Crédit : Matt Woolverton, Boston University Athletics

Canadiens de Montréal

CH: une gentille brute au talent sous-estimé

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Sur la patinoire, Luke Tuch ne s’en cache pas : il est un joueur méchant. Ça fait un bail qu’il l’est.

Déjà, à 1 an et 9 mois, celui qui allait devenir la 47e sélection au total des Canadiens de Montréal au repêchage de 2020 commençait à jouer au hockey sur la patinoire érigée par son père dans sa cour arrière, à Baldwinsville, un petit village dans l’État de New York.

«Je pense que j’ai appris à patiner avant de pouvoir marcher!», raconte au téléphone le principal intéressé, qui s’apprête à disputer sa deuxième saison dans la NCAA avec Boston University. On peut en douter, mais on comprend certainement où il veut en venir. 

Dès son jeune âge, Tuch était plus gros et plus grand que les autres. Et il le faisait sentir. Probablement un peu trop. 

«J’ai toujours eu ce côté compétitif et hargneux. Avant que les mises en échec soient permises, je me suis mis les pieds dans les plats à quelques occasions», rigole le gros bonhomme, qui n’en demeure pas moins un chic type, articulé à l'extérieur de la glace.

Les amateurs de hockey sont plus familiers avec le frère de Luke, Alex Tuch. On pourrait même en dire autant des partisans des Canadiens. L’été dernier, ceux-ci l’ont vu à l’œuvre dans le camp ennemi, avec les Golden Knights de Vegas, lors des demi-finales des séries de la Coupe Stanley.

Le fait qu’Alex soit de six ans l'aîné de Luke a contribué au développement de ce dernier. L’orgueil d’un compétiteur est décuplé quand son partenaire de tous les jours jouit d’une plus grande maturité physique. Parions que de durs batailles ont eu lieu dans cette cour arrière... 

Crédit photo : Courtoisie de Carl Tuch à The Athletic en 2020

«Chaque été, on s’entraîne ensemble. Il m’a certainement poussé à être meilleur. J’essaye toujours d’être aussi bon ou meilleur que lui.»

Au bout du compte, les deux frères ne pratiquent toutefois pas le même style de hockey. 

«Nous sommes deux joueurs complètement différents. Nous avons tous deux un bon gabarit et quelques tendances similaires sur la glace, mais je suis un joueur plus physique alors que son jeu est davantage fondé sur la vitesse. Il a établi cette marque de commerce dès son année recrue à Vegas.

«C’est difficile de nous comparer. Je regarde chacun de ses matchs. J’essaie de m’inspirer de plusieurs éléments de son jeu. Il est toujours devant le filet et il est habile pour sortir la rondelle de son territoire. Je regarde ces trucs, mais nos mentalités demeurent un peu différentes.»

Traduction : il y a plus de finesse dans le jeu d’Alex.

«Il va peut-être finir le match avec deux ou trois mises en échec, mais moi j’en aurai assénées six ou sept, illustre Luke Tuch. Je crois que nous aurons des rôles différents dans le futur, et c’est bien correct.»

Six ou sept mises en échec par match? Préparez les sacs de glace! 

Un scénario loufoque          

La sélection de Tuch par les Canadiens a été accueillie de façon quelque peu mitigée à Montréal. Il faut dire que, pour ceux qui n’avaient pas vu ce dont il est capable, ses statistiques étaient plus ou moins séduisantes. 

L’année de son repêchage, l’ailier avait amassé 30 points, dont 15 buts, en 47 matchs avec l’équipe nationale de développement américain. Pas des chiffres à tout casser, vous en conviendrez. Puis il faut dire que la sélection par le passé de Michael McCarron n'a pas donné énormément de crédibilité à la mentalité «plus gros et plus fort» parfois préconisée par l'organisation au repêchage – Brett Lernout peut aussi servir d'exemple.

De son côté, le gourou du repêchage du CH, Trevor Timmins, paraissait très heureux d’avoir pu mettre le grappin sur Tuch. Timmins jurait que plusieurs équipes avaient lâché un coup de fil au Tricolore dans l’espoir de le repêcher.

Tuch a donné raison à son organisation en 2020-2021 en connaissant une première saison fort intéressante dans la NCAA. Avec 11 points, dont six buts, en 16 matchs, il a terminé au troisième rang des pointeurs de Boston University à seulement 18 ans, ce qui augure bien pour la suite des choses.

Dans leurs communications avec l’espoir, les Canadiens ont d’ailleurs fait savoir à Tuch qu’ils étaient fort satisfaits de sa progression. 

N’empêche, ce fut une année bizarre pour Tuch – comme pour bien d’autres espoirs en temps de pandémie. En raison de la COVID-19, il aura finalement disputé moins de matchs contre des équipes de la NCAA avec Boston University qu’avec l’équipe américaine des moins de 18 ans l’année de son repêchage!

«C’est un peu étrange comme situation, avoue le principal intéressé. J’ai disputé 18 matchs collégiaux la saison d'avant avec le programme américain, deux de plus que cette année dans la NCAA. Physiquement, j’étais certainement prêt pour la prochaine étape puisque j'avais déjà affronté North Dakota, Michigan et Cornell, toutes des équipes robustes. 

«Mais c’était difficile de jouer aussi peu de matchs cette saison.»

Du talent aussi           

On sent que Luke Tuch a très hâte de démontrer son savoir-faire dans une saison complète.

Le jeune homme a travaillé avec acharnement dans le gymnase avec une bande de joueurs provenant, comme lui, de la région centrale de l'État de New York, à savoir Anthony Angello (Penguins de Pittsburgh), Joel Farabee (Flyers de Philadelphie), Thomas Harley (Stars de Dallas), Eamon Powell (Lightning de Tampa Bay) et, évidemment son frère.

Au plus haut niveau, il aspire à être un joueur dans le moule de Jamie Benn, capitaine des Stars et récipiendaire du trophée Art Ross en 2015-2016. C'est de son jeu en particulier qu'il s'inspire.

«J'aime sa présence physique, son tir lourd. Il joue comme un attaquant de puissance, mais il est aussi un joueur efficace sur les 200 pieds. Je crois que c'est un grand leader et il a beaucoup d'aptitudes que je veux copier.» 

Vous aurez entendu par là que Tuch ne se voit pas comme un vulgaire plombier. Il a le sentiment que l'on ne prend pas assez au sérieux ses habiletés offensives. Un sentiment partagé par l'auteur de ces lignes. 

«Je pense que j'amène beaucoup sur la table offensivement. Je ne suis peut-être pas le plus élégant, mais on demande aux attaquants de puissance de marquer de plusieurs façons différentes. Je peux amener un peu de tout avec mon talent et mon gabarit.

«J'ai cette méchanceté sur la patinoire, je suis polyvalent et j'ai un tir lourd. Plusieurs personnes sous-estiment mes habiletés, mon talent de marqueur.»        

Les attaquants de puissance dans le plus pur sens du terme sont une denrée rare dans une LNH qui insiste de plus en plus sur la vitesse. Or, Tuch n'a pas à regarder trop loin pour trouver le prototype moderne de ce spécimen : il n'est pas étranger aux succès de Josh Anderson avec les Canadiens. 

«J'adore sa façon de jouer, il est rapide. Il est dur, il amène la rondelle au filet. C'était impressionnant de le voir aller pendant les séries, mais aussi la saison régulière», note-t-il. 

Et Tuch fait bien de rester attentif aux subtilités du jeu du numéro 17, car il sait pertinemment qu'il devra bouger rapidement ses pieds au plus haut niveau. 

«Une grosse partie de mon entraînement cet été tournait autour de ma glisse (glide). J'essaie de ne pas creuser la glace avec mes patins sachant que je suis un gars imposant. Je veux être plus efficace en patinant d'un bout à l'autre de la surface.»

Si son profil hockeydb indique 203 lb, Tuch fait savoir qu'il fait présentement osciller l'aiguille du pèse-personne à 210 lb, un poids qu'il juge idéal.

«Je suis devenu très fort dans le gymnase au cours de l'été. J'ai assurément fait beaucoup de progrès. Je me sens très bien sur la glace, j'ai l'impression d'être léger sur mes pieds. Je jouerai sûrement à 206, 207 lb durant l'année considérant le nombre d'entraînements avec l'équipe.» 

Fringant       

Il y a peu de choses aussi satisfaisantes pour l'amateur de hockey qu'une magnifique longue crinière s'échappant gracieusement du casque protecteur. Plus communément appelée la «flow». De Guy Lafleur à Jaromir Jagr, jusqu'à Kristopher Letang, elle appartient à l'histoire du sport.

Luke Tuch pourrait-il amener à Montréal ce chef d'oeuvre? Des images amusantes de lui à 13 ans en tant que jeune étoile au concours d'habiletés de la Ligue américaine de 2016, à Syracuse, ont refait surface après sa sélection par les Canadiens. On voit le jeune homme, plus ou moins à l'aise, arborant de longs cheveux bouclés, lissés vers l'arrière.

«De temps en temps, ça pousse vraiment rapidement. Je vais peut-être ramener la flow cette année!», prévient Tuch en rigolant.

Avec son bon sens de l'humour et son ton posé, le jeune homme a peut-être bien un avenir devant la caméra au terme de sa carrière sportive.

«J'ai choisi une spécialisation en télévision, révèle-t-il. J'aimerais me retrouver derrière le micro après ma retraite. Ce serait assez cool.»