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Olympiques

Maude Charron, la nouvelle vie d’une championne

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Moins de 24 heures après sa consécration olympique et après une courte nuit de sommeil où elle a célébré son titre avec de la pizza et des gâteaux, Maude Charron peinait toujours à réaliser qu’elle était médaillée d’or au plus grand rendez-vous planétaire.

Tôt mercredi matin, Charron s’est pointée dans la salle de conférence du centre des médias pour une rencontre de presse en compagnie de son entraîneur Jean-Patrick Millette. «C’est spécial quand on me présente comme la championne olympique», a exprimé celle qui a soulevé 105 kg à l’arraché et 131 kg à l’épaulé-jeté pour remporter l’or.

«Depuis mon arrivée au Japon, je m’étais beaucoup protégée en ne parlant pas de médailles, mais en plaçant l’accent sur ma satisfaction d’être qualifiée pour les Jeux.»

Astres alignés

Tout est tombé en place pour que l’haltérophile de Sainte-Luce réalise une performance qui restera gravée dans la mémoire collective.

«Toutes les étoiles se sont alignées, a-t-elle illustré. La Corée du Nord s’est retirée, les Roumaines ont été sanctionnées pour des contrôles positifs et la Chinoise numéro un mondiale était absente en raison d’une blessure. Tout ça m’a ajouté une pression de plus avec la possibilité d’une chance de podium», de préciser l’olympienne, qui a reçu un appel de félicitations du premier ministre Justin Trudeau.

«La médaille d’or olympique n’est pas lourde pour rien. Il y a beaucoup de responsabilités qui viennent avec. Toute la semaine, je me disais que les Olympiques étaient une compétition comme les autres, mais avec toutes les entrevues que j’ai faites, j’ai réalisé que ce n’était pas une compétition ordinaire.»

Retour à Rimouski

Ses valises sont bouclées. Maude revient au pays jeudi. Un rassemblement est prévu pour son retour à la maison. «Une épluchette de blé d’Inde est dans les plans avec un visionnement de la compétition et mes photos, a-t-elle raconté. Je veux partager mon expérience avec mes proches. J’ai parlé à mes parents et à Serge [Chrétien] après ma victoire, mais j’ai hâte de les voir pour vrai et leur faire des colleux. J’ai dû vivre un deuil quand nous avons appris que nos proches ne pourraient pas être présents. Toutes ces émotions sont revenues quand je suis montée sur le podium.»

Après être descendue du podium, Charron a parlé avec ses proches. «Ça criait fort. J’ai mis mes écouteurs pour ne pas déranger les autres athlètes. Mes coéquipières avaient aussi placé des posters pour souligner ma victoire à mon retour au Village olympique.»

Chaud et froid

Charron nous a expliqué la séquence qui a mené à son échec à son premier essai à 128 kg à l’épaulé-jeté. «Pendant l’échauffement, je levais 124 kg facilement et j’étais prête à réussir mon premier essai dans deux ou trois minutes, mais des échecs de mes adversaires ont fait en sorte que je suis embarquée sur la plate-forme après sept ou huit minutes. Pendant l’attente, j’ai levé une barre légère à 100 kg. Pour cette raison, j’ai senti la barre excessivement lourde à 128 kg.»

«J’ai dépensé beaucoup d’énergie et je pensais m’évanouir, d’ajouter Charron. C’était une barre facile et j’étais certaine de réussir avec encore deux essais. Je n’ai pas utilisé mon deux minutes de pause entre les deux essais comme le prévoit la règle. Je m’entraîne pour récupérer vite.»

UN CADEAU DU CIEL

Jean-Patrick Millette a reçu un véritable cadeau du ciel en 2018 quand la meilleure haltérophile au pays a retenu ses services à deux ans du rendez-vous olympique.

Millette a eu droit à une bonne surprise lorsqu’il est allé prendre un café avec Maude Charron comme il le faisait à l’occasion. «Nous avions déjà un lien d’amitié et cette rencontre n’avait rien de différent, raconte le coach de 32 ans du club des Géants de Montréal. Je ne m’attendais pas du tout à ce que Maude me propose de travailler avec elle. Serge [Chrétien] se retirait et ils m’avaient choisi pour prendre la relève.»

Changement en douceur

Le changement s’est fait en douceur, et Chrétien est demeuré dans le décor, ce qui est plutôt rare dans le milieu sportif. «Dix minutes après que j’ai accepté la proposition, Serge m’écrivait pour me dire que je la méritais et que Maude me méritait aussi. Je suis fier que Serge soit resté impliqué dans la préparation de Maude. Je m’occupais du programme d’entraînement, mais Serge a servi de motivateur et il avait toujours les mots que Maude avait besoin d’entendre. Une part des succès revient à notre relation tous les trois et une partie de la médaille lui revient.»

Un modèle

Le dernier entraînement de chaque séance de Charron se terminait par la même séquence qu’elle était habituée à faire avec son premier entraîneur. «Ça permettait d’inclure Serge dans le processus et de rappeler à Maude d’où elle vient, explique Millette, qui a débuté le coaching en 2014. J’espère qu’à l’âge de Serge, je serai la moitié de la personne qu’il est. C’est l’une des meilleures personnes que je connaisse. Il donne sans rien demander en retour. C’est un modèle pour moi.»

Dans l’entrevue pour notre cahier sur les Jeux olympiques, le résident de Saint-Anne-des-Monts avait mentionné que le changement d’entraîneur avait procuré un effet tremplin à l’haltérophile de Rimouski.

Quel a été l’apport de Millette dans la dernière étape menant vers les Jeux? «J’ai établi un système d’entraînement afin d’éviter les blessures, explique-t-il. J’ai aussi amené beaucoup de flexibilité sur la vision de Maude. Je pense aussi que je suis un des meilleurs au niveau de la stratégie. Par contre, tu ne peux pas jouer une partie d’échecs quand tu n’as pas une bonne athlète.»