Patinage de Vitesse (Canada)

Crédit : THIERRY LAFORCE/AGENCE QMI

Patinage

Triple médaillée olympique et maintenant heureuse

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La patineuse de vitesse Kim Boutin a peut-être remporté trois médailles aux Jeux olympiques de Pyeongchang, en 2018, mais elle l’a fait au détriment de sa santé mentale.

Dans une touchante entrevue à coeur ouvert, mardi, l’athlète de 26 ans s’est confiée sur une période sombre qu’elle a dû traverser et du long processus de thérapie ayant suivi.

«Aux Jeux, j’ai vécu un traumatisme, a-t-elle identifié, faisant preuve de beaucoup de courage en mettant des mots sur ce qu’elle a vécu. Ç’a été très, très difficile après pour moi. Je n’étais pas capable de parler des Jeux parce que je ne me souvenais plus de rien. Je ne me souvenais pas des Jeux, que ce soit les moments positifs ou les moments négatifs. Ou si je m’en souvenais, je n’y pensais pas.»

Pour rappeler les faits, Boutin avait d’abord terminé quatrième de l’épreuve de 500 m sur courte piste, mais elle avait accédé au podium après la disqualification d’une adversaire, Choi Min-jeong. C’est par la suite qu’elle avait été victime de menaces de mort de partisans sud-coréens, sur les réseaux sociaux, jetant de l’ombre sur sa conquête de la médaille de bronze.

«Lors de la remise de la médaille, j’étais sur le podium et je pensais que tout le monde qui était devant moi voulait me tuer, a-t-elle mentionné, rappelant que le stade était alors bondé. Après ça, on me disait de ne pas parler aux médias... À partir de ce moment-là, tout a découlé. Aussitôt que j’avais de l’attention, je ne me sentais pas en sécurité.»

Pourtant, la jeune femme originaire de Sherbrooke avait ensuite remporté le bronze au 1500 m, puis l’argent au 1000 m. On la sentait en contrôle, mais la réalité a frappé durement à son retour.

«Après les Jeux, je n’étais pas capable de sortir de chez moi toute seule, a indiqué Boutin. Il fallait toujours que je sois accompagnée. Je faisais énormément d’anxiété par rapport à ma sécurité. Je viens pas mal juste de régler cet aspect-là. Dans tout ce que je faisais, en permanence, j’avais de l’anxiété qui montait. Je n’étais jamais bien où j’étais. Cette année, pour la première fois depuis longtemps, je me suis assis dans une chaise et je me sentais en sécurité.»

La tête et le corps

Maintenant de retour à la compétition, dans le cadre des championnats canadiens qui auront lieu à l’aréna Maurice-Richard plus tard ce mois-ci, la patineuse de vitesse assure aller beaucoup mieux. Le tout grâce à l’approche thérapeutique EMDR (NDLR: Eye Movement Desensitization & Reprocessing). C’est le préparateur mental de l’équipe canadienne Fabien Abejean qui a référé Boutin à une collègue.

En quelque sorte, l’athlète aura vécu un choc post-traumatique. Avant de se retrouver en thérapie, Boutin admet avoir songé à la retraite. Malgré des succès répétés sur le circuit de la Coupe du monde, elle n’allait pas bien. La visibilité qu’elle obtenait faisait remonter en elle son traumatisme relié aux menaces de mort.

«Je n’avais plus de solutions, a-t-elle poursuivi, précisant que son année 2019 avait été infernale. Dans ma tête, je savais que ça n’avait pas de sens. Je savais que je n’avais pas de risque de mourir où j’allais, mais ton corps s’en souvient et il réagit en fonction d’un stress qui n’est plus là.»

«Ce n’est pas une maladie mentale qui fait fuir le monde et où tu n’es pas en mesure d’être toi-même, a convenu Boutin. C’est quelque chose que tu dois gérer. Mais inconsciemment, je m’enfonçais sans vraiment être consciente de l’état dans lequel j’étais. En étant moi, je n’étais plus bien, tout court. Cette année, j’ai vraiment pris le temps de régler tout ce qui traînait par rapport aux derniers Jeux, par rapport aux performances et à toute la pression que je me mettais dans tout ça.»

Après les championnats canadiens, Boutin entend se préparer pour les Jeux olympiques, à Pékin, en février 2022. Son approche sera toutefois fort différente.

Un objectif: le bonheur

Kim Boutin n’a plus qu’un seul but entourant sa carrière de patineuse de vitesse courte piste: être heureuse.

«Ce n’est plus la performance qui me motive, mais c’est plus la façon d’être heureuse chaque fois que je suis sur la glace», dit-elle.

Ne la questionnez pas sur ses objectifs en vue des prochains championnats canadiens ou encore des Jeux olympiques de Pékin, en 2022. Elle ne veut qu’avoir du plaisir sur la patinoire.

«Depuis longtemps, j’ai tellement pas de plaisir sur la glace, convient l’athlète. C’est bien quand je performe, mais après, je reviens chez moi et c’est très difficile. J’ai souvent eu l’impression de vivre une vie en parallèle de celle des gens.»

Boutin, qui ne demande qu’à vivre sainement, trace une curieuse comparaison avec un populaire joueur de soccer pour illustrer son point de vue.

«Je veux être comme une [Lionel] Messi de mon sport, courir les ballons au bon moment et être là quand ça compte, affirme-t-elle. Mais ça demande une autre préparation que celle où j’ai été habituée.»

«Je ne pensais pas que j’allais devoir revoir mes méthodes de motivation, ajoute l’athlète, en pensant au prochain rendez-vous olympique, dans environ six mois. Les Jeux, je les ai vécus, mais je les ai vécus d’une façon où ç’a laissé beaucoup de traces sur moi et mon entourage. Maintenant, de retourner aux Jeux, je dois savoir ce que ça signifie exactement pour moi. Je trouve que ç’a tellement pris de place dans ma vie et ça m’a tellement laissé de marques... Je dois trouver la façon la plus saine pour que je me sente bien dans ce que je fais.»

Inspirée par Benfeito et McKay

En regardant les récents Jeux olympiques d’été, à Tokyo, Boutin admet avoir trouvé une certaine inspiration chez le duo de plongeuses formé par Meaghan Benfeito et Caeli McKay. Malgré une blessure qui embêtait cette dernière et une quatrième place crève-cœur, à 54 centièmes de point du podium au 10 m synchro, les filles s’amusaient.

«Je me suis imaginée aux Jeux en ayant en tête que s’il y a une fille de l’équipe qui ne va pas bien, j’ai envie d’être là pour elle, a-t-elle ajouté. En voyant à quel point les Jeux m’ont marquée et qu’ils ont beaucoup changé mes quatre dernières années, on dirait que j’ai envie de léguer et de m’assurer que les autres filles sont bien avec ce qu’elles vivent.»

«J’ai aussi envie de les vivre mes prochains Jeux, d’être consciente et d’être présente, a repris Boutin. Et je veux être fière de moi, peu importe ce qui arrive.»