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Club de foot Montréal

Un espoir prometteur bientôt avec le CF Montréal?

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Imaginez ceci: un numéro 10 québécois sur le XI partant du Bleu-Blanc-Noir. Un rêve farfelu et tout simplement impossible, répondez-vous à l’auteur de ces lignes. Et pourtant, un meneur de jeu de 19 ans avec Montréal tatouée sur le cœur vise des minutes avec le grand club dès l’an prochain.

«Chaque jour, je pense à ça, a confié le produit de l’Académie du CF Montréal Sean Rea lors d’un entretien téléphonique. Quand la présaison recommence, je vais être là et je vais me battre pour un poste. C’est sûr à 100%.»             

Prêté cette saison en Première ligue canadienne (CPL) au Valour FC de Winnipeg afin d’acquérir du temps de jeu et de l’expérience, le jeune milieu offensif épate la galerie depuis son arrivée au Manitoba. Si bien que ses feintes et ses passes ahurissantes ont retenu l’attention des partisans montréalais. 

L’analyste soccer de TVA Sports Vincent Destouches n’est pas resté insensible face à ses qualités.

«Il a vraiment le potentiel de faire des wow dans les travées du Stade Saputo, lance-t-il. C’est ce genre de joueur créatif, qui a vraiment une bonne technique, un bon toucher de balle, qui aime les jeux en déviation, qui tente des gestes techniques qui sont beaux et qui ravissent la foule.»

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Un jeune qui ne cesse d'impressionner             

Ceux qui ont eu l’opportunité de côtoyer Sean Rea sur une base quotidienne avaient également mille et une choses à dire à son sujet.

«C’est un jeune qui a un avenir, a affirmé l’entraîneur des gardiens du Valour, Patrick Di Stefani. Il est très rapide, très vif. Il a une agilité, il est à l’aise et il a un bon QI football.» 

«Il est au-dessus pour la CPL. Ça c’est d’office.»             

Le milieu habile des deux pieds évolue à Winnipeg en compagnie d’un visage connu des amateurs du CFM. Son camarade de chambre est nul autre que le gardien du onze montréalais, Jonathan Sirois, avec qui il a passé plusieurs saisons à l’Académie. Et le portier sait exactement ce que son coéquipier peut apporter.

«Lorsqu’il est en confiance et qu’il a l’opportunité de s’exprimer sur le terrain, il peut causer beaucoup de problèmes aux équipes adverses. C’est ce qu’on est en train de voir.» 

À sa première campagne chez les pros, Rea est parvenu à obtenir dix titularisations et quatre passes décisives, et ce, malgré des débuts compliqués. 

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«C’est vraiment un bon joueur, ajoute Destouches. Très technique, numéro 10, comme on en a peu produit à l’Académie. Donc, ça a une valeur particulière et je pense que les gens mériteraient de le regarder un peu jouer en CPL. Et s’ils ne le connaissent pas, quand ils vont le découvrir, ils vont être étonnés.» 

Et l’espoir du CF Montréal est pleinement conscient de son potentiel.

«Le un contre un, c’est ma plus grosse force, s’exprime-t-il. Ma vitesse dans les premiers dix mètres, l’accélération quand je reçois le ballon, mettre mon attaquant dans la meilleure position pour marquer. Je pense que ça, c’est vraiment important pour un joueur offensif.»

Sur les traces de Nacho  

Après quelques années dans les rangs du FC Saint-Léonard, Rea fait son entrée à l’Académie en 2014. Lors de son parcours, il a l’opportunité de s’entrainer en compagnie de l’équipe première.

Âgé de 17 ans à l’époque, il a reçu les judicieux conseils du numéro dix de l’Impact: Ignacio Piatti. Ces moments en compagnie de l’Argentin le marqueront à jamais. 

«Je faisais un petit travail technique à la fin de l’entraînement, juste lui et moi, raconte-t-il. Et ce qui m’a surpris, c’est que c’est un homme tellement humble. Je n’y croyais pas. Quand il me parlait, il essayait vraiment de m’aider, de m’amener vers le haut.»  

«Il est incroyable à regarder et je veux être un joueur comme ça, où je donne du plaisir aux gens qui me regardent. Et les conseils qu’il te donne, tu prends ça et tu mets ça dans ton jeu. Directement.» 

Le moment de passer aux choses sérieuses             

Les sacrifices, les efforts et bien sûr, le talent du joueur ont mené au «meilleur moment de sa vie».

En décembre dernier, l’organisation annonçait en grandes pompes la mise sous contrat de Sean Rea. 

«C’était mon but, explique le milieu de terrain. Je voulais devenir joueur professionnel pour l’équipe où j’ai grandi, pour la ville où j’habite: Montréal. Pour moi, ça a été une très grande fierté et j’étais hyper content.» 

Mais le plus dur était encore à faire. Il fallait maintenant se battre pour du temps de jeu. Avec l’énorme congestion au milieu au sein de la troupe de Wilfried Nancy, le prêt en CPL semblait l’option la plus sensée. 

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«C’est l’une des meilleures décisions que j’ai prises de ma carrière pour prendre un pas vers l’avant, admet Rea. Je voulais vraiment essayer avec le CF Montréal pour prendre des minutes, mais je pense que pour un jeune, le plus important c’est de jouer.» 

«J’ai su que le Valour me voulait vraiment et on m’a dit que j’étais un joueur-clé. C’est ce que je voulais entendre.»

En avril, le Montréalais joignait les rangs du Valour et savourait ses premiers instants dans les rangs professionnels. Une excellente décision, estime Vincent Destouches. 

«Mieux vaut aller prendre de l’expérience, apprendre. Il a besoin de faire ces matchs-là, il a besoin de se prouver à lui-même et de prouver aux autres que, dans une ligue qui a un bon niveau, il est capable de faire ce qu’on sait tous qu’il est capable de faire, car il a énormément de talent.» 

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Encore en apprentissage             

Les débuts de Rea chez les pros ne se sont pas passés exactement comme prévu. Il s’agissait de ses premiers matchs face à des joueurs expérimentés. Quelques rencontres ont été nécessaires pour voir le garçon prendre son air d’aller et gagner en confiance, se souvient Di Stefani. 

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«Il est arrivé ici, humble, sachant que oui, tu dribbles trois quatre adversaires en U18, mais ici, t’es chez les hommes. Tu vas te faire brasser. Donc, il a dû vite apprendre et ça a pris un peu de temps», lance l’entraîneur belge. 

Qu’a fait Sean Rea pour remédier à ce problème? Travailler constamment et ne jamais abandonner. Tout simplement. 

«Ce qui m’a rendu là, c’est le travail. Oui du talent, j’en ai, mais si je ne travaillais pas autant, je ne serais jamais arrivé là où je suis», avoue le Québécois d’origine italienne.          

À partir de ce moment, la vie de Sean Rea ne se résumait qu’à deux mots: Entraînement et travail. 

«Quand tu n’as pas tes minutes, tu te décourages et tu vas vers le bas. Je me suis dit que c’était une nouvelle équipe et qu’il fallait que je me montre. À l’entraînement, je travaillais, je marquais des buts, je faisais des passes décisives. Quand les coachs ont vu ce que je faisais, ils m’ont donné plus de temps pour faire ça en match.»

Et lorsque l’entraîneur-chef Rob Gale a décidé de titulariser Rea contre York United en juillet, il n’a pas été déçu.

Une explosion aucunement surprenante             

Le Québécois a multiplié les caviars, terminant la rencontre avec deux passes décisives. Ses premières chez les pros. Une performance qui lui a donné énormément de confiance, «la chose la plus importante pour un joueur de foot», selon lui.

Rea ne voulait pas s’arrêter là. Il est parvenu à récolter deux autres passes décisives en cours de saison, dont un véritable bijou contre le FC Edmonton. Une passe en profondeur millimétrée de l’extérieur du pied, qui aboutit dans la course de l’attaquant. Une action de grande classe, vante Destouches.

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«C’est simplement ce que Sean peut faire tous les jours à l’entraînement, affirme le gardien Jonathan Sirois. Maintenant, c’est quelque chose qu’il reproduit en match.»

«Il ne se bat pas avec le ballon, ajoute Di Stefani. Le ballon est son ami. C’est une extension de son pied. Sean est habitué et est maintenant un jeu à l’avance.»         

Tous ces efforts ont porté fruit en Championnat canadien, à Ottawa. À la 30e minute du match, Rea a mystifié la défensive adverse en coupant vers l’intérieur de la surface et a trompé la vigilance du gardien adverse à l’aide d’un tir précis du pied droit. 

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«C’est un but qu’il a répété à l’entraînement des dizaines et des dizaines de fois, assure l’entraîneur belge. C’est quelque chose qu’il a dans sa tête. Dès qu’il entre, il sait ce qu’il va faire. Il le sait.»  

Et maintenant?             

Après une saison complète en CPL, peut-on affirmer que Sean Rea est prêt à faire le saut en MLS? La réponse lui appartient, certes, mais il ne faudrait pas trop s’emballer, prévient Destouches.

«Ça va être un choix intéressant à faire de la part de la direction sportive du CF Montréal.» 

«Il ne faudrait pas le griller. Il a progressé et il peut encore progresser énormément, estime l’analyste. Ce qu’il fait en CPL, reproduire ça à un niveau supérieur, c’est encore un step à franchir.» 

«Il y a d’autres apprentissages qu’il doit faire, d’où l’intérêt de ne pas stopper sa courbe de progression, car elle est intéressante et le joueur peut vraiment avoir un avenir avec le CF Montréal.»   

Une autre année en CPL?             

Difficile d’imaginer qu’un jeune de 19 ans puisse prendre la place d’un Torres ou d’un Mihailovic dans la formation en 2022, croit l'analyste de TVA Sports Vincent Destouches.

«Il aurait besoin de se faire prêter encore une année, car je n’ai pas l’impression que l’an prochain il aura assez de minutes, ajoute-t-il. Il est encore dans sa marge de progression. Il ne faut pas qu’il perde confiance.» 

Un prêt au niveau supérieur, en USL, voire en Europe, serait une excellente idée aux yeux de Destouches.

«Il faut lui laisser le temps de prendre de la confiance et de maturer dans son jeu et je suis sûr qu’il va pouvoir accomplir de belles choses», garantit Jonathan Sirois.

Et ces belles choses, les spectateurs de Winnipeg ont le privilège de le voir tous les matchs.

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«Je suis content de la manière dont il gère les matchs maintenant. Et le public ici, il l’adore, parce qu’il va vite, c’est incroyable. C’est une petite mobylette», répond Di Stefani en rigolant. 

De son côté, Rea est conscient qu’il peut devenir meilleur et qu’il a des aspects de son jeu à améliorer s’il souhaite convaincre le CF Montréal. Le milieu affirme qu’il s’entraîne tous les jours au gymnase afin d’être prêt physiquement lors du prochain camp et de demeurer stable devant les défenseurs les plus imposants du circuit Garber.  

«Je pense que j’avais besoin de ce prêt en CPL pour m’habituer à un niveau avec des hommes, jouer professionnel, montrer que je peux jouer avec des hommes et maintenant c’est le temps de se battre pour une place.» 

«Un rêve qui deviendrait réalité»             

Chose certaine, le Sean Rea de 2020 et de 2021 sont complètement différents. Le jeune semble avoir gagné grandement en maturité, constate l’auteur. 

«Quand il reviendra à la fin de l’année et qu’il refera un autre camp d’entrainement, ce ne sera plus tout à fait le même joueur après une année où, dans un club qui a de la difficulté, lui on peut dire qu’il aura été dans une courbe ascendante et qu’il aura fait écarquiller les yeux», mentionne Destouches.   

«S’il continue à faire de bonnes avances cette année, je suis confiant qu’il va pouvoir compétitionner pour pouvoir décrocher des minutes en MLS», croit Jonathan Sirois. 

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Alors, est-ce que ce sera en 2022 ou dans quelques années? Chose certaine, Sean Rea ne souhaite qu’une chose, fouler la pelouse du Stade Saputo dans l’uniforme du CF Montréal et entendre le chant des partisans.

«Un rêve qui deviendrait réalité, soutient l’espoir. C’est ce que je souhaite le plus.»