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Canadiens de Montréal

«C'est mon objectif numéro 1» - Mattias Norlinder

Publié | Mis à jour

Mattias Norlinder se prépare pour sa première saison complète dans la ligue d’élite suédoise (SHL) avec les Indians de Frolunda, dont le camp d’entraînement s’est entamé cette semaine. 

C’est donc dans une forme optimale que le défenseur de 21 ans, choix de troisième tour des Canadiens en 2019 grâce à la sélection acquise des Golden Knights dans la transaction qui a envoyé Max Pacioretty à Vegas, débarquera pour la première fois à Montréal pour montrer ce qu’il a dans le ventre, en septembre.

Mais avant de rapporter ses propos, il faut commencer par la fin. 

Oui, la fin.

Car lorsque s’est conclu l’entretien aux fins de cet article, le jeune homme a tenu à poser une question à l’auteur de ces lignes, d’un ton intrigué : «les gens sont-ils admis dans les amphithéâtres, maintenant?».

Le gaucher est bien au fait que les fidèles de la Sainte-Flanelle sont parmi les plus passionnés de la Ligue nationale. Et cela pourrait constituer une source de motivation supplémentaire pour l’espoir du Bleu-blanc-rouge. D’ailleurs, à Frolunda, les partisans sont parmi les plus passionnés d’Europe. 

La concession a fracassé un record européen aux tourniquets du Scandinavium en 2009 et l’affluence est à ce jour parmi les meilleures des pays nordiques depuis 10 ans.

Crédit photo : Google Street View

Mais à l’ère de la pandémie, les cris des spectateurs se sont tus le temps que passent les restrictions sanitaires.  

En Suède, les autorités de la Santé planchent sur une troisième dose de vaccination même si une partie de la population n’a eu qu’une seule inoculation. Norlinder sera doublement vacciné «dans trois semaines» et évitera l’insoutenable quarantaine de 14 jours naguère réservée aux voyageurs étrangers.

Un premier vol vers Montréal    

Calme et ne laissant pas transparaître le moindre souci à un mois de son premier camp de la LNH - et par le fait même, son premier voyage en Amérique du Nord -. Norlinder se dit «motivé à 100 pour cent».

«Je suis super excité, a-t-il déclaré depuis Göteborg, jeudi. Je ne sais pas à quoi m’attendre. Je vais aller là-bas et faire ce que je dois pour me faire valoir.»

Après l’aventure du Tricolore en finale de la Coupe Stanley, le portrait a drôlement changé à sa ligne bleue. Le capitaine Shea Weber ratera toute la saison, voire plus, Chris Wideman a été embauché pour un an et Marc Bergevin cherche un arrière mobile capable de transporter aisément la rondelle en zone offensive sans mettre ses coéquipiers dans le pétrin. Invité à une audition par le DG montréalais, Norlinder y voit une occasion de faire sa place.

Point de presse de M. Bergevin -

«Disons que j’ai de meilleures chances qu’il y a un mois, reconnait-il. C’est mon objectif numéro 1 en allant là-bas. On verra ensuite si je retourne en Suède ou si je reste là-bas.» 

Et s’il s’avère que les décideurs sont sous le charme du joyau de 5 pi 10 po? La direction des Indians ne le forcera pas à y disputer la dernière année de son pacte, nous dit-on. Au contraire. Les têtes de hockey seront fières qu’un de leurs élèves gradue dans les prestigieux rangs de la LNH.

«S’il démontre assez de belles choses et qu’il se taille une place avec les Canadiens, c’est certain qu’il y jouera», a assuré le président Christian Lechtaler, lorsque joint en Espagne par TVA Sports.

«Sinon, il aura l’unique occasion d’être un des meilleurs joueurs de notre équipe.»

Norlinder, qui «ne pense pas» connaître aucun joueur dans l’organisation, admet cependant qu’un détail le préoccupe.

«Ce sera la première fois que je joue sur une petite patinoire (ndlr : les surfaces de jeu internationales sont plus grandes que les aires nord-américaines). J’espère que je n’entrerai pas en collision avec quelqu’un en pourchassant la rondelle!»

Crédit photo : PHOTO d'archives, ROBY ST-GELAIS

Un «game changer»    

La direction du club suédois n’a que de bons mots au sujet de Norlinder, qui a signé son premier contrat professionnel de trois ans avec le CH en juin. À écouter Lechtaler, le jeune homme se dote d’un bagage complet et des habiletés à faire saliver les recruteurs qui sillonnent les arénas aux quatre coins du monde.

«Sur la glace, il peut être celui qui peut être un "game changer". C’est son point fort, note-t-il avec fierté. Chaque soir, il se passe quelque chose de spécial dans sa tête. Ça, tu l’as ou tu ne l’as pas.»

«Tout le monde l’aime dans l’équipe. C’est un bon coéquipier. C’est toujours une qualité importante.»

Le potentiel de Norlinder est, aux yeux du président des Indians, semblable à celui d’anciens joueurs qui ont migré vers la LNH, dont certains ont tout récemment porté les couleurs du CH.

«Il est tellement talentueux dans chacune des facettes du jeu, martèle-t-il. Il me fait penser à un Erik Gustafsson, plus jeune. Personne ne croyait en lui lorsqu’il est arrivé avec nous (en 2013-2014). Nous avons travaillé avec lui et il a aidé la Suède à remporter le Championnat du monde, puis il a connu du succès dans la LNH. 

«Nous avons eu un jeune attaquant avec nous, il y a quelques années : Artturi Lehkonen. Il a connu des hauts et des bas à sa première année. Il a été plus constant l’année suivante et il a fait le saut à Montréal par la suite.»

Imiter John Klingberg    

Cette constance, ces hauts et bas dont parle Lechtaler, est exactement ce que la direction a observé dans les performances de Norlinder. Et c’est tout à fait normal pour un espoir qui fait ses classes. 

«Il doit surtout apprendre à mieux se concentrer et développer le côté mental du jeu. À domicile comme à l’étranger, au début comme à la fin d’un match. Il doit gagner de l’expérience et jouer beaucoup pour devenir un joueur dominant», analyse Lechtaler.

«Nous allons travailler avec lui cette année. Nous disputons quatre parties par semaine. Il doit se concentrer chaque soir, car si tu perds ta motivation après un match, ça prend souvent une semaine à un joueur avant de se remettre sur ses pattes. 

«Tu ne peux te permettre ça dans la LNH. Ici, nous sommes plus patients.»    

Si toutes ces étapes portent leurs fruits, le président des Indians ne serait surpris de voir Norlinder évoluer en un défenseur dominant dans la LNH. Un nom lui vient en tête. 

«John Klingberg. On a travaillé avec lui et il est maintenant parmi les meilleurs défenseurs de la LNH. Mattias a le même bagage que lui quand il était ici.» 

«Il pourrait aussi connaître une belle carrière s’il travaille et qu’il devient plus fort, comme Johnny.»

Impressionné par Cale Makar    

Norlinder, lui, passe beaucoup de temps à étudier le style d’un autre arrière de talent, soit Cale Makar, l’excellent défenseur de l’Avalanche du Colorado qui vient de récolter 44 points en autant de rencontres en saison régulière avant d’étirer sa moyenne d’un point par match en éliminatoires.

«Je visionne des montages de ses jeux dans mes entraînements individuels. J’aimerais jouer comme lui», confie-t-il.

Avant de penser à imiter les Klingberg et Makar ou aspirer à une longue carrière dans la LNH, l’espoir du CH devra survivre au rude camp des Indians, présumément un des plus exigeants sur le Vieux continent.

«Nous avons le camp le plus difficile en Europe. Je vous promets ça, affirme Lechtaler. Parfois les joueurs nous quittent et ça devient un problème. On a la réputation de les pousser trop fort.»     

«Mais si tu veux être un pro, tu dois être fort. Être en forme, c’est une partie de l’objectif. Si tu ne l’es pas, c’est un gaspillage de talent.»

D’ici septembre, Norlinder continuera de s’entraîner fort avec la formation de Frolunda et de jouer au golf dans ses temps libres en tentant d’améliorer son meilleur pointage de +14.  

«Ça fait seulement un an que j’ai commencé à jouer!», se défend-il. 

En 37 rencontres avec les Indians de Frolunda en 2020-2021, Mattias Norlinder a récolté cinq buts et 10 points. En séries éliminatoires, il a inscrit cinq points en sept affrontements.

Frolunda a remporté le plus récent tounoi de la Ligue des champions de hockey.