Patric Laprade

L’importance de Montréal pour Angelo Mosca

L’importance de Montréal pour Angelo Mosca

Patric Laprade

Publié 13 novembre
Mis à jour 13 novembre

Si vous êtes un amateur de la Ligue canadienne de football, il est presque impossible que vous ne connaissiez pas le nom d’Angelo Mosca. Un des meilleurs joueurs de l’histoire de la ligue, Mosca est décédé le 6 novembre dernier après avoir combattu la maladie d’Alzheimer pendant toute une décennie.

Toutefois, même s’il a connu ses plus grands moments avec l’uniforme des Tiger-Cats de Hamilton, Montréal a été d’une importance capitale dans la vie et la carrière professionnelle de celui qu’on surnommait «King Kong».

Le tout débute en 1958.

N’ayant pas terminé ses études universitaires, Mosca est embauché par les Tiger-Cats. Né le 13 février 1937 à Waltham au Massachusetts, l’athlète de 21 ans ne connait rien du Canada. En fait, il ne connait que les Canadiens de Montréal et les Maple Leafs de Toronto, qui venaient affronter les Bruins au vieux Garden de Boston.

Il est repêché au 350e rang par les Eagles de Philadelphie de la NFL l’année suivante, mais l’argent offert ne rivalise pas avec ce que Hamilton lui propose.

Après deux saisons dans la ville de l’acier, il est échangé aux Rough Riders d’Ottawa. À la fin cette première saison dans la capitale nationale, Mosca décide de suivre les pas d’athlètes tels que Gene Kiniski et Bronko Nagurski.

Sa carrière de lutteur débute à Montréal 

En effet, le 20 septembre 1960, Mosca annonce publiquement qu’il veut devenir lutteur professionnel et qu’il contactera le promoteur Eddie Quinn avant la fin de la saison de football afin de prendre les dispositions nécessaires à cet effet. Également natif du Massachusetts, Quinn, le plus grand promoteur de lutte de l’histoire du Québec, s’occupait aussi de promouvoir la lutte à Ottawa.

C’est Jack Kauffman, un journaliste sportif du Ottawa Citizen, qui avait convaincu Mosca d’essayer la lutte professionnelle.

«Il m’a convaincu que je trouverais dans la lutte professionnelle un travail intéressant dans lequel je pourrais gagner de l’argent, avait déclaré Mosca à l’époque. Le football est mon métier bien sûr, mais il n’y a pas de mal à faire des plans.»

Il est alors entraîné par le lutteur Matt Gilmore, aussi connu sous le nom de Duncan MacTavish, et par le Montréalais Gino Brito. D’ailleurs, Brito se souvient que Mosca était en très bonne condition physique pour quelqu’un de son gabarit et qu’il avait appris à jouer avec la foule très rapidement.

Le 26 novembre 1960, Mosca remporte la Coupe Grey, sa première de cinq, et est également nommé sur l’équipe d’étoiles de l’est de la LCF.

Un mois plus tard, il fait ses débuts dans la lutte professionnelle.

Des victoires rapides 

Annoncé, à juste titre, comme un joueur de football étoile et un champion de la Coupe Grey, le gaillard de six pieds cinq et de 265 livres remporte son tout premier match, le 28 décembre 1960, contre Angelo Savoldi au Forum de Montréal. Afin de protéger son manque d’expérience, le tout se déroule en seulement 2 minutes et 26 secondes.

Il profite de la saison morte afin de poursuivre cette nouvelle passion. On continue à lui donner de courts matchs. En février à Montréal, il défait son adversaire en un peu plus d’une minute. En mars à Ottawa, il bat le vétéran québécois Bob Langevin en quelques minutes. Il lutte également à Hull en mai avant de reprendre le collier de la saison de football.

Quatre combats, quatre victoires.

Alors que les joueurs de la LCF désirent une meilleure rémunération, surtout pour ceux qui participent à la grande finale, Mosca se sert de la lutte comme revenu d’appoint.

Un court séjour avec les Alouettes 

Si Montréal avait vu Angelo Mosca, le lutteur, naître, elle le verrait aussi en action dans l’uniforme des Alouettes.

En mars 1962, Mosca avait signé un contrat avec les Rough Riders d’Ottawa, avec qui il jouait depuis deux ans. Mais moins de deux semaines avant le début de la saison, le 29 juillet 1962, le bloqueur est échangé aux Alouettes en retour de Gene Gaines et Bob Bisacre.

Après son année remarquable de 1960, Mosca n’avait pas connu une bonne saison en 1961. À son arrivée dans la métropole, il n’a pas le statut de vedette, mais plutôt celui d’un joueur qui a besoin de rebondir pour être dans l’alignement partant à chaque match. Cependant, l’aventure montréalaise de Mosca ne sera que de courte durée.

Bien que l’histoire nous démontre maintenant qu’il était sur le point de devenir une grande vedette, il n’a jamais eu la chance de le prouver à Montréal. Mosca et l’entraîneur des Alouettes, Perry Moss, ne s’entendaient tout simplement pas.

Un gars à problèmes 

Certains racontent que Mosca avait la réputation, et ce à travers la ligue, d’être un gars à problèmes.

Et il fait avouer que cette critique à son égard est belle et bien fondée.

Alors qu’il joutait pour l’université Notre-Dame, il avait été libéré parce qu’il avait fait des paris sportifs, interdits à l’époque. Ensuite, à l’université du Wyoming, il avait été congédié pour vol. Il avait aussi été banni d’une ligue de basket-ball, dans laquelle il jouait durant l’entre-saison, pour avoir frappé un arbitre. Puis, en 1960, il avait été accusé d’avoir agressé un portier dans une taverne de Hamilton. Un mois après cet incident, il avait été échangé des Tiger-Cats aux Rough Riders d’Ottawa.

Pas le meilleur curriculum vitae, disons!

Le 4 octobre, après n’avoir fait jouer Mosca que cinq matchs sur un total de neuf, Moss, qui soit dit en passant, ne sera pas connu comme un des grands entraîneurs de l’histoire des Alouettes, expulse Mosca d’un entraînement.

C’est le début de la fin pour l’Américain.

Fort d’un dossier de 2-6-1, les Alouettes le placent au ballotage le lendemain, pour ensuite vendre son contrat à Hamilton. Bien que la somme n’avait pas été divulguée, on rapportait qu’il s’agissait du même montant d’argent que Montréal avait payé pour obtenir l’arrière Larry Hickman de Hamilton trois semaines auparavant.

«J’ai joué un bon match à Winnipeg la semaine dernière, alors il m’a assis cette semaine. Je ne peux pas comprendre cet homme. Je suis heureux de quitter cette équipe. Je plains mes anciens coéquipiers qui devront continuer à travailler pour Moss jusqu’à la fin de la saison», avait déclaré Mosca au moment de son départ.

Les Alouettes avaient pour leur part déclaré que «Mosca n’était pas méchant, mais qu’il n’avait pas pris son travail au sérieux, avait eu une mauvaise influence sur les autres joueurs et avait nui au bien de l’équipe».

Cependant, la saga de Mosca à Montréal ne s’arrête pas ici.

À l’automne de la même année, les Tiger-Cats éliminent les Alouettes en demi-finale de la Coupe Grey. Après la rencontre, certains joueurs de Hamilton décident d’aller serrer la main de leurs adversaires. Mosca est l’un d’entre eux. Mais les choses dégénèrent et lui et le joueur des Alouettes, Jim Reynolds, en viennent aux coups. Plus tard, Mosca affirmera que Reynolds lui avait donné un coup de poing au lieu de lui serrer la main, tandis que Reyndols dira que c’est Mosca qui avait parti le bal.

Les années 1960 n’ont pas été faciles pour les Oiseaux, alors que le club ne participera pas à une finale de la Coupe Grey durant cette décennie, n’ayant jamais été capable de pleinement se remettre du départ de leur quart-arrière légendaire, Sam Etcheverry. Incidemment, la saison 1962 a aussi été la dernière de Moss à la barre des Alouettes.

Retour à la lutte après 8 ans 

Mosca retourne à lutte professionnelle que huit ans plus tard, alors qu’il est finalement devenu le joueur vedette qu’on s’attendait de lui. Son séjour avec les Alouettes était peut-être un mal pour un bien. Les choses allaient se placer pour lui.

C’est à Montréal, en 1969, que ce retour s’effectue, alors que le dauphin d’Eddie Quinn, Johnny Rougeau, a dorénavant sa propre organisation, les As de la Lutte. Maintenant un heel, il affronte des favoris de la foule tels que Tony Parisi, Jacques Rougeau, Gino Brito et Eddie Auger. Cependant, c’est vraiment dans l’Ouest canadien qu’il fait sa marque à l’hiver et au printemps de 1969, jouissant de son statut d'étoile dans une ligue de football très populaire dans cette région du Canada.

En 1972, luttant toujours dans les entre-saisons, il quitte les As pour Lutte Grand Prix, alors dirigée par Édouard Carpentier, Yvon Robert Jr., Maurice et Paul Vachon. Les deux organisations se disputent le territoire. C’est donc les lutteurs qui en profitent, se faisant offrir de meilleurs contrats pour sauter la clôture. Principalement utilisé dans des matchs par équipe, il affronte les Dino Bravo, Jackie Weicz, Billy Two Rivers et Johnny War Eagle. Il quitte finalement le territoire au début de l’année 1973.

Après que sa carrière de footballeur se soit terminée en 1972, la lutte prend de plus en plus de place. À San Francisco en 1975, il a une rivalité avec le Québécois Pat Patterson. En 1981, cette rivalité se transporte du côté de New York, alors que deux de leurs matchs ont aidé à attirer des foules de plus de 18 000 personnes au Madison Square Garden. Mosca a aussi fait équipe avec son ancien patron, Mad Dog Vachon, alors que plus de 10 000 personnes les ont vus à Winnipeg contre les durs à cuire Big John Studd et Jerry Blackwell.

Après un court séjour comme commentateur à la WWF, les années 80 sonnent le glas de la carrière de Mosca dans la lutte professionnelle.

De Montréal à Hamilton, une carrière bien remplie 

Bien qu’il ne sera jamais considéré comme l’un des plus grands lutteurs de tous les temps, ses accolades se font beaucoup plus nombreuses dans le monde du football.

Il a remporté cinq coupes Grey, a été voté deux fois sur l’équipe étoile et cinq fois sur l’équipe étoile de l’est. Il a été classé au 37e rang des meilleurs joueurs de l’histoire de la LCF, élu au temple de la renommée de la ligue en 1987, au panthéon des sports de Hamilton en 2012 et au panthéon des sports de l’Ontario en 2013. Et finalement, les Tiger-Cats ont retiré son numéro 68 en 2015, devenant ainsi seulement le deuxième joueur de l’histoire de la franchise à se faire honorer de la sorte.

Et bien que son séjour avec les Alouettes ait été de courte durée, il est important de se rappeler de l’importance que la ville de Montréal a eue dans sa carrière.

Sans Montréal, qui sait s’il se retrouve avec les Tiger-Cats, là où il a joué pendant 10 autres saisons avant de se retirer. Et sans Montréal, pas d’Eddie Quinn, de Johnny Rougeau et de Gino Brito, et peut-être, une tout autre deuxième carrière.