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Olympiques

Tokyo 2020 : maintenant plus forte

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Les deux dernières années ont été un véritable chemin de croix pour la canoéiste Laurence Vincent Lapointe, qui a dû surmonter de nombreuses embûches dans sa quête olympique.

«Je suis pas mal plus forte que je pensais et j’espère continuer à me surprendre jusqu’après les Jeux, lance Vincent Lapointe d’entrée de jeu, mais je n’ai pas le goût de revivre ça. Si je revis une telle situation, je vais me tourner vers le golf.»

Déclarée positive au ligandrol tout juste avant les mondiaux de 2019 et suspendue de façon provisoire, Vincent Lapointe, avec sa garde rapprochée, a livré une bataille de tous les instants pour prouver son innocence.

Elle a obtenu gain de cause en janvier 2020 devant le tribunal arbitral de première instance de la Fédération internationale de canoë, et la canoéiste de Trois-Rivières s’est immédiatement envolée vers la Floride pour retrouver l’équipe nationale.

«Je n’avais jamais pu réaliser comment c’est lourd d’avoir l’impression de porter un poids sur tes épaules tous les jours sans compter le stress d’être sélectionné aux Jeux et le stress de performance», confie la canoéiste de 29 ans, qui a remporté 12 médailles d’or aux Championnats du monde depuis 2010.

«J’ai développé un peu de paranoïa vis-à-vis la nourriture en raison des contrôles inopinés. Ce stress, j’en étais particulièrement consciente plus les Jeux approchaient. Je n’avais pas d’énergie pour composer avec le reste», explique-t-elle.

Naïveté envolée

L’athlète dit avoir perdu sa belle naïveté.

«Habituellement, je prenais la vie avec un grain de sel comme un petit bateau qui vogue doucement, mais je suis devenue un cargo en train de couler», illustre-t-elle.

«Je vais avoir tellement besoin d’une pause à l’automne. J’ai l’impression que j’ai mis ma vie sur pause. Depuis ma suspension, je n’ai pas de conjoint parce que je ne peux faire confiance à personne. Je ne peux pas embrasser quelqu’un par crainte d’être contaminée de nouveau. En couple pendant cinq ans, j’avais confiance, mais j’ai été trahie», avoue la canoéiste.

Les parents de la canoéiste étaient aux premières loges pour soutenir leur fille et l’aider à identifier la source de la contamination. «On l’a ramassée à la petite cuillère», résume Guy Lapointe.

«Notre seule mission était de la sortir de là, de renchérir sa mère Nathalie Vincent. Mais la quantité (0,004 ng/ml) était tellement minime que c’était comme chercher une aiguille dans 500 bottes de foin. Et la source était à côté de nous.»

Vincent Lapointe a été contaminée par personne interposée alors que c’est son conjoint de l’époque qui avait consommé un produit contenant du ligandrol.

Pandémie

Alors que Vincent Lapointe tentait de reprendre le temps perdu, la pandémie a frappé et l’équipe canadienne a dû rentrer au pays. Peu de temps après, le CIO annonçait le report d’un an des Jeux.

«Sur le coup, j’étais en colère, mais, 15 minutes plus tard, j’étais soulagée, souligne-t-elle. J’étais contente d’avoir plus de temps pour me préparer.»

Le retour à l’entraînement à l’été n’a pas été une partie de plaisir.

«Je me demandais comment j’allais pouvoir me préparer pour les Jeux si je n’étais même pas capable de réussir un chrono à l’entraînement. Je capotais. B2dix, qui m’avait aidée pendant ma suspension, m’a invitée à une retraite fermée. Ma gestion du stress était difficile et mon hamster tournait trop vite. Pendant cette retraite, j’ai fait beaucoup d’exercices de respiration.»

Laurence Vincent Lapointe a terminé première de sa vague de qualification à l’épreuve C-1 200 m. Elle sera de la demi-finale mercredi, tout comme sa coéquipière de C-2 Katie Vincent.

Une première aux Jeux

Au-delà de ses nombreux titres mondiaux et de ses victoires en Coupe du monde, Laurence Vincent Lapointe est comblée d’avoir pu contribuer à l’inclusion du canoë féminin aux Jeux olympiques.

Le canoë féminin fait ses débuts dans le giron olympique à Tokyo. Les hommes participent aux Jeux depuis près de 30 ans. Le slalom féminin fait aussi ses premiers pas dans la capitale nippone.

«C’est l’une de mes plus grandes fiertés que le canoë féminin soit maintenant inclus aux Jeux», exprime-t-elle.

Mentalité à changer

«Un coach serbe m’a déjà dit qu’il ne pensait pas que les femmes pouvaient ramer comme ça et que mes performances lui avaient ouvert les yeux. Ça changeait les mentalités de voir une fille qui était bonne et qui était motivée», relate l’athlète.

«Certaines anciennes ont beaucoup milité, mais je voulais prêcher par l’exemple, d’ajouter Vincent Lapointe. Je voulais prouver que nous avions notre place. Des jeunes filles viennent me voir pour me dire qu’elles ont commencé à ramer quand elles m’ont vue.»

Épreuves retirées

Quand il a accepté le canoë féminin, le CIO a retiré deux épreuves masculines.

«Déjà qu’on ne nous aimait pas, souligne-t-elle. Je me demandais pourquoi ils enlevaient deux épreuves chez les hommes. Parce que nous sommes moins fortes, plusieurs faisaient le lien que le produit était de moins bonne qualité. Une bonne technique permet de compenser.»

Vision d’avenir

Sa mère, Nathalie Vincent, se souvient des propos de Dave Frost, Olympien de 1988 et 1992 et aussi natif de Trois-Rivières.

«Il avait dit à Laurence qu’elle serait le fer de lance pour amener le canoë féminin aux Jeux parce que son niveau de compétition le permettait. Comme parents, nous sommes fiers et c’est l’une de ses belles réalisations.»

Un réveil brutal

Les Essais olympiques en mars dernier ont servi d’électrochocs à Laurence Vincent Lapointe, qui a décidé de mettre les bouchés doubles par la suite.

Deuxième en C-1 200 m derrière sa partenaire de C-2 Katie Vincent, la canoéiste ne savait toujours pas si elle allait pouvoir participer aux Jeux, mais elle a pris le taureau par les cornes.

«Je pensais que mon entraînement était correct et je n’ai pas mal coursé aux essais, mais j’ai réalisé que la lumière était allumée, mais seulement à la moitié de l’intensité», image-t-elle.

«Je n’étais pas prête physiquement et mentalement. Ce fut le coup de pied aux fesses qui m’a fait réaliser que je n’avais pas de temps à perdre et que je ne pouvais pas continuer à ce rythme. Ce fut le déclic.»

«Pendant les semaines à Victoria où j’ai connu l’une de mes pires journées quand le mercure a chuté à moins 11, j’ai réalisé comment c’était drainant de m’entraîner dans de telles conditions, de poursuivre la protégée de Mark Granger. J’étais éteinte et je faisais le strict minimum. Juste vivre était épuisant.»

Retour en force

De retour à plein régime pour quatre semaines à Burnaby après les essais qui se sont déroulés du 11 au 14 mars, Vincent Lapointe a maintenu le rythme à son retour à Montréal.

«Au Bassin olympique, je voyais une amélioration chaque semaine et je me rapprochais de ce que je pensais être capable de faire.»

Laurence Vincent Lapointe n’est pas la seule qui a remarqué un changement important.

«Après les essais, Laurence s’est reprise en mains. Elle voyait la lumière au bout du tunnel. Comme Rocky Balboa dans la revanche contre Apollo Creed, elle a fait tout ce qu’il fallait. Ce n’est pas la même fille qu’en mars», résume son entraîneur.

«Laurence est maintenant une athlète complètement différente de 2020. Elle a débloqué pendant les quatre semaines à Burnaby et elle a retrouvé sa confiance et sa vitesse au retour à Montréal», d’ajouter Granger, qui entraîne Vincent Lapointe depuis son retour de suspension en janvier 2020.

La perception de Granger a changé au fil des semaines.

«Il n’y a aucun doute maintenant qu’elle peut bien performer aux Jeux et qu’elle est capable de réaliser un temps qui va la placer sur le podium.»

Changement profitable

Cette association somme toute récente entre Vincent Lapointe et Granger plaît à la canoéiste de 29 ans.

«À notre retour à Montréal, Mark a modifié mon entraînement afin de me permettre d’être une semaine sur quatre à la maison. J’ai besoin de me ressourcer. Ma motivation et mon état d’esprit passent par la famille», explique l’athlète de Trois Rivières.

«À Victoria cet hiver, le froid était un problème, mais pas le seul. J’étais seule et j’ai besoin de la présence de mes parents et de mon chien Yuki. On fait moins de volume et on travaille avec des intervalles, ce qui me convient mieux», conclut-elle.