brown était également du camp et avait démontré de belles choses.»

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

Même s’il est fier de ce qu’il a accompli, Alcaine ne peut s’empêcher de ressentir, dit-il, un immense vide lorsqu’il réalise le rendez-vous qu’il a manqué avec le hockey professionnel.

«J’adore mon emploi, mais je n’en suis pas passionné comme je l’étais avec le hockey. Quand je regarde en arrière, c’est difficile pour moi. Oui, j’ai des regrets et je crois que j’aurais pu accomplir davantage.»

L’avis est partagé par tout ceux qui l’ont côtoyé. 

«J’ai joué avec Jean-Claude Bergeron et Stéphane Beauregard, lance Miguel Baldris. Ander était vraiment meilleur qu’eux. Et ils ont tous les deux joué dans la LNH.»

François Allaire abonde dans le même sens. 

«Il aurait eu le talent pour la LNH, assurément. Il avait aussi le gabarit. En fait, il avait tout. Mais arriver dans un pays où le hockey est carrément une religion quand tu n’as jamais vu autre chose que l’Espagne, c’est beaucoup plus difficile que ça en a l’air. Et il a aussi pris des décisions qui l'ont éloigné du hockey. L'important, c'est qu'il soit heureux aujourd'hui.»

Le hockey espagnol doit faire mieux                

Tous les intervenants sondés sont également d’avis que la pauvre qualité de la structure du hockey espagnol a joué un immense et mauvais rôle dans l’histoire d’Ander.

«Il n’a selon moi pas été pris en charge assez rapidement. Ça aurait probablement tout changé dans son cas», clame Allaire. 

«J’aurais voulu qu’on me conseille mieux, approuve Alcaine. Qu’on m’indique des endroits où aller m’entraîner. Qu’on me dirige vers les bonnes personnes. Je crois que si j’avais eu un entourage qui connaissait un peu plus le hockey, l’histoire aurait été fort différente.»

Baldris, pour qui le hockey espagnol n'a plus de secret, ne peut qu’acquiescer. 

«Si Ander avait 18-19 ans en ce moment, avec les contacts et les ressources qu’on a maintenant, je suis convaincu qu’on le verrait partout.»

Lorsqu’on lui demande si l’Espagne saura mieux gérer l’émergence d’une hypothétique «pépite» à l’avenir, l’homme dans la cinquantaine se montre très clair.

«Absolument. Aujourd’hui, de plus en plus de dépisteurs suivent la ligue de France et même celle d’Espagne. Internet est aussi beaucoup mieux outillé pour permettre aux équipes d’étudier les espoirs à distance. Imagine si des équipes professionnelles étaient tombées sur des séquences d’Ander à l’époque de ses prouesses internationales. De la façon dont pensent les dirigeants espagnols en 2021, un bon jeune joueur quitterait l’Espagne à 12-13 ans. C’est ce qu’Ander aurait dû faire.»

Le «Carey Price espagnol»                

Ander Alcaine représente aujourd’hui un véritable modèle d’inspiration pour les jeunes patineurs espagnols. 

Signe de sa grande générosité et de son inépuisable passion, il offre, de façon bénévole, ses services à plusieurs écoles de hockey de son pays. 

Alors qu’il idolâtrait plus jeune Patrick Roy, Martin Brodeur ou Dominik Hasek, c’est maintenant à son tour de faire rêver la prochaine génération. 

Crédit photo : Courtoisie - Ander Alcaine

Si plusieurs, en Espagne, surnomment Alcaine «le Hasek espagnol», Miguel Baldris est catégorique quant au sobriquet que devrait porter son ancien protégé. 

«C’est le Carey Price espagnol ou rien du tout», s'exclame-t-il en gloussant.   

«Hasek était "tout croche"! Ander a beaucoup plus le style à Carey Price. Toutes les rondelles le frappaient.»

Plusieurs diront qu’il n’y a qu’un seul Carey Price. Rien de plus vrai. 

Mais il n’y a aussi qu’un seul Ander Alcaine. Ce gardien, malgré son rendez-vous manqué avec la LNH, aura su confondre les sceptiques à plusieurs reprises et faire rêver un pays qu’on associe à tout, sauf au succès sur une patinoire. 

C’est loin d’être banal.