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Le futur gardien numéro un du CF Montréal?

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Sebastian Breza ou James Pantemis sur le XI? Difficile de prendre position sans avoir droit à un houleux débat.

Alors que plusieurs estiment que tout se jouera entre Pantemis et Breza en 2022 (si le gardien de Bologne demeure à Montréal l’an prochain), on semble oublier qu’il y aura un troisième candidat dans les filets du CF Montréal lors du prochain camp d’entraînement...    

En effet, un jeune de 20 ans multiplie les arrêts sensationnels et ne cesse de faire tourner les têtes en Première ligue canadienne (CPL), si bien que ses exploits ont retenu l’attention des partisans du Bleu-Blanc-Noir. 

Jonathan Sirois connait une saison du tonnerre au Valour FC, à Winnipeg. Sa première dans les rangs professionnels.

Qui est Jonathan Sirois? Jonathan Sirois, eh bien c’est 62 arrêts, sept jeux blancs, dont six consécutifs, en 15 petits départs. Ces statistiques impressionnantes le placent sans surprise au premier rang des gardiens du circuit canadien. 

Et le produit de l’Académie ne veut pas s’arrêter là. Il est en mission. 

«Je vais vouloir me battre pour le poste de numéro un l’année prochaine», a-t-il calmement affirmé au TVASports.ca en entrevue téléphonique.     

«Cette saison me donne de la confiance. Ça me prouve que j’ai les qualités pour jouer au niveau professionnel. Après, c’est à moi de prouver que je peux répéter ce que je fais en CPL en MLS.» 

Sirois, qui s’est longtemps considéré comme «le petit frère» des gardiens de but du CFM, explique qu’il a écouté tous les conseils d’Evan Bush, de Clément Diop et de James Pantemis afin de devenir le joueur qu’il est aujourd’hui. 

«Les trois ont été des mentors pour moi. Evan, c’était pour sa précision et sa justesse technique. J’aspirais à devenir un peu comme lui. Clément, c’était pour son agressivité et sa qualité de shot-stopping et James, pour sa vision de jeu», énumère-t-il.

«Chacun ont des aspects pour moi que, si je peux apprendre d’eux, ça va m’aider dans ma progression en tant que gardien.»

«Toutes les qualités pour aller en haut»       

Ceux qui ont côtoyé de près ou de loin l’espoir du CF Montréal ont pu constater l’étendue de son potentiel. C’est le cas de Patrick Di Stefani, qui a eu un grand rôle à jouer dans le développement de Sirois lorsqu’est venu le temps de faire le saut chez les pros. 

«Quand il est sur le terrain, c’est un compétiteur.»     

L’entraîneur des gardiens du Valour avait mille choses à dire sur son poulain. 

«Il a toutes les qualités pour aller en haut. Ça, c’est sûr et certain, lance-t-il. Et il est humble. Ça, ça fait en sorte qu’il risque d’aller très loin.» 

En 30 ans de carrière, le Belge a eu la chance de travailler aux cotés de plusieurs portiers talentueux. Mais il faut dire que Jonathan Sirois a ce petit quelque chose de spécial.

«Il est en avance niveau maturité. Il joue déjà comme un gardien qui a 24-25 ans, mais il n’a pas 24-25», ajoute-t-il en riant.    

Et l’auteur de ces lignes a pu le réaliser au téléphone. Questionné à savoir quelles sont ses qualités et ce qui lui permet de croire qu’il pourra convaincre l’entraîneur-chef Wilfried Nancy de le garder en équipe première, Sirois a été réaliste et a fait preuve d’une étonnante introspection.

«Je suis un gardien assez complet, je n’ai pas de forces très prédominantes, a-t-il admis. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis le meilleur shot-stopper ou le meilleur gardien en termes de distribution de jeu au pied, mais je crois que je suis un gardien qui est très solide, qui est très complet et qui ne fait pas beaucoup d’erreurs.» 

L’homme de confiance du Valour a d’ailleurs vanté sa constance, qualité qu’il juge essentielle dans le circuit Garber. 

«D’être un gardien capable de répéter les mêmes performances, je pense que c’est ce qui peut m’aider à devenir gardien numéro un l’année prochaine.» 

Les compliments ne viennent pas seulement de l’interne. Loin de là. Vincent Destouches a vu Sirois à l’œuvre à quelques reprises et estime que le jeune portier accomplira de grandes choses d’ici quelques années. 

«C’est quelqu’un qui est frondeur et c’est un compétiteur acharné. Mentalement, il est extrêmement fort», a mentionné l’analyste soccer de TVA Sports. 

«Tout un arsenal de compétences sont requises pour être un gardien. Le fait qu’il n’ait pas peur de sortir dans les pieds et de prendre l’attaquant, ça en fait un gardien dans la mouvance de ce qu’était Clément Diop et ça fait quelqu’un d’intéressant.»

Même s’il rêve de disputer un match au Stade Saputo et d’entendre les partisans l’encourager dès la prochaine campagne, le garçon originaire de la Rive-Sud précise que sa tête «est à 100% avec le Valour, à Winnipeg» présentement.

«J’essaie de ne pas penser à l’année prochaine. Je me dis que si je performe bien cette année, que tout est à prendre pour l’année prochaine. On va tous partir sur la même ligne de départ et se battre pour le poste de numéro un», s’exprime-t-il. 

Un profil qui ne cesse de surprendre        

«Jonathan a toujours été celui qui passait sous le radar.»

Pascale Tremblay n’en croit toujours pas ses oreilles lorsqu’on lui dit que son fils pourrait un jour faire rugir le Stade Saputo.

En effet, après avoir passé une dizaine d’années avec le Spatial de St-Hubert, il faut savoir que Sirois n’est pas entré à l’Académie par la grande porte, lui qui n’avait pas fait les essais ni les Jeux du Québec.  

«C’est arrivé grâce à son entraîneur à St-Hubert. Son garçon était à l’Académie et était du même niveau, raconte la mère du gardien. Il savait que Jonathan avait le calibre et croyait en lui. Il a approché les coachs et leur a demandé de l’essayer.»

Et on connait la suite. Jonathan Sirois a forcé la main du onze montréalais et a signé son premier contrat professionnel en 2020. 

«C’est une grosse pression qui tombe au moment tu vas signer, explique Sirois. Un poids d’enlevé de tes épaules. Quand tu sacrifies autant de choses, sans garantie, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Je me dis que je suis arrivé à ma première étape et c’est un nouveau parcours qui commence.»

Des débuts fracassants  

Lorsqu’il est débarqué au Manitoba par le biais d’un prêt en août 2021, Jonathan Sirois n’avait pas disputé de rencontre en plus d’un an en raison de la pandémie. Cela ne l’a pas empêché de laisser une excellente première impression.

«J’avais devant moi un jeune avec du talent et une marge de progression qui était assez grande, explique Di Stefani. Ça c’était bon. J’ai directement vu sa disponibilité. Il n’est pas venu ici avec le melon (la grosse tête). Il est venu ici en voulant travailler, en sachant qu’il va devoir se battre.»

«Il travaille fort, il se soigne bien et il est pro sur le terrain et en dehors du terrain.»    

«Il s’est fondu dans le groupe très vite. Je pense c’est ce qui fait sa force. C’est un garçon qui est abordable, il est aimable. Il travaille fort. Il a une personnalité, c’est très important pour un gardien de but. C’est devenu un petit leader.»

Après avoir identifié les points forts ainsi que ses points faibles, Di Stefani a travaillé très dur avec celui qui est dans le giron du onze montréalais depuis 2015. 

Et ces efforts ont porté fruit.

Sirois s’est dressé tel un véritable mur et a réalisé six jeux blancs consécutifs pour entamer la saison. Six! Et rien de moins qu’un arrêt sur penalty lors du sixième affrontement afin de conserver sa fiche parfaite. 

Et malgré cet exploit individuel, Jonathan a voulu donner le crédit aux dix joueurs qui se trouvaient devant lui.

«Je ramène souvent ça au collectif. On était top. Le sacrifice défensif était spectaculaire. J’ai eu des matchs où j’ai fait des performances exceptionnelles, mais la plupart du temps, c’est un effort d’équipe. Les arrêts que j’avais à faire étaient assez simples», a-t-il humblement répondu.

«Il ne s’est jamais enflammé, il ne s’est jamais pris la tête. Et il le sait, sinon il va avoir affaire à moi», assure Di Stefani.

L’humilité est une qualité inestimable, qui permet de séparer les joueurs des athlètes, selon Di Stefani. 

«Il accepte la critique. Et le lendemain à l’entrainement, il essaie déjà de s’ajuster! C’est ce qui fait la force des joueurs de haut niveau. Avoir cette capacité de prendre ce que le coach lui dit et de l’amener sur le terrain et de s’ajuster, c’est ce qui fait ceux qui ont une longue carrière.

«Il sait très bien ce qu’il sait faire, mais il sait ce qu’il ne sait pas faire et c’est important.» 

D'ailleurs, l'instructeur a un exemple concret d'un aspect où Sirois a dû mettre les bouchées doubles pour ensuite exceller.  

«Il manquait de puissance dans ses jambes. Toute l’avant-saison, on a travaillé la pliométrie. Maintenant, il est fort, il est stable, il peut pousser. Maintenant, c’est plus de la gestion de match et de l’entretien», raconte Di Stefani.  

Selon les propos de l’entraîneur, les appuis de Jonathan Sirois se sont déjà améliorés après 15 minuscules parties chez les professionnels.  

«En sortie en un contre un, il est plus patient et il ne se jette pas. Ses prises de balles sont beaucoup plus sûres. À l’entraînement, il encaissait beaucoup de buts et maintenant c’est plus compliqué. C’est ce qu’il a amélioré.» 

Était-ce surprenant de voir la recrue réaliser de telles performances? Pas du tout, croit l’entraîneur du Valour, lui qui savait que Sirois «allait faire son travail».

«Après l’échauffement, je lui dis : “quoi qu’il arrive, qu’on mène au score ou pas, c’est 0-0. Tu dois garder le 0.” Si on tire de l’arrière, ça permet à l’équipe de revenir. Ça donne toujours de l’espoir.»

Sirois, altruiste jusqu'au bout des ongles        

Certes, défendre les cages d’une organisation comme le CF Montréal demande extrêmement de maturité. Est-ce le cas pour Jonathan Sirois? Nous avons parlé de ses aptitudes, mais qu’en est-t-il de son attitude dans la vie de tous les jours?

«Quand je le regarde à la télé, je ne vois pas de différence. Il est attentif aux autres, il est attentif à ce qu’on lui donne comme information. Il prend ça constructivement. Il fait ça dans la vie de tous les jours, assure Pascale Tremblay. Si on lui dit des choses qu’on n’aime moins sur comment il se comporte, il est à l’écoute de ça. C’est une personne à l’écoute, il a une préoccupation pour son entourage.»

Et la dernière affirmation semble bien vraie. Rappelé par le CF Montréal pour quelques jours en août 2021, Sirois a tout de même pris le temps de voir sa famille.

«Jamais je pensais que j’allais voir mon fils. Il a trouvé un moment, il est allé voir sa mère, son père et sa sœur. Il a pris ce temps-là, même s’il partait le lendemain.»

Beaucoup de chemin à parcourir  

Est-ce que Sirois connaîtra du succès à Montréal? Oui, assurément. Mais pas tout de suite, juge Di Stefani. 

«Il est outillé, il a tout pour lui. Il faut laisser le temps aux choses de se mettre en place. Oui Jonathan pourrait éventuellement revendiquer, mais il est jeune, il ne faut pas le griller. Il ne faut pas le pousser. Il faut laisser le temps faire les choses», explique-t-il.

Vincent Destouches partage d’ailleurs le même avis. 

«De là où je me situe, c’est bien beau de faire ce qu’il fait en en CPL, mais j’aimerais bien que ce gardien continue à s’aguerrir, peut-être au niveau supérieur, en USL. Ultimement, il aura le temps de revenir et de prendre ce poste de gardien numéro un, qui à mon avis, lui est échu. Mais entretemps, j’ai l’impression que ça sera la période de James Pantemis. 

Il y a un mais...

«S’il y a une bataille de gardiens qui est saine et que Jonathan Sirois en sort vainqueur, il aura finalement démontré à l’organisation qu’il était prêt.»