Canadiens de Montréal

Ryan Poehling: plusieurs mythes réduits en cendres

Publié | Mis à jour

Le plus récent camp d’entraînement de Ryan Poehling en a révolté plus d’un. 

Sur les réseaux sociaux, les amateurs ont démontré beaucoup plus que de la simple déception à l’égard de l’Américain repêché par les Canadiens en première ronde du repêchage de 2017.    

Dans la vidéo ci-dessus, le journaliste Anthony Martineau et l'animateur Jean-Charles Lajoie discutent du «cas Ryan Poehling».

«Flop», «joueur désintéressé, beige», «futur Michael McCarron». Voila le type de commentaires que l’on pouvait lire en parcourant les publications concernant le no 25 du CH.

Évidemment, rien ne justifie ce type d’interventions. Absolument rien. Mais en y réfléchissant un peu, il est facile d’associer la grogne populaire à la confiance, aux attentes que les gens avaient envers Poehling. 

Avez-vous lu beaucoup de commentaires négatifs liés au renvoi de Jean-Sébastien Dea à Laval? Voilà. Vous comprenez le point.

Au début du camp d’entraînement, nous étions plusieurs à croire que Poehling se taillerait enfin un poste régulier à Montréal. 

«Assurément sur la quatrième unité, peut-être même sur la troisième», pouvait-on lire à gauche et à droite. 

En ce 15 octobre, c'est toutefois dans l'uniforme du Rocket de Laval, dans la Ligue américaine, que le jeune homme amorcera sa saison. 

«Il y avait des opportunités pour certains joueurs. Lui-même aurait aimé en faire plus, a commenté Dominique Ducharme, mercredi, à propos des performances de Poehling pendant le camp. 

Mais Ryan Poehling n’est pas un «flop» pour autant. Ni un «futur Michael McCaron». Et encore moins un «joueur désintéressé, beige.»

C’est du moins le message que martèle Brett Larson, l’entraîneur qui a dirigé Poehling à sa dernière saison dans les rangs universitaires américains. Par un heureux concours de circonstances, Larson a pu assister à l’entièreté de l’entraînement estival de son ancien poulain. 

«Cet été, j’ai vu un jeune homme qui a vraiment tout fait pour répondre aux attentes des partisans des Canadiens. Il n’a négligé aucun effort, je peux vous l’assurer.»

De quoi briser d’emblée le mythe du «joueur désintéressé»...

«Il était parmi les meilleurs»           

Cet été, l’Université d'État de St. Cloud a choisi d’ouvrir ses portes à tous les anciens joueurs du programme désireux de profiter des installations pour se préparer en vue de la présente campagne. Poehling, à l’image d’autres joueurs professionnels (dont quelques-uns de la LNH), a sauté sur l’occasion et s’est rendu dans le Minnesota, renouant ainsi avec un endroit qui lui était très familier. 

Larson, qui dirige toujours l’équipe de hockey de St. Cloud, a donc pu épier le pivot du CH de très près. Et il a adoré ce qu’il a vu. 

«Nous avons organisé des matchs lors desquels il était opposé à certains joueurs de la LNH et honnêtement, il était parmi les très bons joueurs sur la glace. Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est son explosion, sa capacité à se défaire d’un rival. Je me suis alors dit : "oh, il veut vraiment lancer un message cette saison."»

Crédit photo : PHOTO Ben Pelosse

Larson, qui connaît très bien Poehling, confie avoir perçu confiance, ambition et concentration extrême chez le joueur de centre qu’il a jadis dirigé. En quittant le Minnesota pour Montréal, Poehling semblait en pleine possession de ses moyens, avance Larson.

«Il était dans un excellent état d’esprit et croyait pouvoir démontrer ce qu’il savait faire. Sa mentalité a toujours été : "je contrôle ce que je peux contrôler et c’est tout."»

Aucun problème de motivation            

Le marché montréalais étant ce qu’il est, une performance décevante de la part d’un joueur dont on attendait plus engendre souvent une interminable fanfare de rumeurs et d'hypothèses farfelues. 

La plus récente, dans le cas de Poehling : l’absence du fameux sentiment d’urgence lorsqu’il foule la glace. «Il se fout carrément de son rendement», a-t-on pu lire à plusieurs (trop) endroits.

Informé du fait que ce commentaire sur l’attaquant revenait sans cesse depuis quelques semaines, Larson a une fois de plus voulu calmer le jeu, y allant de sa propre analyse de la situation.

«Personnellement, je n’ai jamais eu à motiver Ryan. C’est un gars qui adore le hockey. En 2018-2019, nous avions un club formidable et Ryan était l’un des gars sur qui les autres pouvaient se fier dans les grands moments. Il était l’un de ceux qui motivaient les autres dans les creux de vague. Il voulait toujours être à son meilleur parce qu’il souhaitait rendre hommage aux efforts de ses partenaires. C’est un gars comme ça.»

Maxim Lamarche, un défenseur québécois qui a joué avec Poehling chez le Rocket en 2019-2020, abonde dans le même sens. Pour lui, Poehling a toujours été un travailleur hors pair qui faisait passer les besoins de l'équipe avant les siens. 

«Ryan est un choix de première ronde et c'est certain qu'il aurait voulu être rappelé plus souvent par le grand club. Mais je ne l'ai sincèrement jamais vu arriver à l'aréna démotivé ou désintéressé. Il se présentait dans le vestiaire avec le sourire et était juste heureux d'être là et désireux de faire gagner l'équipe. Il aimait les gars et les gars l'aimaient tous énormément. Il a toujours travaillé très fort.        

«J'ai vu plusieurs joueurs non-rappelés avoir une attitude nonchalante par frustration. Ryan Poehling n'a jamais affiché l'ombre d'un comportement négatif. Et c'est tout à son honneur, car c'est certain que certains jours ont dû être difficiles à vivre.»

«Les partisans sont durs avec Poehling»        

Brett Larson a également rappelé l’importance de considérer les «facteurs externes» lorsque vient le temps d’analyser le développement d’un jeune joueur. Oui, il faut savoir reconnaître que Poehling, malgré les indéniables efforts mis à l’entraînement, n’a pas connu le camp espéré. Mais il faut voir plus loin, avance-t-il.

«Souvent, les gens oublient d’importants aspects lorsqu’ils critiquent un patineur comme Ryan. D’abord, tous réagissent différemment au stress et aux attentes. Ensuite, je trouve que les amateurs ont rapidement tendance à écarter l’âge de l’équation. Ryan est encore un jeune homme et les joueurs empruntent tous des chemins différents. Certains mettent simplement plus de temps que d’autres à adapter leur jeu à la réalité de la LNH. C’est comme ça depuis toujours et ce sera le cas encore longtemps.»

Maxim Lamarche renchérit. 

«Les gens ont la patience beaucoup trop courte avec les choix de première ronde. Ce n'est pas criminel que d'avoir besoin d'un peu plus de temps pour se développer. Les qualités de Ryan sont évidentes et sa situation actuelle n'est selon moi pas du tout inquiétante.»

Le défenseur de 29 ans, qui évolue aujourd'hui en Autriche, ajoute un point intéressant. 

«Les partisans sont durs avec Poehling. Pourtant, on a tous vu ce qu'un acharnement sur les réseaux sociaux pouvait engendrer. Plusieurs joueurs sortent de l'ombre depuis quelques semaines en avouant que cette réalité leur a causé du tort. Je n'ai pas vu Ryan souffrir de cet aspect directement, mais c'est certain que ce n'est pas quelque chose qu'il doit apprécier. Heureusement qu'il ne parle pas français!»

Un message clair           

L’ancien entraîneur de Poehling avait d’ailleurs un message à lancer aux détracteurs du no 25. 

«Ryan est une bonne personne. J’aimerais que les gens sachent qu’il se soucie vraiment de l’organisation pour laquelle il joue. Cet été, j’ai vu un jeune homme qui a vraiment tout fait pour répondre aux attentes des partisans des Canadiens. Il n’a négligé aucun effort. Et je pense que c’est ce que tu dois demander à un jeune joueur.»

Crédit photo : Photo d’archives, Martin Chevalier

Et Poehling, jure Larson, est un jeune homme très réceptif. Si jamais les entraîneurs du CH souhaitent qu’il modifie un quelconque aspect de son jeu, il le fera sans hésiter. 

«Il ne faut pas hésiter à parler avec lui, précise l’instructeur. Je me rappelle d’une discussion que nous avions eue ensemble à l’époque au sujet de sa façon de se comporter en territoire offensif. Je lui ai expliqué qu’il pourrait être bénéfique pour lui d’exploiter davantage son bon tir des poignets. Il avait tendance à trop vouloir distribuer la rondelle. Il a rapidement compris ce que je voulais dire et il s’est mis à décocher des lancers de façon plus régulière. Et les buts ont suivi!»

«Il deviendra un très bon joueur dans la LNH»           

À ceux qui seraient tentés de jeter le «projet Poehling» à la corbeille, Brett Larson lance une importante mise en garde.

«Chaque année, Ryan gagne en maturité. Je le vois grandir en tant qu'humain, mais aussi en tant qu'athlète. Je crois qu’éventuellement, les gens pourront voir le Ryan Poehling qu’ils espèrent encourager depuis le jour de son repêchage.»

Des propos qui, qu'on le veuille ou non, donnent espoir et appellent au calme ou, du moins, à la patience.

C'est donc dire qu'on verra un jour Ryan Poehling pivoter un trio régulier et avoir un impact significatif dans l'uniforme des Canadiens? 

«Oui! Je crois à 100% qu’il deviendra un très bon joueur dans la LNH. Il n’y a aucun doute pour moi.»

«C'est un joueur au coffre à outils bien rempli, ajoute Maxim Lamarche. Et il a du talent. Tu ne termines pas au premier rang des pointeurs du Championnat mondial junior par hasard. Tout est une question de confiance. Avec les qualités qu'il a, peut-être sera-t-il le deuxième centre du CH dans deux ans. Qui peut vraiment le savoir? Mais on doit lui laisser le temps d'atteindre son plein potentiel...»  

Maintenant qu'on sait que l'Américain ne néglige aucun effort pour réussir et qu'il est pronfondément attaché à l'organisation des Canadiens, voici une proposition. 

Et si on le laissait écrire sa propre histoire... sans le salir constamment/prématurement?