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Pourquoi y a-t-il moins de gardiens québécois?

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Dans la Ligue nationale de hockey, il ne reste que deux Québécois occupant un poste de numéro 1, soit Marc-André Fleury et Jonathan Bernier. On est bien loin des glorieuses années 1990 à ce niveau, mais qu’est-ce qui explique cette perte de confiance envers le produit de la Belle Province?

Dans son nouveau balado-documentaire «Dans l’œil du chat», l’expert hockey Félix Séguin explore ce phénomène en compagnie d’acteurs du milieu. Les jeunes portiers de l’époque avaient un excellent modèle en Patrick Roy. Avec le Canadien de Montréal, «Casseau» a contribué à l’engouement des jeunes hockeyeurs pour la position de gardien de but. 

«Les succès ont été très rapides dans son cas. Déjà à 20 ans, il avait une coupe Stanley et un Conn-Smythe. Il y a eu beaucoup de jeunes joueurs de hockey au Québec qui ont décidé de dire que la position de gardien de but était attrayante», a indiqué François Allaire, qui est un véritable pionnier dans le monde des instructeurs de gardien et qui a travaillé étroitement avec Roy.

Il estime que les Québécois de l’époque étaient en avance au niveau technique, et qu’avec Roy faisaient également leur apparition les pièces d’équipement plus attirantes, loin des vieilles jambières brunes de l’époque.

Avec l’essor d’Internet, le Québec a toutefois perdu son avantage tactique. Il a été plus facile pour les instructeurs et les gardiens d’apprendre, mais aussi de se faire connaître, d’aussi loin que la Russie ou la Finlande.

«Le niveau d’enseignement mondial est tellement supérieur à ce qui se passait dans les années 1980-1990», a admis Allaire, qui a aussi travaillé avec les Mighty Ducks d’Anaheim, les Maple Leafs de Toronto et l’Avalanche du Colorado.

Aussi beau soit-il, l’équipement coûte aussi très cher. Selon l’instructeur David Marcoux, il manque également d’entraîneurs des gardiens et de ressources au hockey junior et mineur.

«On s’est peut-être assis sur nos lauriers un peu trop», a-t-il avoué, lui qui a notamment aidé Miikka Kiprusoff à remporter le trophée Vézina en 2006, avec les Flames de Calgary.

Toutes proportions gardées 

Entre 1990 et 2005, 61 gardiens québécois ont trouvé preneur à l’encan, dont Martin Brodeur, Roberto Luongo et Fleury, au premier rang en 2003. De 2006 à 2021, soit depuis la sélection de Jonathan Bernier, seuls 25 portiers provenant de la province ont été choisis.

L’arrivée de nouveaux bassins, comme le marché européen, et le perfectionnement de la façon de faire américaine sont des causes qui peuvent l’expliquer.

«Au niveau mathématique, le marché du Québec est un marché de 7-8 millions d’habitants. Quand tu compares avec les États-Unis, qui fournissent des gardiens de but maintenant, les Russes, les Suédois, les Finlandais et le Canada anglais aussi – qui est maintenant le plus gros producteur de gardiens de but – on peut dire qu’au niveau mathématique, on a beaucoup moins de possibilités [...] de faire la Ligue nationale qu’avant», a expliqué Allaire.

«Si je ne me trompe pas, moins de 30 % des joueurs canadiens viennent du Québec. On n’est pas supposé être automatiquement à 30-35-40 gars qui sont repêchés sur 300, a rétorqué le recruteur Stéphane Pilotte. Ça serait complètement illogique. Il faut ramener ça d’une manière mathématique.»

L’employé des Ducks rappelle que le Québec ne compte que pour 90 000 inscriptions au hockey à l’échelle mondiale. D’avoir un seizième des gardiens partants de la Ligue nationale n’est pas si mauvais.

Il faut également se réjouir des succès de nos athlètes québécois qui ne jouent pas au hockey. Par exemple, mentionne Pilotte, Maxime Crépeau, des Whitecaps de Vancouver dans la Major League Soccer, aurait pu faire un excellent gardien sur la glace.