Canadiens de Montréal

Bergevin doit rester

Bergevin doit rester

Michel Bergeron

Publié 02 octobre
Mis à jour 02 octobre

De toutes les nouvelles sportives de la dernière semaine, aucune ne m’a rendu plus heureux que de voir Guy Lafleur, droit et fier, se présenter à Gatineau malgré la maladie qui l’afflige afin qu’on souligne le retrait de son chandail numéro 4 de toute la LHJMQ.

Nous avons tous des gens à qui nous vouons un respect sans limites. Pour moi, Guy Lafleur entre dans cette catégorie. De tous les souvenirs que je garde de ma carrière dans le hockey, Guy fait partie des plus beaux. Et ils sont nombreux.

J’ai eu, tout d’abord, la chance de le voir jouer quand il évoluait avec les Remparts de Québec. À l’époque où il attirait les foules aux quatre coins du Québec, je me rappelle avoir assisté à certaines rencontres à Saint-Jérôme ou à Drummondville où j’épiais ses moindres faits et gestes. J’en étais à mes débuts comme entraîneur, et cette équipe, dirigée par celui qui allait devenir mon patron avec les Nordiques, Maurice Filion, faisait des ravages partout où elle passait.

Je l’ai suivi, ensuite, à ses débuts dans la LNH. Peu se le rappellent, mais ses premiers pas avec le Canadien de Montréal n’ont pas été de tout repos. Il ne jouait pas beaucoup, peut-être 8 ou 10 minutes par rencontre. Malgré tout, il ne se plaignait jamais, comme s’il savait qu’il avait le potentiel et que, un jour, son tour viendrait.

Et son tour est venu. Pendant plusieurs saisons, il a dominé la meilleure ligue au monde. Le Canadien des années 70 est devenu mythique par ses résultats, mais, sans Lafleur, cette formation n’aurait jamais été aussi spectaculaire.

Puis, il y a eu sa retraite hâtive, puis son retour dans la LNH avec les Rangers de New York, que je dirigeais. Je me souviendrai toujours du moment où Yves Tremblay m’avait appelé pour me demander si j’étais disposé à l’idée que Guy participe au camp de l’équipe.

Évidemment, j’avais accepté et l’on avait même tenu notre camp à Trois-Rivières. Tous les journalistes de Montréal étaient venus nous couvrir, au grand dam de Serge Savard et du Canadien! Guy s’était présenté au camp, sans contrat, dans une forme splendide. Après deux jours seulement, on lui faisait signer une entente.

J’ai eu, enfin, la chance de le diriger avec les Nordiques, et, croyez-le ou non, on a accolé une lettre sur son chandail pour la première fois de sa carrière.

Quand je dis que je respecte au plus haut point cet homme, c’est pour ça. Il n’a jamais été capitaine du Canadien même s’il en était le grand leader, mais n’en a jamais fait mention.

Chapeau à la LHJMQ 

Au fil des années, je me suis lié d’amitié avec lui. Rares sont les joueurs avec qui je suis allé souper dans ma carrière, mais Guy en a fait partie. Nos femmes s’étaient aussi liées d’amitié.

Si j’ai fait ce grand détour, c’est pour en revenir à l’essence de mon propos : Guy m’a fait vivre certains de mes plus beaux moments dans le hockey et chaque fois que je le vois être honoré me rend heureux.

Ça me rend heureux pour cet homme. Même diminué par ce satané cancer qui l’afflige, il était à Gatineau, mercredi, souriant et droit comme un chêne. Il a pris le temps de parler non seulement aux médias, mais aussi aux amateurs présents au tout nouveau centre Slush Puppie.

Il ne faut pas chercher plus loin pour comprendre pourquoi il a le respect de tout le monde.

D’ailleurs, chapeau à la Ligue de hockey junior majeur du Québec et à son commissaire Gilles Courteau pour l’idée de retirer son chandail aux quatre coins du circuit. Un honneur mérité puisqu’il aura marqué l’histoire de cette ligue à tout jamais.

Et ça, je peux vous le confirmer, car je l’ai vu de mes propres yeux.

Les échos de «Bergie»:  

J’ai fait partie de ceux qui ont critiqué Marc Bergevin au cours des dernières années. Je n’ai pas aimé certaines de ses décisions. 

Cela étant dit, quand on regarde l’effectif du Canadien, on voit une équipe bâtie par ce dernier. Son statut contractuel est nébuleux en ce moment, mais il faut qu’il demeure en poste à Montréal. 

Un nouveau directeur général arriverait avec de nouvelles idées, une nouvelle orientation et ferait inévitablement des changements organisationnels. On se rembarquerait dans un éternel recommencement. 

On peut critiquer le travail de Bergevin ou les choix de Trevor Timmins, mais il n’en reste pas moins que le noyau de l’équipe est plus solide que jamais. Pour le bien de l’équipe, il faut que le Tricolore offre une prolongation de contrat à son D.G. afin qu’il puisse continuer à travailler à son plan.

Une patate chaude 

Le dossier de Brendan Gallagher est délicat. Le fougueux ailier a signé une lucrative prolongation de contrat, l’an dernier, qui lui permet, à partir de cette saison, et jusqu’en 2027, de toucher 6,5 M$ annuellement. Pourtant, quand on regarde objectivement la charte de profondeur de l’équipe, on se demande comment Gallagher pourra conserver un rôle offensif significatif qui va justifier un salaire aussi important. Est-il meilleur que Josh Anderson? Tyler Toffoli? Cole Caufield? 

Dominique Ducharme devra trouver un moyen de satisfaire tout le monde. Le déclin annoncé de Gallagher fait en sorte que je ne crois pas qu’il sera le successeur de Shea Weber comme capitaine de l’équipe. Il faudra y aller avec un joueur plus jeune, plus prometteur. Pour moi, Nick Suzuki est le candidat idéal.

Drouin a du plaisir  

Jonathan Drouin a du plaisir et ça saute aux yeux. Dans ce dossier, il faut reconnaître l’humanité de Bergevin qui a compris la situation et respecté son joueur. Il a continué de faire partie de l’équipe malgré tout et, en aucun temps, l’organisation n’a fait miroiter qu’il devait gagner à nouveau sa place au camp d’entraînement. 

On le place en position de connaître du succès, avec Anderson et Christian Dvorak, et on sent qu’il est heureux. Je me suis même surpris, récemment, à prédire qu’il terminerait au premier rang des pointeurs de l’équipe...