WWE

Paul Orndorff, une merveilleuse carrière

Paul Orndorff, une merveilleuse carrière

Patric Laprade

Publié 16 juillet
Mis à jour 16 juillet

L’un des lutteurs qui a le plus marqué les années 1980, « Mr. Wonderful » Paul Orndorff, est décédé lundi dernier, à Fayetteville, en Géorgie, à l’âge de 71 ans.

L’un de ses fils, Travis, avait mis en ligne une vidéo de son père en mai dernier. Atteint de démence, après de longues années à jouer au football et à lutter, Orndorff y était méconnaissable. Pourtant, je l’avais vu en 2016 au Cauliflower Alley Club à Las Vegas et il avait volé le spectacle avec son discours.

Avec son décès, tous les adversaires d’Hulk Hogan de WrestleMania I à WrestleMania VI sont maintenant décédés, soit Roddy Piper, Orndorff, King Kong Bundy, André the Giant, Randy Savage et Ultimate Warrior. Une statistique assez triste merci.

Orndorff a marqué l’imaginaire des amateurs principalement à cause de son imposant physique et des robes qu’il portait vers l’arène. Il était un athlète hors-pair et un excellent lutteur. Il avait également un charisme et une arrogance qui faisaient de lui le parfait vilain.

Ce sont fort probablement les raisons pour lesquelles Vince McMahon est allé le chercher en 1983, alors que ce dernier venait tout juste de finaliser l’achat de la WWF de son père et qu’il s’apprêtait à mettre son grand plan d’invasion nationale à exécution.

Orndorff travaillait pour Mid-South Wrestling lorsque McMahon l’a approché. Il avait connu un certain succès, surtout comme champion Nord-Américain. Ses matchs avec Bruiser Brody, Stan Hansen et Ernie Ladd, en demi-finale ou en co-finale, avaient tous bien fait au box-office.

Malgré cela, c’est après avoir fait ses débuts pour la WWF en novembre 1983 que tout est tombé en place pour lui.

Dès janvier 1984, on le jumèle à « Rowdy » Roddy Piper, qui fait également ses débuts pour Vince McMahon fils. Piper agira comme son porte-parole, son gérant et lui donnera un surnom qu’Orndorff gardera pour le restant de sa carrière, « Mr. Wonderful », la Merveille, si on tenait à traduire le tout.

Le même mois, Hulk Hogan, un autre nouveau venu, remporte le titre mondial de la WWF au Madison Square Garden de New York face au Iron Sheik. Il est l’homme de confiance de McMahon, celui sur qui il veut bâtir sa compagnie.

Lorsqu’Hogan revient au MSG le mois suivant, sa toute première défense de titre a lieu le 20 février face à Orndorff. Le match, à guichet fermé, attire une foule de

26 262 spectateurs. New York n’est pas la seule à attirer autant d’amateurs pour ce combat. Los Angeles, Boston, Philadelphie, Washington, Pittsburgh font aussi courir d’importantes foules alors que les deux gladiateurs sont en finale, au point que pour l’année 1984, Orndorff termine au septième rang de ceux qui attirent le plus dans le monde de la lutte, à égalité avec les Road Warriors, mais derrière Hogan, Ric Flair, Antonio Inoki, Iron Sheik, Kerry Von Erich et André the Giant.

En finale du tout premier WrestleMania

Entre son association avec Roddy Piper et sa rivalité avec Hulk Hogan, Orndorff devient l’acteur idéal pour commencer l’année 1985 et préparer ce qui deviendra le tout premier WrestleMania.

Le 18 février 1985, un événement intitulé « The War to Settle the Score », la guerre pour régler les comptes, a lieu au Madison Square Garden de new York. Ce n’était pas tant l’aréna ou la ville qui rend le tout spécial, mais plutôt la chaîne de télévision sur laquelle il était diffusé.

En effet, pour la seconde fois en un peu plus de six mois, la WWF serait présentée sur les ondes de MTV, cette chaîne qui avait révolutionné l’industrie de la télévision et de la musique en 1981 en diffusant des vidéoclips 24 heures sur 24. C’est la chaîne sur laquelle s’inspirera Musique Plus à ses débuts en 1986.

En juillet 1984, seulement la finale de l’événement avait été présentée à MTV, alors que Wendi Richter, accompagnée par la chanteuse Cyndi Lauper, avait défait la championne féminine Fabulous Moolah. C’était les débuts de ce qui fut appelé l’ère « Rock ‘n’ Wrestling » de la WWF.

En février 1985, c’est maintenant le moment de mettre en valeur la grande vedette de l’heure, Hulk Hogan, alors qu’il défend son titre mondial de la WWF face à Piper. Ce dernier perd par disqualification, mais sans avoir donné une raclée à Hogan et ceux qui étaient dans son coin, Lauper et l’acteur, Mr. T. De son côté, Piper est accompagné par « Cowboy » Bob Orton et bien sûr, Paul Orndorff.

Tout près de huit millions d’auditeurs regardent le match, la plus haute cote d’écoute pour MTV à ce moment-là.

Évidemment, le tout servira de rampe de lancement au premier WrestleMania, présenté au MSG le mois suivant. Dans la finale, Piper et Orndorff, accompagnés par Orton, font face à Hogan et Mr. T, avec Jimmy Snuka dans leur coin.

Vince et Linda McMahon ont tout misé sur cet événement et leur pari a porté fruit.

La fin du combat permet aussi à Orndorff de changer de camp.

Alors qu’Orndorff retient Hogan par les bras, Orton, qui portait toujours un plâtre au bras gauche à l’époque, vient pour faire une descente de son plâtre sur le champion,

mais Hogan esquive le coup et Orton assomme Orndorff par inadvertance, permettant à Hogan de lui river les épaules au tapis. Lorsqu’Orndorff revient à lui, Piper et Orton avaient déjà quitté la scène du crime.

Une rivalité avec Hogan qui fait des records

Les choses allaient vite pour la WWF et Vince McMahon.

En mai 1985, NBC embarque dans cette recrudescence de la lutte professionnelle en présentant un spécial sur ses ondes, un samedi par mois dans la case horaire de Saturday Night Live, soit tard en fin de soirée. Les cotes d’écoute à MTV avaient convaincu le réseau et c’est ainsi qu’est né Saturday Night Main Event.

Hogan, avec Mr. T dans son coin, affronte donc Orton, avec Piper dans le sien. Après le combat, Orton et Piper veulent faire un mauvais parti à Hogan lorsqu’Orndorff intervient pour aider Hogan et Mr. T et ainsi, chasser les vilains de l’arène.

Dans les six semaines qui se sont écoulées entre WrestleMania et SNME, Piper et Orton avaient fait savoir à Orndorff qu’il était celui à blâmer pour la défaite de WrestleMania. En intervenant de la sorte, Orndorff confirme son nouveau statut de favori de la foule. Quelque temps plus tard, il congédiera son gérant, le détesté Bobby Heenan, et commencera à faire équipe avec Hogan.

En plus d’Hogan, Orndorff fait aussi équipe avec Bruno Sammartino et André the Giant dans sa rivalité avec Piper et Orton. Si bien qu’en 1985, il termine au quatrième rang des lutteurs ayant attiré le plus dans le monde de la lutte, encore une fois à égalité avec Hawk et Animal, derrière Hogan, Flair et Piper.

Toutefois, Orndorff ne restera pas longtemps babyface.

Après un match sans enjeu contre Don Muraco à WrestleMania II, l’ego d’Orndorff se met à lui monter à la tête. Il trouve qu’il joue les seconds violons. Alors qu’il veut joindre Hogan au téléphone, on lui répond que le champion est trop occupé pour prendre son appel. Puis, lors d’un match par équipe contre King Kong Bundy et Big John Studd, ce dernier pousse Hogan, qui malencontreusement tombe sur Orndorff. À la fin du combat, « Mr. Wonderful » frappe Hogan, lui applique un sévère marteau-pilon et revient dans l’écurie du « Brain » Heenan.

Cette seconde rivalité avec Hogan amènera de nouveaux sommets. Du mois d’août au mois de décembre, la rivalité entre Hogan et Orndorff attire des foules encore plus importantes que la première fois. Orndorff en retire environ 20 000$ par semaine, une somme astronomique à l’époque.

Le 28 août 1986, au stade de l’Exposition nationale à Toronto, domicile des Blue Jays au baseball, la WWF y présente un événement intitulé « Big Event ». La finale entre Hogan et Orndorff pour le titre de la WWF attire 64 100 personnes, battant le record canadien alors détenu par Mad Dog Vachon et Killer Kowalski, qui avaient attiré

29 127 fans au stade du parc Jarry à Montréal en 1973. Il s’agit aussi à ce moment-là de la plus grande foule dans l’histoire de la lutte nord-américaine, record qui sera battu quelques mois plus tard lors de WrestleMania III.

À la fin de 1986, Hogan domine toujours la liste des lutteurs qui attirent le plus, mais Orndorff grimpe de deux échelons, alors qu’il se retrouve maintenant au deuxième rang, à égalité avec nul autre que Ric Flair. Cette deuxième mouture de leur rivalité sera la plus populaire de toutes les rivalités d’Hulk Hogan comme champion de la fédération.

Mais si Hogan allait encore dominer ce palmarès pour les cinq années à venir, Orndorff s’y retrouve pour la dernière fois.

Une descente rapide

Si en 1986 tout allait bien pour Orndorff, l’année 1987 est toute autre.

Alors qu’Hogan commence sa rivalité avec le Géant Ferré, Orndorff est laissé pour compte. Il travaille avec quelques babyfaces, sans avoir une vraie rivalité. Il ne sera même pas de la carte de WrestleMania III. La rumeur a toujours dit que Vince McMahon le gardait en réserve si jamais André n’aurait pas été capable de lutter à Pontiac. Mais la chose n’a jamais été confirmée. Peut-être ne figurait-il tout simplement plus dans les plans du grand manitou?

Malgré avoir fait sa marque en heel et avoir attiré des foules records, la décision est de le ramener en babyface pour la seconde moitié de l’année, en rivalité contre la famille Heenan. C’est d’ailleurs durant ce temps qu’il a fait les frais d’une de ses dernières finales devant une foule considérable. Le tout avait lieu le 25 octobre 1987 au Forum de Montréal, en équipe avec Bam Bam Bigelow, face à Kong Kong Bundy et Rick Rude, avec André the Giant dans leur coin. Une foule de 12 020 personnes assiste au spectacle. Orndorff est alors géré par le gérant de Bigelow, Sir Oliver Humperdink, qui avait entre autres géré les Poudrés d’Hollywood au Québec dans les années 1970.

Mais Orndorff n’a plus le même impact qu’en 1986 et le 4 janvier 1988, un peu plus de quatre ans après ses débuts pour Vince, il lutte dans son dernier match pour la WWF face à Rick Rude. Une blessure à l’épaule et au cou, pour laquelle il a trop attendu avant de se faire opérer, le force à prendre une retraite hâtive du ring.

Repêché par les Saints de la Nouvelle-Orléans

Né Paul Parlette Orndorff Jr. le 29 octobre 1949 à Winchester en Virginie, il grandit en banlieue de Tampa en Floride, où il jouera d’ailleurs au football pour l’université de Tampa. Il voit le sport comme une échappatoire à la rue, lui qui habite dans un quartier très difficile et dans lequel il doit se battre régulièrement. Jouant à plusieurs positions, dont celle de porteur de ballon, il participe au camp

d’entraînement des Saints de la Nouvelle-Orléans, qui l’avaient repêché en douzième ronde en 1973, ainsi que celui des Bears de Chicago, sans toutefois jouer un match dans la NFL.

Comme plusieurs footballeurs de son époque, il décide de se tourner vers la lutte professionnelle. Entraîné par Hiro Matsuda, qui entraînera aussi Hulk Hogan, Ron Simmons, Brian Blair, Lex Luger et Scott Hall, Orndorff fait ses débuts en Floride en 1976 pour le promoteur Eddie Graham, avant de se rendre en Géorgie, à Memphis, puis dans le territoire de Mid-Atlantic.

« Je l'ai connu à Atlanta en 1976. Il commençait à peine dans la business, se souvient l’ancien lutteur Raymond Rougeau. Il y avait lui, Ricky Steamboat et Scott Irwin en même temps que moi. On était de bons amis. On s’entraînait ensemble. J’ai aussi lutté contre lui. J’avais cinq ans d'expérience et lui, seulement quelques mois. Je me souviens qu'il était nerveux. On était dans une ville en Géorgie et il m'avait demandé si je pouvais bien le faire paraître, car le promoteur était là! On avait eu un bon match. Il était bien gentil. Je ne l'ai revu que 10 ans plus tard à la WWF. Quand on se croisait, on se saluait, mais c'était différent. La business avait changé. Il y avait moins de proximité. On pouvait passer un mois sans se voir. Mais chaque fois qu'on se croisait, on était contents de se voir. »

Une décennie avec la WCW

En 1990, une fois son bras rétabli, il fait un retour dans l’arène, mais cette fois-ci du côté de la World Championship Wrestling (WCW). Il n’y reste que quelques mois durant lesquels il travaille surtout avec Arn Anderson et « Mean » Mark Callous, alors dans ses derniers combats avant de devenir l’Undertaker à la WWF.

Par la suite, Orndorff lutte pour des compagnies indépendantes telles que l’UWF et Smokey Mountain Wrestling, où il lutte principalement contre le Québécois Ronnie Garvin.

Il retourne à la WCW en 1992 et travaille avec Cactus Jack et Big Van Vader. Il remporte également le championnat de la télévision, son premier titre majeur en 10 ans, en plus de remporter les titres par équipe avec Paul Roma à deux reprises, dans une équipe appelée « Pretty Wonderful ». Malgré qu’il soit maintenant au début de la quarantaine, il travaille intelligemment et livre encore d’excellents combats.

Un match contre Cactus Jack à SuperBrawl III en 1993 reçoit la cote de quatre étoiles par le réputé journaliste Dave Meltzer. Ses combats face à Dustin Rhodes et Ricky Steamboat sont aussi très bien cotés. À Super Brawl IV en 1994, Meltzer donne quatre étoiles et quart à un combat trois contre trois entre Brian Pillman, Dustin Rhodes et Sting face à Orndorff, Rick Rude et Steve Austin. Puis, l’année suivante, en équipe avec Roma, il affronte Hulk Hogan et Randy Savage. C’est la première fois que les deux croisent le fer depuis 1987, la seule fois à la WCW.

Mais sa blessure au cou lui cause de l’atrophie du côté droit de son corps et il se retire pour une seconde fois. Il continue de travailler pour la compagnie dans les capacités d’agent en arrière-scène et d’entraîneur au Power Plant.

C’est à ce moment qu’Orndorff est mêlée à une des bagarres en arrière-scène les plus connues du monde de la lutte.

À la suite d'un malentendu, Orndorff et Big Van Vader s’échangent des politesses si bien que Vader frappe l’agent en plein visage. Orndorff se retrouve au sol, mais se relève rapidement. Malgré qu’il soit six ans plus vieux que Vader, 170 livres de moins que son adversaire et avec seulement un bon bras, Orndorff se met à frapper Vader au visage à plusieurs reprises. Vader, qui ne veut pas se battre, ne répond pas aux coups. Mais lorsqu’il sent son œil enfler et sa lèvre saigner, il amène Orndorff au plancher. Cependant ce dernier se relève aussitôt et même s’il ne porte que des sandales, donne une série de coups de pied au visage de Vader. Alors que Vader avait le visage ensanglanté, on finit par arrêter Orndorff et on l’amène dans la chambre des agents, où on lui fait comprendre qu’il représente la compagnie dans son rôle d’agent et qu’il ne peut se battre avec les lutteurs. Imaginez un superviseur à votre emploi qui se bat avec un employé!

Toutefois, c’est Vader qui est blâmé pour ce qui s’est passé et Eric Bischoff veut lui donner une amende que Vader trouve trop salé. Finalement, les deux parties se séparent à l’amiable et quelques mois plus tard, Vader fera ses débuts à la WWF.

Pour une dernière fois...

En 2000, Orndorff lutte une dernière fois pour la WCW, se blessant lui-même au cou en appliquant son fameux marteau-pilon.

Quatre ans plus tard, après l’achat de la WCW par la WWE, Orndorff retourne dans l’univers de Vince McMahon pour la première fois en 17 ans, alors qu’il est intronisé au temple de la renommée de la WWE. Il y fera quelques autres apparitions au fil des années.

En 2017, il remet ses bottes de lutte pour une dernière fois, une vraie dernière fois, à Brandon au Manitoba, pour la Canadian Wrestling Elite (CWE). Il y fera aussi une tournée.

« La CWE a accueilli près de 100 têtes d’affiche de la télévision et légendes, mais même si beaucoup ont été aimés et ont contribué à leur façon, je peux sincèrement dire que je ne pense pas que quiconque ait laissé l’impression générale que Paul Orndorff a laissé sur notre organisation et notre vestiaire », raconte Danny Duggan, le propriétaire de la CWE.

« C’était un sentiment aigre-doux de partager la route et le vestiaire avec une icône aussi réelle que Paul parce que c’était une expérience d’apprentissage inestimable, continue-t-il. Toutefois, son état commençait beaucoup à se détériorer. Chaque soir,

Paul était dans mon coin pour mon match et nous avions une routine où il arrêtait le heel de tricher derrière le dos de l’arbitre, ce qui me permettrait de profiter de l’agitation et de battre le méchant. Je me suis rapidement rendu compte des problèmes de mémoire de Paul alors que chaque soir, il me demandait ce que nous devions faire, même si on faisait la même chose soir après soir. Je lui rappelais simplement qu’il allait botter des culs et comme si de rien n’était, avec tout le charisme du monde, il jouait son rôle à la perfection, ce qui me faisait sourire comme un enfant à chaque fois. »

« Je passais presque chaque minute de la journée avec Paul en tournée et il était toujours dans un esprit incroyable, mais on sentait tout de même la frustration qu’il avait quand sa mémoire commençait à le trahir. J’ai vite appris que si je lui posais une question sur la lutte professionnelle ou lui demandais de raconter une de ses histoires, plus précisément la fois où il a assommé Vader, il se mettait dans un état d’esprit qu’il aimait être et il s’allumait avec passion et excitation comme s’il était revenu au Madison Square Garden en 1985. C’était contagieux. Il était vraiment wonderful. »

Paul Orndorff laisse dans le deuil son épouse des 50 dernières années, Ronda, de même que ses deux garçons, Paul III et Travis, ainsi que plusieurs petits-enfants.