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CF Montréal: l'espoir à surveiller en 2022

Publié | Mis à jour

Dix-sept ans et 339 jours. C’est l’âge qu’avait Rida Zouhir lorsqu’il est devenu le plus jeune titulaire de l’histoire du CF Montréal, en octobre dernier. 

Rares sont les espoirs de l’organisation qui ont su gravir les échelons à une telle vitesse. Un exploit qui suscite l’intérêt des partisans du Bleu-Blanc-Noir. Et avec raison.   

La question se pose: qu’est-ce qui rend ce milieu de terrain aussi spécial?

«Même avant qu’il soit signé, on savait. On entendait: “Rida Zouhir, c’est un joueur”», a affirmé l’analyste soccer Vincent Destouches lors d’un entretien téléphonique. 

«Il a du ballon ce gars-là. C’est un très bon joueur, qui a déjà la confiance que ça prend pour être un joueur de haut niveau. Il croit en ses capacités.» 

Tous ceux qui ont eu l’opportunité de côtoyer le Québécois d’origine marocaine ont d’ailleurs été marqués par le caractère de la recrue, qui se comporte déjà comme un vétéran. Nicolas Gagnon peut en témoigner.  

«C’est un personnage! Dans le bons sens», a confié Nicolas Gagnon à l’auteur de ces lignes. 

L’entraîneur-chef des U17 de l’Académie du CF Montréal n’a pas pu s’empêcher de rire lorsqu’est venu le temps de décrire son ancien protégé, qui est déterminé à réussir sa carrière chez les professionnels.

«Il a une confiance en lui et se fout un peu de ce que les autres pensent. Il entre sur le terrain et il veut faire une bonne impression à chaque fois.» 

«C’est quelqu’un qui est capable d’être un bon vivant, qui est rassembleur. Mais quand il n’est pas content, tu as aussi l’inverse, admet Gagnon. Il est capable d’être dur et un peu négatif de temps en temps, ce qui est normal avec quelqu’un qui a sa personnalité qui est en train de développer, son charisme et son leadership.»

CF Montréal
Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

À ses yeux, Zouhir est aussi imposant sur le terrain que dans le vestiaire, lui qui est capable d’assurer le rôle de leader au sein d’une équipe. 

Le coach de l’Académie a expliqué que l’équipe a toutefois dû faire quelques interventions auprès de Zouhir afin de canaliser ce caractère, que l’on peut comparer à celui de l’attaquant hondurien Romell Quioto.

«Quioto a un gros caractère, mais tu le veux sur le terrain, parce que c’est énorme ce qu’il t’apporte par rapport à ce caractère-là. C’est le genre de joueur que l’on veut dans son équipe», lance Gagnon.

Certes, avoir un désir ardent de gagner a de quoi en séduire plusieurs, mais ce n’est pas ce qui a marqué l’entraîneur-chef en premier. Gagnon se souvient parfaitement lorsqu’il a posé les yeux sur Zouhir pour la première fois sur un terrain.

«Cette rentrée en cours de match où il a changé la rencontre à lui seul», se souvient-il.

«Quand il est arrivé à l’Académie (en 2016), il était sur le banc un match et quand il est entré, c’était le meilleur joueur sur le terrain. Si je ne me trompe pas, l’équipe perdait. Il a été à l’origine de la remontée de l’équipe. Il a changé toute la dynamique sur le terrain avec toutes les qualités qu’on lui connait.»

Un joueur aux multiples talents   

Et les qualités de Zouhir sont nombreuses. Outre ses qualités techniques, une surpasse les autres. 

En effet, Zouhir n’abandonne jamais et est une machine d’entraînement, avance Gagnon.

«Si je ne me trompe pas, c’est le gars de l’Académie qui est revenu le plus en shape au retour de la pandémie, raconte-t-il. Ça nous a tous impressionné. Il est arrivé en mission.»

Ce n’est pas tout. Zouhir avait fait preuve d’une résilience exemplaire, lui qui revenait également «d’une grosse blessure de presqu’un an».

Le fait de voir des coéquipiers, d’autres milieux de terrain tels que Tommy Giraldo et Keesean Ferdinand signer avec le club aurait aussi fouetté Zouhir.

«Je suis certain que ça l’a motivé à s’entrainer pour tout défoncer et devenir pro le plus rapidement possible», juge l’entraîneur de l’Académie.  

«Ce n’est pas le plus rapide, ce n’est pas le plus fort, mais il est complet dans ses qualités techniques.» 

Gagnon a également venté la frappe de loin de Zouhir, qu’il juge «mortelle et très dangereuse.»

«Il a vraiment une belle passe longue, il a un bon tir de loin. Il est assez costaud, il est puissant. Quand c’est difficile, c’est là qu’il est à son meilleur.» 

Crédit photo : Courtoise CF Montréal

Déterminé   

De son côté, Rida sait exactement ce qu’il peut apporter à une organisation. L’espoir du onze montréalais s’est entretenu de longues minutes avec le TVASports.ca et a révélé ses objectifs pour la prochaine saison. 

«L’objectif reste toujours le même. C’est d’avoir le plus de minutes possibles, a révélé le milieu de terrain. La plupart du temps, je suis sur le banc et je ne rentre pas, mais ça fait partie de l’apprentissage. Ce sont les choix du coach et c’est comme ça.» 

«Si j’ai des minutes, tant mieux. Et si je ne les ai pas, il va falloir travailler plus fort.»

«Je pense que je pourrais apporter beaucoup de caractère, de l’envie sur le terrain, mais aussi du calme, a-t-il ajouté. Je suis un joueur qui ne stresse pas avec le ballon et qui aime faire jouer mes coéquipiers.»

Destouches a d’ailleurs eu l’occasion de voir le produit de l’Académie à l’œuvre lors du dernier camp d’entrainement.

«Tu voyais qu’à la fin d’un exercice, s’il n’était pas content de lui-même, il baisse un peu la tête, il n’est pas content de lui-même. Il a quand même des standards qui sont déjà élevés.» 

«C’est un milieu qui est relativement technique quand même, très à l’aise balle au pied. Il n’est pas arrivé en touriste. Il est venu pour jouer avec eux dans l’équipe.»

Zouhir a d’ailleurs tenu à livrer cette entrevue en soirée. Pas question de prendre un moment de répit durant le jour, qui est réservé uniquement à l’entraînement. 

Qu’est-ce qu’une journée typique pour Rida Zouhir? 

«J’arrive au centre d’entrainement vers 8h30. À 9h, je suis dans le gym pour tout ce qui est mobilité, étirement, activation. Et à partir de 10h, j’entre sur le terrain, car l’entraînement débute à 10h30. À 10h30, l’entrainement commence et je retourne plus tard à l’intérieur du gym faire un peu de haut du corps, tout ce qui est gainage. Je mange et je retourne à la maison me reposer.»

Et ça, c’est pratiquement tous les jours. 

«Il faut que je progresse tous les aspects de mon jeu sans exception», lance-t-il tout bonnement. 

Des débuts marquants   

Tous les efforts à l’entraînement ont porté fruit le 4 décembre 2020. Rida Zouhir gagnait la confiance du CF Montréal et signait son premier contrat chez les professionnels. 

Un moment important dans la vie de l’athlète. 

«On se sent fier, parce qu’on l’a travaillé, on l’aura voulu, mentionne-t-il. Mais ce n’est pas fini, ce n’est que le début. On se dit que, si on a travaillé fort et qu’on a réussi à avoir un minimum de succès en répétant la même chose, c’est sûr que dans l’avenir, on sera capable d’avoir plus de succès.» 

Zouhir a eu l’occasion de s’entraîner avec l’équipe première. Celui qui soufflera 18 bougies le 23 novembre s’est donc servi des nombreux conseils des vétérans du club.

Qui est son mentor? La réponse est tout de même surprenante.

«Je dirais que je m’entends beaucoup avec Kiki Struna et c’est lui qui m’aide tous les jours. Kiki est un grand frère pour moi, affirme Rida. Si j’avais un vétéran à référer, c’est lui.»

Son travail acharné n’est pas passé inaperçu. Le 8 août, Zouhir savourait ses premières minutes chez les pros face à DC United. 

«J’étais excité. Depuis que je suis tout petit, c’est ce moment-là que j’attendais, révèle le milieu. On apprécie ces minutes-là. Je dirais qu’il y avait un peu de bon stress avant de rentrer, mais c’est normal dans un stade avec 20 000-25 000 personnes.»

Le meilleur moment de la saison du jeune espoir est toutefois survenu quelques mois plus tard. Le 27 octobre, Nancy lui donnait le feu vert et le plaçait sur le XI partant en vue de la demi-finale du Championnat canadien face au Forge FC. 

Le numéro 38 a eu son rôle à jouer dans la victoire du CF Montréal en trouvant le fond du filet lors de la séance de tirs au but. 

Zouhir transforme son penalty -

«De tous les jeunes qui ont été signés en fin d’année dernière: Jean-Aniel Assi, on ne l’a pas vu, Nathan Saliba, on ne l’a pas vu. Rida, on l’a vu! Ça veut dire ce que ça veut dire sur sa progression à l’intérieur du club», analyse Destouches. 

Et maintenant?   

Maintenant que la campagne du Bleu-Blanc-Noir est officiellement terminée, à quoi peut-on s’attendre de Zouhir en 2022? Aura-t-il davantage de temps de jeu avec l’équipe première? Est-ce que prêt en Première ligue canadienne (CPL) est dans les plans? Comment sera-t-il utilisé par l’état-major du CF Montréal?

«Si tu restes à Montréal et que tu restes 5e ou 6e milieu, qu’est-ce qui arrive avec toi dans deux ou dans trois ans?»

Pour un jeune, obtenir du temps de jeu est la meilleure des formations. C’est pourquoi un prêt en 2022 serait la meilleure solution, selon l’analyste.

«Rendu là, autant le prêter, lui permettre de s’aguerrir comme ça a été le cas cette année pour Sean Rea.»

«Je pense qu’il sera plus amené à être entre un 6 et un 8, estime Destouches. On appelle ça un six et demi. Pas complètement un milieu défensif, mais pas complètement un milieu relayeur non plus.» 

Les chances de voir l’espoir du CF Montréal dominer dès l’an prochain sont très minces, mais la progression et le mince échantillon auquel les partisans ont eu droit cette année a de quoi en exciter plus d’un. 

«Il a encore des croûtes à manger, il ne lui suffit pas d’être dans le 18. Il est capable de plus», conclut Destouches. 

SPO-CF Montreal vs Forge FC
Crédit photo : Dominic Chan / Agence QMI