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Crédit : AFP

Olympiques

Les Jeux de la persévérance

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Au fil des confinements, des fermetures générales, des annulations de compétitions, des restrictions de voyages depuis mars 2020, on a remis en doute les capacités des athlètes canadiens face au monde. À ces Jeux de Tokyo repoussés d’une année, ils ont répondu avec panache. Et davantage en établissant un record par leur persévérance olympique.

Évoluant sous les couleurs d’un pays qui a émis des règles sanitaires parmi les plus strictes sur la planète en réaction à la pandémie, les 371 athlètes qui ont fait le voyage jusqu’au Japon méritaient en soi chacun une médaille.

Pour la très large majorité, ce dernier cycle olympique qui a exceptionnellement duré cinq ans en raison de ce foutu coronavirus a été parsemé d’embûches, de déceptions, de frustrations, de difficultés d’entraînement et de préparations.

En l’absence de compétitions, avouons-le, encabanés dans nos chaumières en plein hiver, on s’est souvent demandé comment diable réussiraient les athlètes sur la scène internationale lors des Olympiques. S’ils avaient lieu, évidemment!

Mais à force de bûcher en se préparant du mieux qu’ils le pouvaient, les athlètes y ont cru. Le Japon a bien reçu la planète sportive durant la dernière quinzaine. Et ce, malgré une énième recrudescence des infections à la COVID-19.

Le Canada aura fait belle figure au pays du Soleil levant par sa récolte de 24 médailles, un sommet aux Jeux d’été disputés sans boycottage.

À Los Angeles, en 1984, l’unifolié avait gagné 44 médailles estampillées des cinq anneaux. Il y a toutefois cet astérisque rappelant que les athlètes de l’URSS n’y avaient pas participé.

Merci aux dames!

Dans la capitale nipponne, les dames canadiennes ont brillé en sauvant l’honneur du pays. Elles ont remporté pas moins de 18 des 24 médailles.

Les nageuses ont fait de grands remous. Avec ses trois médailles, Penny Oleksiak est entrée avec éclat dans le livre des records olympiques au pays, épaulée par une équipe étoile. Celle-ci sera étroitement à surveiller à Paris dans trois ans, alors qu’elle excelle dans plusieurs spécialités.

Le stade aura été le théâtre de plusieurs premières. Jamais un athlète canadien ne s’était signalé au décathlon, l’épreuve ultime de l’athlétisme, jusqu’à ce que Damian Warner soit couronné maître. Et sur la piste d’athlétisme, Mohammed Ahmed a procuré une première médaille au Canada dans une épreuve de longue distance, le 5000 mètres.

Andre De Grasse est maintenant monté sur le podium des six épreuves auxquelles il a participé depuis ses débuts olympiques à Rio en 2016.

Sur le terrain de soccer, les filles ont écrit l’histoire en décrochant l’or. C’est la première consécration dans un sport collectif en 113 ans. À l’époque, la formation masculine de crosse avait remporté le tournoi olympique de 1908 à Londres.

Voilà quelques-uns des athlètes qui se sont démarqués depuis deux semaines.

Sept fois l’or

Dans son bilan des Jeux formulé samedi soir, le Comité olympique canadien a souligné les quelque 45 tops 5 enregistrés. Un signe que le sport canadien n’est pas sorti aussi amoché de la COVID qu’on pourrait le prétendre.

«Nous avons vécu des Jeux extraordinaires. Quel parcours avons-nous suivi, s’est exclamé le chef des sports du Comité olympique canadien, Éric Myles. C’étaient des Jeux difficiles, mais on a réussi. J’en suis très fier, car ce défi paraissait insurmontable et nous avons tenu le coup.

«Il faut applaudir la résilience des athlètes, a-t-il ajouté. [Vingt-quatre] médailles, c’est incroyable. Les restrictions en raison de la pandémie ont compliqué le travail de nos athlètes. Elles ont eu un gros impact sur la préparation et l’entraînement.

«Peu importe, cette équipe était prête. Elle l’a démontré avec les résultats.»

Les sept médailles d’or égalent la récolte du Canada qui était rentré de Barcelone avec sept pièces dorées, en 1992.

La cheffe de mission, Marnie McBean, quadruple médaillée en aviron, a également souligné en caractère gras les difficultés de cette olympiade.

«D’ordinaire, les Jeux sont difficiles. La pandémie les a rendus encore plus ardus. Les athlètes ont rencontré et surmonté de véritables défis.»

Débrouillardise

À cet égard, l’histoire de Warner symbolise exactement ce qu’est la persévérance. Devant s’entraîner dans 10 spécialités de l’athlétisme, la pandémie l’a durement touché. Du moins, jusqu’à ce que ses entraîneurs retapent un vétuste aréna de London, en Ontario, en centre d’entraînement.

Sa communauté l’a soutenu. Olympe a finalement récompensé tous ses efforts et sacrifices au fil des années et des mois le menant à Tokyo.

«Depuis 18 mois, nous nous disons qu’il faut savourer chaque moment. Cette médaille, c’est la cerise sur le gâteau avec toute la somme de travail abattue», a relaté Warner.

La persévérance disions-nous... Les 371 athlètes canadiens en ont fait preuve au rythme de leurs performances, de leurs records personnels, des records nationaux et même au recours olympique.

Mission accomplie

Le Comité olympique canadien (COC) n’avait pas qu’une idée en tête en quittant le pays vers le Japon. C’était d’éviter les infections à la COVID-19.

En lever de rideau de ces 32e olympiades d’été, le COC n’avait pas voulu dévoiler ses attentes de médailles. Elles étaient secondaires.

«Notre principal objectif, c’était de venir à Tokyo sans être un facteur de contamination et ensuite rentrer à la maison sans la COVID-19», a souligné le chef de la direction de l’organisme olympique canadien, David Shoemaker, émerveillé par sa première présence aux Jeux dans ses fonctions.

Plus sévère

Avec l’aide indéfectible du médecin en chef du COC, Mike Wilkinson, la direction a mis en place un protocole sanitaire plus sévère que celui du Comité international olympique.

«Nos normes étaient très strictes. Aucun de nos représentants se comptant par centaines n’a contracté le virus durant notre séjour au Japon», a-t-il précisé.

«Notre objectif était aussi d’offrir le meilleur environnement aux athlètes, a renchéri la présidente du COC, Tricia Smith. Il devait être sécuritaire pour optimiser les performances de nos athlètes.

«Nous avons mené tous les tests et appliqué toutes les normes sanitaires, a-t-elle ajouté. Notre protocole a fonctionné, car nous n’avons reçu aucun résultat positif.»

Dans six mois

Le COC n’a pas le temps de souffler. Dans six mois, il devrait entrer au village olympique de Pékin pour les Jeux d’hiver qui débuteront le 4 février.

On utilise le conditionnel puisque cette présence en Chine fait couler beaucoup d’encre.

Même si la pandémie a chamboulé les plans et forcé une réorganisation, le comité travaille sur les prochaines olympiades depuis fort longtemps.

La direction est d’ailleurs en lien avec les autorités gouvernementales et diplomatiques pour s’assurer de l’organisation.

«Nous ne sommes pas naïfs. Nous avons des inquiétudes quant à notre présence à Pékin cet hiver. On discute avec le gouvernement, a affirmé Shoemaker.

«Nous croyons toutefois que le sport peut réunir les gens et engendrer le dialogue. Il faut prendre cet aspect en considération, a-t-il ajouté.

«Nous sommes engagés vers ces Jeux de Pékin 2022.»