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Canadiens de Montréal

«Le CH a carrément mis fin à ma carrière dans la LNH»

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On pourrait croire que tous les joueurs de l’édition 2020-2021 des Canadiens ont, malgré la douleur de la défaite en grande finale, une opinion favorable lorsqu’ils repensent à cette saison qui en aura surpris plus d’un. 

Mais non. 

Pour l’un des acteurs de cette édition finaliste, le négatif l’emporte assez aisément sur le positif lorsqu’il replonge dans ses souvenirs. Son nom : Michael Frolik. 

Évoluant dorénavant pour le Lausanne HC en première division suisse, l’attaquant de 33 ans, à qui le CH avait fait signer un contrat à l’aube de la dernière saison, en a gros sur le cœur relativement à la façon dont il a été traité par l’équipe. Il accepte malgré tout de s'ouvrir et de se confier au TVASports.ca.

Sa déception et sa frustration, même plusieurs mois après la fin de son association avec le Tricolore, sont évidentes. Ses mots, son débit et son timbre de voix parlent d’eux-mêmes.

«Les Canadiens ont carrément mis fin à ma carrière dans la LNH.»

Voilà qui ne laisse place à aucune interprétation et... qui donne le ton pour la suite de l'entretien. 

«J’ai souvent plaidé ma cause devant les entraîneurs»

Le 23 décembre 2020, Frolik s’entendait avec le CH sur les termes d’un contrat d’une saison évalué à 750 000$. 

Le Tchèque s’amenait à Montréal fort d’une fiche de 159 buts et 225 passes (384 points) en 850 matchs dans la LNH. Il avait aussi à son CV une conquête de la coupe Stanley en 2013.

Historiquement, on le savait capable d’amener un peu d’offensive, mais son rôle, au fil des années avait tranquillement migré vers le désavantage numérique et des tâches de profondeur. C’est exactement dans cette optique qu’il débarquait dans la métropole... en croyant qu’il allait y jouer. 

L’histoire, comme on le sait aujourd’hui, fut toutefois très différente. 

«Ce fut une année extrêmement difficile pour moi. En fait, je ne sais toujours pas pourquoi les Canadiens m’ont fait signer un contrat. Quand le club a déposé son offre, on m’a fait comprendre qu’il y aurait un poste qui m'attendait. Mais les dirigeants ont signé Corey Perry juste après. Je savais déjà que l’équipe était serrée au niveau de la masse salariale, donc je me suis dit : "oh, ce n’est pas bon". 

«Puis ce fut le début d’un interminable manège. Un joueur se blessait, puis un patineur était rappelé, mais ce n’était jamais moi. Je me suis souvent rendu dans le bureau des entraîneurs pour plaider ma cause, mais on me disait constamment que je ne jouais pas en raison du plafond salarial. C’était tout ce qu’ils savaient me dire, on dirait! Moi je leur disait : "ok, mais échangez-moi, dans ce cas-là!". Ils n’ont rien voulu entendre.»

Frolik n’a finalement disputé que huit petits matchs dans l’uniforme du CH. Encore aujourd’hui, il peine à y croire. Pire encore, il se dit d’avis que la formation montréalaise a directement contribué à la fin de sa carrière dans le circuit Bettman. 

Mentionnons que les Blues de St. Louis l’avaient invité à leur camp d’entraînement cette saison, mais ont finalement choisi de ne pas retenir ses services.

«Quand tu ne joues pas de la saison, c’est dur de garder le rythme et de te trouver une équipe la saison suivante, par le fait même. Je sais ce que j’aurais pu apporter aux Canadiens. Je suis un gars d’expérience et j’arrivais avec de bonnes intentions et un intéressant bagage d’aptitudes. Mais l’équipe ne m’a juste jamais donné d’opportunités. Oh, elle m’a donné huit matchs. Mais sur un quatrième trio à l’occasion de parties peu importantes. Oui, je peux te dire que je suis fâché contre le CH. Personne n’aime être laissé de côté à répétition. L’équipe a carrément mis fin à ma carrière dans la LNH.»

Le patineur ajoute qu’un élément contribue à augmenter le niveau de frustration qui l’anime. Avant son arrivée à Montréal, il comptait 850 matchs. Il en compte maintenant 858. Mais il croit pertinemment qu’il aurait pu atteindre le mythique plateau des 1000 si l’équipe l’avait traité autrement.

«Ça a toujours été un objectif de disputer 1000 matchs dans la LNH. Mais je dois encore disputer environ 150 matchs - l’équivalent de presque deux saisons. C’est beaucoup de hockey et avec la saison que j’ai eue l’an dernier, je ne crois pas être en mesure de retourner dans la LNH...»

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

Frolik tente toutefois de voir le beau côté des choses et il y parvient surtout lorsqu’il regarde tout ce qu’il a accompli dans le passé. 

«Je suis déçu, mais si on m’avait dit au début de ma carrière que je jouerais 850 matchs professionnels, je ne l’aurais jamais cru. Je suis fier de ce que j’ai fait. J’ai eu une super belle vie de hockeyeur professionnel. J’ai vécu de sublimes expériences dont, bien sûr, la fois où j’ai pu soulever la coupe Stanley.»

Marqué par deux joueurs en particulier 

Aussi frustré puisse-t-il être contre les têtes dirigeantes du club, Michael Frolik clame toutefois n’avoir que de bons mots à dire sur ses anciens coéquipiers. 

Lorsqu’on lui demande lesquels l’ont marqué le plus, sa réponse est immédiate.

«Carey Price arrive numéro un, évidemment. Ce qu’il a accompli en séries est juste incroyable. Nous savions que peu importe à quel point la situation était corsée, Pricer allait faire l’arrêt et nous sortir de l’embarras. C’était un sentiment très agréable. En fait, je n’avais jamais vu une telle prestation de ma vie chez un gardien. Il était dans une zone assez particulière. Si calme et si posé...

«Shea Weber m’a également beaucoup marqué. Il était vraiment un bon capitaine. Dans le vestiaire, il trouvait toujours les mots et il savait mettre tout le monde à l’aise. Pour l’avoir affronté souvent à l’époque où je jouais dans l’ouest, il est clairement le défenseur le plus difficile à affronter selon moi. Et j’en ai vu plusieurs, des arrières!»

Capitaine : deux candidats potentiels 

L’allusion à Weber ouvre la porte à une question plutôt évidente. 

S’il avait à choisir le successeur du no 6 au poste de capitaine, vers qui se tournerait-il, lui qui a quand même partagé le même vestiaire que la plupart des joueurs de l’équipe?

«Gallagher est avec l’équipe depuis longtemps. Il connaît le marché. Il travaille fort et est très respecté à l’interne. Je crois qu’il serait un très bon candidat. Sinon, Josh Anderson est aussi un joueur très engagé qui a le respect des autres gars. Il ferait lui aussi un bon capitaine.»

Pour l’attaquant tchèque, il est clair que l’absence de plusieurs joueurs-clés est directement responsable des actuels problèmes de l’équipe. 

«Il faut rappeler que le club joue présentement sans son gardien numéro un et vedette, sans son capitaine et sans Paul Byron, qui est un très gros morceau sur la glace même si peu de gens en parlent.»

Crédit photo : Photo d'archives, Martin Chevalier

Frolik ajoute que le leadership qu’exerçait Shea Weber était de grande qualité et ne devrait pas être négligé parmi les possibles causes de la présente déroute du club. 

«La situation de Weber change vraiment la donne. Un gros gars comme lui savait remettre les pendules à l’heure quand il le fallait. Ce groupe est vraiment tissé serré. Tous les gars sont là pour les bonnes raisons. Il n’y a pas de problème à l’interne, mais Webby est un gros morceau.»

En date d’aujourd’hui, Montréal n’a remporté que trois de ses 12 premiers matchs. Frolik se montre toutefois optimiste quant à la suite des choses. 

«Toutes les équipes traversent de dures séquences. Pour le CH, ça se passe en début de saison cette année. Mais je crois que tout se replacera rapidement.»

Élogieux envers Suzuki et Caufield

Michael Frolik, lors de son passage à Montréal, a aussi été à même de voir de près Nick Suzuki et Cole Caufield, deux jeunes joueurs qui représentent, selon plusieurs, le futur des Canadiens. 

Questionné à leur sujet, l’ailier gauche s’est montré à la fois élogieux et très rassurant. 

«Suzuki mérite le gros contrat qu’il a récemment signé. Il est tellement intelligent, tellement habile. Pour être franc, je n’avais jamais vraiment entendu parler de lui avant mon arrivée avec le club. Mais j’ai rapidement compris à quel point il était bon. Pour moi, il est clair qu’il deviendra le premier centre des Canadiens. Et pour très longtemps. 

«Caufield est quant à lui passé du collège au hockey de séries éliminatoires de la LNH. Il faut que vous compreniez que ce qu’il a fait en séries est fantastique. Cole est un joueur spécial. Son tir est l’un des meilleurs que j’ai vu de ma carrière. Il a aussi des mains extrêmement rapides. Il est à son meilleur quand il bouge ses pieds. Je sais qu’il a été envoyé chez le Rocket, mais attendez-vous à le revoir rapidement à Montréal. Cole Caufield sera une grosse vedette pour le Tricolore. Chaque chose en son temps.»

Heureux en Suisse 

C’est à partir de son appartement de Lausanne qu’il habite depuis peu que Michael Frolik livre ses états d’âmes. Si sa rancune envers le Tricolore est évidente, on le sent très serein et heureux lorsqu’il nous parle de sa nouvelle vie. 

Depuis le début du moins d’octobre, le Tchèque évolue pour le Lausanne HC, avec qui il a signé un contrat de deux ans. Comment s’adapte-t-il à cette nouvelle réalité européenne?

«La ville est très agréable. Je n’avais entendu que de bonnes choses sur Lausanne avant mon arrivée et je suis très heureux jusqu’à maintenant. L’eau et les montagnes à perte de vue... Impossible de ne pas être bien! J’ai deux enfants qui sont restés avec ma femme à notre maison de Floride, car mon plus vieux commence l’école cette année. Nous allons fonctionner comme ça cette année et nous verrons pour la suite.»

D’ordinaire très discipliné et posé, Frolik n’a pas besoin de grand-chose pour être heureux. Peu à peu, il trouve ses repères en Suisse et se bâti une nouvelle routine. 

«Habituellement, nous jouons les vendredis et samedis et nous avons du temps libre en semaine. Jusqu’ici, j’en ai profité pour me dénicher un logement et m’habituer tranquillement. J’ai entendu dire que la Suisse comptait plusieurs beaux terrains de golf. Ça tombe bien, car j’adore ce sport! Il fait cependant un peu froid pour jouer actuellement... Sinon, j’aime bien faire un peu d’entraînement musculaire et manger de bons repas. Prendre soin de moi.» 

Crédit photo : Lausanne HC

Sur la patinoire, l’ancien du CH compte actuellement cinq points en sept matchs, dont trois buts. Il évolue ironiquement sur un trio complété par... deux anciens joueurs de l’organisation des Canadiens. 

«Je joue présentement avec Jiri Sekac et Phil Varone. On se complète bien jusqu’ici! La glace est plus grande en Europe et c’est un gros changement pour moi. La ligue regorge de joueurs rapides et le rythme est assez élevé. Mais j'apprécie tout ça.»

Frolik conclue l'entretien sur une phrase des plus évocatrices.

«C’est très agréable ici, car j’ai beaucoup de temps de glace. Je joue sur l’avantage numérique, mais aussi en désavantage numérique. Je termine souvent mes matchs avec 20 :00 sur la patinoire. C’est bien de sentir la confiance des entraîneurs. Ça fait changement des dernières saisons...»

On se demande bien qui était visé par cette dernière déclaration...