Canadiens de Montréal

Guy Lafleur à fleur de peau

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Pour les partisans du Canadien, Guy Lafleur est Montréalais. Pour les fans des Remparts et des Nordiques, il est de la Vieille Capitale. Lafleur n’y voit aucun problème. Trente ans après sa retraite de la compétition, il continue de représenter les deux villes et le Québec entier avec grande fierté.

Mais il n’a jamais oublié qu’il est un fils de l’Outaouais.   

À Thurso, les gens sont heureux de dire que Lafleur a vu le jour dans leur municipalité et qu’il y a fait ses premières armes dans le petit aréna qui porte aujourd’hui le nom de leur héros, jusqu’à ce qu’il quitte le toit familial à 15 ans pour Québec.

Lafleur a fait connaître sa ville natale à la grandeur de la province.

En 1969, à l’âge de 17 ans, il devenait le porte-étendard de la nouvelle Ligue de hockey junior majeur du Québec.

BANNIERE GUY LAFLEUR -

Les amateurs prenaient d’assaut les amphithéâtres du circuit pour voir ce prodige qui avait commencé à faire parler de lui au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec.

La suite est passée à l’histoire.

Son numéro 4 retiré à jamais   

Lafleur était de retour dans son coin de pays, hier soir, pour une célébration spéciale en son honneur.

Une bannière frappée du numéro 4, qu’il a immortalisé de 1969 à 1971 avec les Remparts et qui ne sera plus jamais porté dans la LHJMQ, a été hissée dans les hauteurs du nouveau Centre Slush Puppie, domicile tout neuf des Olympiques de Gatineau.

Ce numéro était celui de Jean Béliveau, son idole de jeunesse et son modèle dans la vie.

Il l’a endossé dès son jeune âge et il l’a porté pratiquement tous les jours jusqu’à ce que le Canadien lui confie le 10.

«Dans le junior B à Québec, j’ai eu le numéro 17 alors que je jouais avec Guy Chouinard pour le CTR», a-t-il raconté.

Le CTR?

«Oui, pour Canadian Tire and Repairs», a-t-il spécifié.

Mais Chouinard et lui n’ont pas eu à vendre de pneus.

La larme à l’œil   

Lafleur a été égal à lui-même. Il tenait à être sur place malgré le rude combat qu’il mène contre le cancer. Il était accompagné de son épouse, Lise.

Il était de bonne humeur, mais il ne pouvait cacher son état de santé. Il courait après son souffle quand il a rencontré les journalistes avant la cérémonie.

Les organisateurs l’avaient mis bien à l’aise. Ils lui avaient dit qu’il n’aurait pas à prendre la parole devant les convives qui l’attendaient à des tables placées sur la patinoire s’il ne s’en sentait pas la force.

Mais ce n’était pas cette fois que Lafleur allait décevoir son public. Il est monté sur le podium au grand bonheur de tous, mais l’émotion est devenue trop forte.

On l’a vu tel qu’il est.

Humain, fort, vulnérable.

Les yeux dans l’eau, il s’est arrêté à quelques reprises pour prendre des bouffées d’air et retrouver son calme.

Tout ça sous les yeux d’une foule qui l’applaudissait et qui lui démontrait un appui indéfectible.

La vie est un combat   

On aurait compris s’il était retourné s’asseoir au côté de son épouse, Lise. Mais il a affronté l’adversité comme il le fait depuis toujours.

«On dit souvent que la vie est un combat, et c’est vrai», a-t-il dit.

«Ça me frappe depuis que je lutte contre la maladie, mais il faut continuer à se battre», a-t-il ajouté en parlant au nom des gens qui vivent la même situation.

«C’est important de continuer.»

Dures semaines à venir   

Lafleur a parlé de la nouvelle série de traitements qu’il entreprendra mardi prochain. Il sait ce qui l’attend.

Son médecin l’a avisé qu’il perdrait ses cheveux et qu’il ressentirait plus de fatigue.

Les prochaines semaines s’annoncent dures.

«Certains passent à travers, d’autres pas», a-t-il continué sans détour.

«C’est la loi de la jungle. Mais je me dis que si la médecine a réussi à fabriquer en un an un vaccin contre la COVID, des efforts peuvent être faits pour trouver des remèdes qui peuvent nous guérir du cancer.»

Les recettes recueillies hier soir seront d’ailleurs versées à la Société canadienne du cancer.

Le hockey est apparu bien secondaire après l’allocution de Lafleur, voire insignifiant.

Il nous a fait réaliser que la maladie ne fait pas de distinction, qu’elle frappe les riches comme les pauvres, les gens célèbres comme monsieur et madame Tout-le-monde.

Seul Guy Lafleur pouvait nous le rappeler de façon aussi authentique.

La vie continue.

De quoi faire oublier le vieux Bob   

C’est toujours difficile de dire adieu à un amphithéâtre où on a vécu de grandes sensations.

Pendant 64 ans, le hockey dans l’arrondissement de Hull, ça se passait à l’aréna Robert-Guertin.

Scotty Bowman a été le premier entraîneur des Canadiens juniors de Hull-Ottawa, en 1957.

Jean-Claude et Gilles Tremblay, Claude Ruel et Ralph Backstrom, notamment, ont joué sous ses ordres.

Des grands noms   

Dans les années 1970, les Festivals de Hull ont fait leur entrée dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec avant d’être rebaptisés les Olympiques.

Luc Robitaille, Benoît Brunet, Martin Gélinas, José Théodore, Claude Giroux, Maxim Talbot et plusieurs autres joueurs ayant évolué dans la Ligue nationale ont porté les couleurs des Olympiques avec brio.

Alain Vigneault et Pat Burns ont fait leur apprentissage derrière le banc au Vieux Bob avant de diriger le Canadien.

Souhait de Gilles Courteau   

Les partisans de l’équipe gatinoise vont toutefois se plaire au Centre Slush Puppie, une entreprise locale qui a versé 1,3 million pour 10 ans afin d’être identifiée au nouvel amphithéâtre.

L’édifice compte 4080 sièges auxquels s’ajoutent 500 fauteuils dans les loges corporatives. La capacité atteindra près de 5000 personnes avec les places debout.

Le complexe est doté aussi de trois glaces communautaires.

Les Gatinois ont attendu une quinzaine d’années avant que le projet ne voie le jour. Mais c’est vraiment une réussite.

Gilles Courteau, qui était sur place hier soir, a exprimé le souhait que la naissance du nouveau centre sportif sache inspirer d’autres villes québécoises faisant partie de son circuit à faire de même.