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Olympiques

Tokyo 2020 : place à l’histoire

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Qu’un Canadien soit de la finale du 200 m en athlétisme est déjà un fait d’armes. Que deux Canadiens soient sur la ligne de départ, voilà un événement qui ne s’est pas vu depuis 93 ans. Andre De Grasse et Aaron Brown se sont qualifiés de brillante façon pour le grand rendez-vous de mercredi matin.

À 8 h 55 (heure du Québec), les deux sprinters canadiens s’élanceront dans le stade olympique de Tokyo. La dernière fois qu’un tel scénario s’était produit, en 1928, Percy Williams avait raflé l’or et Johnny Fitzpatrick avait terminé cinquième.

Mardi, Brown et De Grasse ont officialisé leur présence en finale en s’y invitant par la grande porte.

«Nous avons de la profondeur au Canada. On veut représenter la feuille d’érable du mieux qu’on peut. J’en suis fier», a mentionné Brown à Radio-Canada après avoir parcouru la distance en 19,99 s, le meilleur temps de sa vague et son meilleur chrono de l’année.

Dans le cas de De Grasse, il n’y a aucune surprise. L’Ontarien de 26 ans avait fini deuxième aux Jeux de Rio en 2016 et il a décroché la même position aux Championnats du monde, en 2019.

Le pays au grand complet s’attend donc à une médaille. N’empêche que sa prestation étincelante en demi-finale a sans doute provoqué un soupir collectif de soulagement.

Record canadien

En qualifications, il avait fait tout juste le nécessaire en terminant au troisième rang avec un chrono de 20,56 s. En demi-finale, il a allumé le turbo pour signer un record canadien, en 19,73 s.

De Grasse a indiqué qu’au réveil, il se sentait très fatigué et que la chaleur lui semblait écrasante. Une longue sieste a ragaillardi son homme !

«Quand je me suis réveillé, je me sentais bien», a-t-il dit.

«Je ne m’attendais pas à ce record canadien. Mon entraîneur m’a juste dit de pousser sur 150 m et de voir ce qu’il en était. Vers la fin, j’ai vu à ma gauche que l’Américain [Kenneth Bednarek] était encore là, donc j’ai donné un coup», a-t-il ajouté à la SRC.

Reste à savoir si l’énergie retrouvée de De Grasse pourra le propulser de nouveau sur le podium. Mine de rien, en fin de semaine dernière, le sprinter le plus en vue au pays a aussi investi une bonne dose d’effort dans l’épreuve du 100 m pour aller chercher une médaille de bronze.

«Je suis très heureux d’avoir brisé mon record. Ça faisait cinq ans que je n’avais pas fait ça. Je sens que j’ai encore mes jambes de 200 m. Je me sens prêt pour demain [mercredi]», a-t-il indiqué dans des commentaires retransmis par Athlétisme Canada.

Une première

Dans le cas de Brown, il s’agira d’une première finale individuelle en carrière.

«J’ai poussé fort sur les 40 ou 50 premiers mètres. Ensuite, je suis demeuré relaxe. Je ne savais même pas que j’avais gagné. Je voulais juste me qualifier pour la finale», a-t-il raconté.

Le Torontois de 29 ans est quand même habitué aux grands moments, lui qui a fait partie de l’équipe du relais 4 x 100 m qui a obtenu le bronze à Rio.

Un exploit impressionnant

Des intervenants québécois du monde de l’athlétisme estiment que la présence de deux Canadiens en finale du 200 m doit être saluée et qu’il est même permis de rêver à deux médailles.

«En étant chanceux, les Canadiens pourraient finir 1 et 3 ou 2 et 3», estime Daniel St-Hilaire, entraîneur récemment retraité qui a besogné dans le domaine pendant près de 50 ans.

Celui qui a notamment œuvré aux côtés de Bruny Surin, de Nicolas Macrozonaris, d’Alain Metellus et de Charles Lefrançois croit qu’à moins d’une catastrophe, De Grasse montera sur le podium. Il ne faut pas négliger Aaron Brown pour autant.

«Brown, c’est quand même un athlète très doué génétiquement. Il a gagné des médailles dans des championnats du monde junior. Il a tout le temps été dans les meilleurs au monde dans son groupe d’âge et là, il vient de percer.»

Un Américain à surveiller

«De Grasse a un gars à battre et c’est l’Américain [Kenneth Bednarek]. Il court relaxe, donc il s’en est peut-être gardé pour la finale. Dans le cas de Brown, ce sera plus dur. Je pense qu’il a dû en donner beaucoup en demi-finale», croit-il.

Pour St-Hilaire, le riche bagage de De Grasse dans les grands rendez-vous servira sa cause.

«Les Jeux, c’est stressant. La personne qui est capable d’être cool et de garder son calme a une chance. De Grasse, on ne parle pas de ses premiers Jeux. Il a toujours gagné des médailles dans les grandes compétitions. C’est un gamer. Il élève son niveau de jeu plus l’enjeu est grand» explique-t-il.

Bon spectacle en vue

Pour l’entraîneur de l’équipe québécoise d’athlétisme, Félix-Antoine Lapointe, il ne fait aucun doute que la présence de deux Canadiens permettra de vivre un grand moment.

«C’est vraiment impressionnant, surtout qu’on ne parle pas de Canadiens qui auront des rôles de figurants. Ils ont très bien fait dans les demi-finales. C’est excitant et c’est bien de savoir que les Canadiens sont là quand c’est important», lance-t-il.

Tout comme St-Hilaire, il se dit convaincu que De Grasse savourera une médaille.

«Il reste à voir la couleur. On lui souhaite l’or, même s’il ne faut pas tenir ça pour acquis. Tout peut arriver et on l’a vu avec l’Italien [Lamont Marcell Jacobs] que personne n’a vu venir en finale du 100 m», rappelle-t-il avec prudence.

Si les performances des deux Canadiens sont à la hauteur, ça ne pourra qu’être bénéfique pour le sport au pays.

«C’est inspirant pour l’athlétisme canadien et ça va amener une nouvelle génération de coureurs», souligne Lapointe.