Gala de boxe Groupe Yvon Michel

Crédit : Photo Martin Chevalier

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Marie-Pier Houle se relève tranquillement du décès de Jeannette Zacarias Zapata

Publié | Mis à jour

Pour la première fois depuis l’annonce du décès de Jeannette Zacarias Zapata, la boxeuse Marie-Pier Houle a brisé le silence.

La Québécoise s’est ouverte sur les sentiments qu’elle vit depuis son combat tragique du 28 août lors d’une entrevue accordée au Journal dimanche.

Houle a remporté une victoire par knockout contre Zapata au quatrième round. Au terme du combat, la Mexicaine est transportée rapidement à l’hôpital du Sacré-Coeur-de-Montréal.

Après avoir traversé la première nuit, la situation de Zapata s’est dégradée rapidement. Puis, cinq jours plus tard, elle a succombé à la blessure grave qu’elle a subie durant son combat.

Depuis cette triste journée du 2 septembre, Houle vit un mélange d’émotions.

«Je vis un jour à la fois, a-t-elle déclaré d’entrée de jeu au Journal. Le lendemain de mon combat, ce fut un gros choc pour moi d’apprendre que Jeannette était dans un état critique à l’hôpital.

«C’était comme si j’étais dans un mauvais rêve. J’étais dévastée suite à l’annonce de son décès.

«Lors des premières semaines, j’ai vécu une culpabilité importante. Puis, les réseaux sociaux veulent te rendre encore plus coupable. J’ai pris du temps pour moi et pour réfléchir à la situation. J’ai un psychologue qui travaille avec moi.»

Rencontre marquante

Houle n’a pas parlé avec la famille de Zapata depuis le décès de la boxeuse. Cependant, sa guérison a commencé après sa rencontre avec Jiovanni Martinez, le boxeur qui accompagnait son adversaire à Montréal.

«Pour moi, c’était important de le rencontrer et de créer un lien avec lui, a ajouté la Québécoise. Je me suis mis dans ses souliers.

«J’ai pu seulement le rencontrer au lendemain de la mort de Jeannette. On a participé ensemble à une cérémonie dans une église hispanique. J’ai pleuré pendant 10 minutes dans ses bras.

«Le grand-père et le père de Jeannette ne m’en veulent pas parce qu’ils connaissent les risques de notre sport. À la fin, Jiovanni m’a dit de me donner de mettre mes mauvaises pensées dans un petit sac et de les oublier. Il voulait que je continue ma vie et ma carrière.»

Elle est aussi revenue sur les événements qui se sont déroulés avant l’affrontement contre Zapata.

«J’ai été surprise d’apprendre qu’elle avait eu un hématome lors de son combat de mai dernier et que son père avait refusé l’opération. Si on avait eu cette information, on n’aurait jamais accepté de l’affronter.

«Même chose pour les images de ce duel, si on les avait vus, il n’y aurait pas eu de combat.»

Un appel de Hart

Alors qu’elle se rendait à cette rencontre, Houle a reçu un coup de fil d’une personne qui est capable de se placer dans ses souliers: Gaëtan Hart.

En 1980, l’adversaire de Hart, Cleveland Denny, avait succombé à ses blessures après leur affrontement qui avait été présenté en sous-carte du fameux choc entre Sugar Ray Leonard et Roberto Duran au Stade olympique.

«Ce fut assez bref, mais il tenait à me transmettre ses encouragements. Il m’a dit de ne pas lâcher et de reprendre l’entraînement le plus vite possible pour me garder dans un bon état d’esprit. Il souhaitait que je me garde active et pour m’aider à penser à autre chose.»

Des menaces

Lorsque la santé de Zapata est devenue précaire, Houle est devenue la proie de commentaires violents et menaçants sur ses réseaux sociaux.

«On a dû fermer mon compte Twitter, a-t-elle raconté. Des amateurs du Mexique s’en étaient emparés. Sur Facebook, on a fait disparaître ma page professionnelle pendant une dizaine de jours. J’ai aussi mis mon compte Instagram en mode privé.

«Les gens me traitaient de meurtrière ou d’assassin. Ce sont des messages qui m’ont fait craquer. En contrepartie, j’ai eu une grosse vague d’amour qui m’a aidé à apaiser ces mauvais messages.»

Elle veut continuer

Houle est encore fragile. On le sent dans sa voix. Est-ce qu’elle a pensé d’accrocher ses gants après l’annonce du décès de Zapata ?

«Non pas vraiment. Lors des premiers jours, c’était zéro dans mon esprit. Je voulais juste pas penser à rien. Il n’a jamais été question dans ma tête d’arrêter le sport parce que j’ai une relation avec la boxe qui est tellement forte que je ne suis pas prête à abandonner.

«J’ai un genou au sol. Je prends le temps de me relever après le compte. On va repartir le combat par la suite.»

Elle est revenue au gymnase la semaine dernière. Houle a remis les gants pour la première fois depuis son combat du 28 août dernier.

«Je me suis entraîné, mais je n’ai pas fait de sparring. Pour en faire, je dois être concentrée. Je n’ai pas encore la tête à ça. Ça peut être dangereux si je ne suis pas concentrée. Ça va venir en temps et lieu.

«Dans ma tête, je me dis que je vais revenir aussi forte qu’avant et que je vais être capable de passer par-dessus cette épreuve extrêmement difficile dans ma vie. C’est en travaillant avec mon équipe qu’on va pouvoir bien évaluer la suite des choses.

«Je ne me sens pas en choc post-traumatique. J’ai seulement besoin de faire du ménage dans ma tête. C’est quelque chose que je ne pourrai jamais oublier dans mon histoire et ça fait partie de ma vie.»