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Crédit : Joël Lemay / Agence QMI

Sports aquatiques

Aurélie Rivard: un modèle à suivre

Publié | Mis à jour

Avec ses cinq nouvelles médailles paralympiques autour du cou, la nageuse Aurélie Rivard se dit surtout fière de l’impact qu’elle peut avoir sur les prochaines générations.

«J’ai reçu beaucoup de messages de parents me disant que leur fils ou leur fille a un handicap mineur comme moi. Ils sont inquiets par rapport au futur de leur enfant et en me voyant, ça leur a donné de l’espoir. Je trouve que c’est l’une des raisons principales de l’existence des Jeux paralympiques», a exposé l’athlète de 25 ans, mercredi à Montréal, lors d’une rencontre médiatique soulignant son retour des Jeux de Tokyo.

«Ça me touche car c’est tellement plus grand que ma performance personnelle, a-t-elle ajouté à propos des bienfaits du mouvement paralympique. De voir que ça avance et qu’on peut offrir cette vision-là aux plus jeunes, ç’a n’a pas de prix.»

Ayant notamment raflé deux médailles d’or à Tokyo, soit aux 100 et 400 mètres de la catégorie S10, la nageuse originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu totalise maintenant 10 décorations paralympiques en carrière. Mais selon elle, l’accomplissement va bien au-delà des médailles.

«Ça me fait autant plaisir de recevoir des photos de bébé avec une petite main. Ces enfants-là ont tout leur avenir devant eux. Ils ne savent pas à quoi s’attendre, mais au moins, ils savent que ce n’est pas perdu d’avance. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent», a affirmé Rivard, en guise d’inspiration.

Donner au suivant

À n’en point douter, Rivard occupe maintenant le rôle que Benoit Huot a joué pour elle au fil des ans : celui de modèle.

«Quand j’étais jeune, j’étais à la recherche désespérée de quelqu’un qui était comme moi, a-t-elle confié. Je n’en trouvais pas jusqu’à ce que je connaisse Benoit un peu plus tard. Je le sais à quel point ça fait une différence d’avoir quelqu’un dont tu sais qui, en raison d’une malformation, a passé à travers les mêmes épreuves.»

Joint au téléphone, Huot se montre évidemment fière de celle qu’il considère comme une petite soeur.

«Je l’ai vu grandir et on dirait que c’est ma réincarnation, littéralement, a décrit le Québécois, qui a pour sa part remporté 20 médailles paralympiques, dont neuf d’or. C’est présent dans ses traits de caractère, les bons et les moins bons. Il y a son désir de se dépasser à l’entraînement, sa rigueur, mais il y a aussi sa tête de cochon.»

Pour Huot, c’était plutôt le nageur Philippe Gagnon qui avait été son modèle, les deux athlètes étant nés avec un pied bot. Et un jour, après Rivard, ce sera probablement la Néo-Brunswickoise Danielle Dorris, 18 ans, qui prendra la relève. Cette dernière a effectivement remporté deux médailles à Tokyo, dont l’or au 50 m papillon (S7).

«Honnêtement, on ne s’en attendait pas et je ne voyais pas le jour où quelqu’un de notre équipe allait, après moi, monter sur la plus haute marche du podium, a mentionné Rivard. Ça me fait plaisir pour Danielle et ça me rassure pour le futur. Quand je vais partir, il y a quelqu’un qui va prendre en charge tout ça.»

À Paris en 2024?

Pour le moment, la nageuse québécoise demeure en réflexion quant à savoir si elle participera aux Jeux paralympiques de Paris, en 2024. On devine toutefois que ce sera bel et bien le cas.

«Je ne sais pas encore, j’aimerais ça m’y rendre, mais pour moi, dans trois ans, c’est comme me projeter dans 30 ans», a amplifié Rivard, qui amorcera dans les prochains jours une pause bien méritée avec un voyage dans les vignobles de la région de Niagara, en compagnie Benoit Huot par ses amis.

Jouer au soccer avec Christine Sinclair

De retour des Jeux paralympiques de Tokyo depuis dimanche, la Québécoise Aurélie Rivard réalise tranquillement ce qu’elle a accompli au fil des dernières années.

Malgré de multiples changements d’entraîneur et un déménagement dans la région de Québec, la nageuse a été en mesure d’ajouter cinq médailles paralympiques à sa collection. Elle a fait de nombreux sacrifices, mais vécu également de formidables expériences.

Une aventure inoubliable pour elle demeure le fait d’avoir joué au soccer avec la championne Christine Sinclair, le temps d’une publicité pour l’entreprise Visa. Elle se souvient notamment d’une rencontre à San Francisco, en novembre 2019, avec la Canadienne Sinclair et l’Américaine Megan Rapinoe, qui faisaient partie des autres athlètes internationaux en vue pour cette campagne.

«Elles ont été tellement sympathiques et gentilles, c’était plus grand que nature, indique Rivard, qui avait partagé un repas avec les deux grandes joueuses de soccer. J’ai moi-même pratiqué ce sport quand j’étais jeune et si on m’avait dit que je jouerais avec Christine Sinclair dans ma vie, je n’y aurais pas cru, même le temps d’une publicité. C’était spécial.»

«Et dans la pub, c’est moi qui score sur une passe de Christine», précise-t-elle, en riant.

Le tournage avait eu lieu à Toronto, quelques mois plus tard, en présence également d’Andre de Grasse, spécialiste des épreuves de sprint en athlétisme. En plus de l’expérience personnelle, Rivard y a vu une forme de reconnaissance pour les athlètes paralympiques.

Encore du chemin à faire

Puisque tout n’est pas gagné pour le mouvement paralympique, la nageuse raconte par ailleurs avoir visité au cours des derniers jours un certain magasin de vêtements, là où les athlètes du Canada peuvent profiter d’un rabais. Or, l’employée à la caisse ne croyait pas Rivard quand elle lui disait qu’elle était une athlète. Il aura fallu l’intervention d’une autre cliente qui, au passage, l’a félicitée pour ses cinq médailles.

L’une avait probablement vu la publicité de Visa, l’autre pas...