Canadiens de Montréal

Logan Mailloux: derrière un geste révoltant, un talent unique

Publié | Mis à jour

Note de l'auteur: en aucun cas ce papier ne banalise le geste irréfléchi et illégal de Logan Mailloux ou la douleur ressentie par la victime et sa famille. L'article voit le jour sur la base de considérations sportives et informatives, car Mailloux, qu'on le veuille (accepte) ou non, est le choix de 1er tour du CH cette année. Les gens doivent aussi pouvoir s'informer sur son potentiel de hockeyeur.

«Logan Mailloux.»

Ces deux mots, prononcés vendredi soir par le directeur général des Canadiens Marc Bergevin, ont à eux seuls mis le feu à la planète hockey, aux réseaux sociaux et à la ville de Montréal au grand complet.       

Mailloux, un jeune défenseur de 17 ans, avait, seulement trois jours avant le repêchage, publiquement demandé à toutes les équipes de la Ligue nationale de ne pas le repêcher. En novembre dernier, il avait été accusé d’avoir pris et distribué une photo explicite sans le consentement d’une partenaire sexuelle alors qu'il évoluait chez le SK Lejon, en Suède. 

De son propre aveu, il jugeait avoir besoin de temps pour digérer cette histoire. 

«Être repêché dans la LNH est un honneur et un privilège qui ne doit pas être pris à la légère, avait-il écrit mardi sur Twitter. Je ne crois pas avoir démontré assez de maturité pour obtenir ce privilège en 2021.»

Pourtant, le Tricolore a quand même décidé d’utiliser son choix de première ronde (31e sélection au total) pour mettre le grappin sur l’arrière originaire de Belle River en Ontario. Évidemment, le choix a été lourdement critiqué sur toutes les plateformes possibles. 

«Était-ce vraiment nécessaire, voire éthique?», se sont demandés à juste titre d’innombrables observateurs?

Près de 48h plus tard, il faut toutefois savoir se montrer lucides : la sélection de Logan Mailloux, qu’on l’approuve ou non, est maintenant faite et officialisée.

Crédit photo : CAPTURE D'ÉCRAN / AGENCE QMI

Était-elle la plus appropriée sur le plan social, compte tenu des circonstances? Absolument pas. Ce constat est (heureusement) unanime -ou presque- chez les partisans de l’équipe. 

Mais qu’en est-il du plan sportif? Parce que même si on a tous tendance à l’oublier, les Canadiens n’ont pas seulement repêché vendredi un jeune homme jadis accusé au criminel. Ils ont aussi mis la main sur un joueur de hockey à qui ils sont prêts à donner une deuxième chance.

Et si Mailloux est, comme il le dit, prêt à la saisir, le CH pourrait bien avoir intégré à son équipe un futur défenseur élite qui saura rappeler aux partisans le jeu d’une figure bien connue à Montréal.

«Je le vois assurément devenir un défenseur complet et décisif comme Shea Weber a pu l’être.»

Patrick Powers a été l’entraîneur et le directeur général de Logan Mailloux il y a deux ans (2019-2020) chez les Nationals de London dans la Greater Ontario Junior Hockey League. C’était lors de la saison précédant le départ de l’adolescent vers la Suède en raison de la pandémie. 

Et Powers, comme en témoigne sa comparaison citée plus haut, ne tarit pas d’éloges lorsqu’il parle de Logan Mailloux. Tant sur le plan hockey que... sur le plan humain. Portrait complet du controversé choix de première ronde des Canadiens. 

La polyvalence incarnée       

Sous les ordres de Patrick Powers, Logan Mailloux, dont la charpente est déjà bien musclée (6 pieds 3 pouces – 214 livres), a connu une fantastique saison de 68 points en 48 matchs. Il a terminé la campagne au deuxième rang des pointeurs chez les défenseurs du circuit. 

Il a également écopé de 94 minutes de pénalité, un bon indice d’un quelconque amour pour la robustesse. 

Powers, lorsque questionné sur le style de jeu de Mailloux, est d’ailleurs très évocateur quant à la polyvalence de son ancien poulain. 

«C’est un patineur très puissant. Logan est également très dur dans ses batailles à un contre un. Il est dédié dans sa couverture défensive, mais aussi très intelligent lorsqu’il a la rondelle sur sa palette. Il peut être celui qui dicte le jeu en zone adverse.»

Et où devrait-il être utilisé si le CH souhaite maximiser son potentiel? La réponse de l’homme de hockey a de quoi surprendre positivement. 

«Ce qui est plaisant avec lui, c’est qu’il pourra être utilisé partout. Que ce soit sur la première ou la troisième paire défensive, en désavantage ou en avantage numérique. Il peut autant protéger une avance qu’être le meneur de ton équipe en attaque. Ce type de défenseur est très plaisant à entraîner, évidemment!»

Powers, sans même qu’on le relance, poursuit sur sa lancée.

«Selon moi, il saura transposer son instinct offensif et sa capacité à créer des jeux dans la LNH. Son passage en Suède lui a appris à prendre de meilleures décisions avec la rondelle lorsque les matchs deviennent corsés. Et quand tu as un gabarit, une force physique et des habiletés naturelles comme celles de Logan, tu peux t’établir au plus haut niveau. Je le vois assurément devenir un défenseur complet et décisif comme Shea Weber a pu l’être.»

«Un jeune homme merveilleux»      

Évidemment, Patrick Powers a entendu parler des démêlés de Mailloux avec la justice suédoise. 

S’il comprend que la sélection du défenseur n’ait pas été applaudie d’emblée par les partisans, il souhaite toutefois que les gens se donnent la peine d’apprendre à connaître Mailloux sous un autre angle. 

«Je vais parler pour moi. Tout, mais vraiment tout ce que je connais de Logan est positif. Il a été merveilleux pour nous du premier au dernier jour. Il traitait ses coéquipiers, le personnel d’entraîneurs et ses adversaires avec énormément de respect. 

«C’est également un jeune homme très humble. À 16 ans, il avait le talent pour jouer avec les Knights de London dans la OHL, mais l’équipe avait beaucoup de profondeur, donc il a accepté de venir jouer avec nous et il a toujours eu une attitude exemplaire. Il aurait pu arriver avec une attitude négative, mais il est plutôt devenu le leader de notre groupe.»

Powers a ensuite avoué avoir été contacté par plusieurs recruteurs de la LNH au sujet de Mailloux. 

«J’ai parlé à plusieurs équipes et je leur ai tous dit la même chose : je n’ai rien de mal à dire sur Logan, bien au contraire.»

Les nerfs pour rebondir?       

L’entraîneur a également tenu à confier une anecdote qui, selon lui, en dit long sur la réelle personnalité de Logan Mailloux

«À la fin de la saison, on avait organisé une activité où tous les joueurs devaient dire aux entraîneurs quel était le plus grand regret de leur saison. Logan nous a dit qu’il regrettait de ne pas en avoir fait assez pour aider le groupe à remporter le championnat. Pourtant, il avait connu une saison fantastique! C’est ça, Logan Mailloux.»

La prochaine étape, pour le nouvel espoir du CH, sera évidemment de prouver qu’il a compris des choses et qu’il est prêt à ne se concentrer que sur deux aspects bien précis : sa progression humaine et son développement sportif. 

Et comment Patrick Powers entrevoit-il les prochains mois de Mailloux, justement?

«Je crois que Logan, étant le type de jeune homme qu’il est, va certainement retenir la leçon et s’en servir pour devenir meilleur. Évidemment, je n’approuve pas le geste qu’il a posé, loin de là. Mais je suis tellement content de voir que les Canadiens lui ont donné une deuxième chance. Je suis sûr qu’au fond de lui, il voulait vraiment avoir l’opportunité de prouver qui il était vraiment. Et je pense bien honnêtement qu’il a les qualités, mais surtout les nerfs pour le faire.»

Au septième étage du Centre Bell, ils sont sans aucun doute plusieurs à souhaiter que l’analyse de Patrick Powers s’avère véridique...