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Boxe

Tyson Fury et l'hiver québécois

Tyson Fury et l'hiver québécois

Jean-Charles Lajoie

Publié 12 octobre
Mis à jour 12 octobre

18 décembre 2010. Le temps de quitter ma voiture et d’entrer dans le Colisée à Québec, le vent glacial me saisit la colonne vertébrale. 

J’étais électrifié d’assister au premier choc entre Jean Pascal et Bernard Hopkins. Je n’étais pas seul. Le mythique édifice affichait complet. C’était une de ces belles soirées pour la boxe québécoise. La semaine avait été faste au Château Bonne Entente. Il y avait partout dans l’hôtel d’Alain April des foyers de bonnes histoires qui nous réchauffaient. Jean Pascal était au sommet de son autoproclamation, quoique légèrement intimidé par l’immortel Hopkins venu le défier ici au Québec. 

La finale de la soirée n’a déçu personne en dépit du verdict nul. À la boxe, un résultat qui ne fait pas de maître appelle une suite suffisante à combler les payeurs de tickets. Avec le recul, est-ce que j’ai assisté sans vraiment le savoir ce soir-là à une des plus grandes cartes de l’histoire de la boxe moderne en sol québécois ? 

Des champions du monde

Avant Pascal-Hopkins, Paul Malignaggi, Peter Quillin et Daniel Jacobs se sont tous battus en sous-carte. Les trois sont devenus champions du monde. En fait les quatre puisqu’un certain Tyson Fury s’est farci une décision sur huit rondes face à Zach Page. Alors au début de sa vingtaine, Fury séjournait occasionnellement au Kronk Gym de Detroit pour y recevoir les enseignements du regretté Emanuel Steward. C’est Steward qui a transformé Fury qui boxait de reculons. 

«Au Kronk, on boxe par en avant et on va chercher le K.-O.», lui a simplement dit Steward. 

Fury s’était lui-même vendu à Yvon Michel. Il était venu assister à une carte précédente à Montréal et il avait insisté pour se battre lors d’un gala de GYM. Tellement que le 18 décembre 2010 au Colisée de Québec, Fury a endossé son chèque de paye avant de le remettre à Yvon Michel. Autrement dit, il a payé sa propre bourse pour boxer devant les caméras de la télévision américaine. Une bagatelle de 10 000 $...

Les félicitations d’Yvon Michel

Samedi dans la nuit, Yvon Michel a félicité Sugar Hill, le coach de Fury, qui venait de descendre pour une deuxième fois de suite Deontay Wilder. Wilder avait misé sur un surpoids pour passer le K.-O. à Fury rapidement. Il est venu très près de gagner son pari au quatrième round. Mais Fury a de nouveau ressuscité à la suite des meilleures attaques du «Bronze Bomber». 

Sugar Hill a rapidement répondu à Yvon Michel dans la nuit de samedi à dimanche. Hill est un enfant du Kronk, un héritier d’Emanuel Steward. Un dur qui a trimé et s’est fait un nom en entraînant Adonis Stevenson. Ça lui a valu une embauche par le géant Fury, Britannique à la voix d’or et au charisme qui contraste avec la craque de plombier qui ressurgit à l’arrière de sa culotte courte. 

On va parler longtemps de la trilogie Fury-Wilder. C’était du noble art. Une trilogie parfaite... comme celle qui se prépare entre Jean Pascal et David Lemieux ?