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Rendez-vous historique à Foxborough

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Le monde du sport a vécu de grandes retrouvailles à différentes époques. Wayne Gretzky qui dispute un match face aux Oilers après l’échange qui l’a envoyé aux Kings. LeBron James qui revient à Cleveland sous les huées après qu’il soit parti pour Miami. Brett Favre, dans la peau de l’ennemi juré avec les Vikings, qui renoue avec les partisans échaudés des Packers. Rien, toutefois, n’égale la tension qui sera au rendez-vous demain soir pour le retour de Tom Brady à Foxborough.

Il n’y a rien d’exagéré dans ce constat. Brady contre les Patriots, c’est beaucoup plus qu’un match revanche comme il y en a eu des dizaines dans toutes les grandes ligues professionnelles.

Brady avec les Patriots, c’est évidemment six conquêtes du Super Bowl en neuf présences, 17 titres de division et 20 ans de mariage.

Le duel tant attendu, c’est surtout celui entre le quart-arrière et son ancien entraîneur-chef et tortionnaire à ses heures, Bill Belichick. Pendant deux décennies, leur puissante alliance a presque tout détruit. Combien de fois a-t-on vu dans le monde du sport deux partenaires au sommet de leur profession remporter six championnats ensemble pour ensuite en venir aux prises, sur les lieux où ces triomphes ont été concoctés au quotidien? Jamais!

Avec cet affrontement, suit inévitablement une grande question. Qui de Brady ou Belichick est le principal architecte de l’une des grandes dynasties dans l’histoire du sport?

Depuis que Brady a ajouté une septième bague la saison dernière à Tampa, plusieurs ont vite tranché le débat. Brady est un intouchable et Belichick est un paria, puisque le quart-arrière a tout gagné dans un autre environnement, tandis que son ancien mentor n’a pas su guider les Patriots en séries.

C’est tellement simpliste comme raisonnement que c’en est déconcertant. À ce compte-là, pourquoi les deux bagues remportées par Belichick lorsqu’il dirigeait de main de maître la défensive des Giants dans les années 1980 et 1990 ne comptent pas dans l’équation?

Une dynastie partagée

Et si la conclusion, c’était plutôt que le véritable ingénieur de la dynastie, c’est tout simplement cet indissociable tandem Brady et Belichick? Le savant fou et le travailleur dédié. Le bourreau qui inspire le respect et le martyr qui sort constamment le meilleur de lui-même sous la menace de la guillotine. L’empereur et le fidèle qui a fini par se rebeller.

Brady a rendu d’inimaginables services à Belichick et aux Patriots, c’est indéniable. Sans lui, Belichick montre une fiche inférieure à ,500, c’est aussi indéniable.

Mais est-ce que loin de Foxborough, Brady aurait été si bien entouré tout au long de sa carrière? Est-ce qu’à Jacksonville, Detroit, Washington ou en Arizona, on aurait même remarqué cet obscur choix de sixième ronde? Comment aurait-il été développé et dirigé?

Durant le règne de Brady, Belichick a été le stratège défensif par excellence. En 2001, lors du premier sacre des Patriots, la défensive était classée au sixième rang du circuit. En 2003, elle était première et l’année suivante, deuxième. Dans aucun des six championnats de l’équipe, la défensive n’a fait pire que le huitième rang.

Demandez à Drew Brees, Peyton Manning et Aaron Rodgers s’ils auraient souhaité être épaulés de la sorte...

Brady a pour sa part le mérite d’avoir souvent réalisé des miracles sans bénéficier d’armes nucléaires à l’attaque à ses côtés. Une grande part du mérite lui revient donc aussi.

Après 20 ans, autant Belichick que Brady réclamaient le divorce. Trop d’amertume, trop d’incompréhension mutuelle, trop d’ego. Le succès de l’un demeure intrinsèque à celui de l’autre. Bon moment d’anthologie !