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Il y a 50 ans, le Québec pleurait Yvon Robert

Il y a 50 ans, le Québec pleurait Yvon Robert

Patric Laprade

Publié 12 juillet
Mis à jour 12 juillet

Le 12 juillet 1971, l’un des athlètes les plus populaires de l’histoire de la province décédait, en l’occurrence le lutteur professionnel Yvon Robert.

Âgé de seulement 56 ans, celui qu’on surnommait « Le lion du Canada-Français » était foudroyé d’une huitième crise cardiaque depuis 1960.

C’en était une de trop.

Ce lundi de juillet, son garçon Yvon et le Géant Ferré étaient passés le voir à son condo d’Havres des Îles à Laval. Peu de temps après leur départ, vers midi, Robert a ressenti une douleur à la poitrine. Il a trouvé la force d’appeler le concierge, qui lui, a immédiatement appelé une ambulance, mais en vain. Robert est décédé à l’hôpital Sacré-Cœur du boulevard Gouin, à Montréal.

« J’avais un mauvais feeling cette journée-là, raconte Leona Spada, l’une des deux filles d’Yvon, dans une entrevue exclusive. Alors j’ai téléphoné chez mon père et c’est un policier qui a répondu. Je suis tout de suite partie pour l’hôpital. »

L’épouse de Robert, aussi prénommée Leona, était en voyage au Texas avec une de ses amies lorsque cette crise fatale est survenue. C’est son fils Yvon qui l’a appelé pour qu’elle revienne.

« C’est mon beau-frère, Johnny Spada, qui m’a téléphoné pour me dire de me rendre immédiatement à l’hôpital, que mon père n’allait pas bien, raconte pour sa part Suzanne Robert, l’aînée d’Yvon. Lorsque les portes de l’ascenseur se sont ouvertes, il y avait mon frère, Édouard Carpentier et le Géant Ferré, debout, devant les portes. Je savais que c’était grave. Mais il était déjà trop tard. Mon père était mort. »

Lutte et amour!

Né à Verdun le 8 octobre 1914, Robert s'entraîne avec l'ancien lutteur Émile Maupas. Puis, il fait ses débuts professionnels le 4 avril 1932. Il connaît rapidement du succès, autant ici qu’en Nouvelle-Angleterre.

En novembre 1934, alors qu’il lutte dans la région de Boston, il se blesse et est amené à l’hôpital d’Holyoke dans le Massachusetts où il doit subir une délicate opération à la colonne vertébrale. C’est là qu’il rencontre sa future dulcinée qui y travaille comme infirmière. Née le 30 décembre 1911 à Northampton, dans l’état du Massachusetts, Leona Brunelle provenait d’une famille québécoise déménagée en Nouvelle-Angleterre. En effet, son père Arthur était un croque-mort de St-Damase, tandis que sa mère, Angelina, était née à Joliette.

Ils se marient le 24 juin 1939 et auront trois enfants: Suzanne, Yvon et Leona.

Quelques mois plus tard, en août 1939, un nouveau promoteur fait ses débuts à Montréal, soit Eddie Quinn. Le natif du Massachusetts est le choix du promoteur Paul Bowser afin de revigorer le territoire montréalais. Ensemble, Robert et Quinn feront la pluie et le beau temps et feront de Montréal et de son Forum la Mecque de la lutte professionnelle. Tous les mercredis soir, des vedettes de partout dans le monde viendront combattre à l’édifice de la rue Sainte-Catherine.

À son apogée, Robert et le hockeyeur Maurice Richard seront les deux athlètes les plus populaires au Québec. En fait, le lutteur est le seul athlète québécois à s’être approché de la popularité du « Rocket ».

La seule nuance, c’est que Robert gagnait 150 000$ dans ses bonnes années, alors que Richard n’a jamais gagné plus que 25 000$ par saison avec le Canadien. C’est une des raisons pour laquelle Robert, qui finit par être partenaire avec Quinn, amenait Richard avec lui en tournée l’été et l’utilisait comme arbitre. Tout le monde y trouvait son compte. Richard se faisait un revenu d’appoint, les fans se présentaient en plus grand nombre pour voir leurs deux héros dans une même soirée et les promoteurs remplumaient davantage leurs coffres. Malencontreusement pour Robert, étant donné la popularité du hockey et le fait que Richard soit décédé 29 ans plus tard, ce dernier a davantage marqué la mémoire des générations qui ont suivies.

Lutte Grand Prix, son dernier lègue

Après avoir pris sa retraite en 1957, Robert devient le gérant de celui qu’il avait choisi pour être son successeur, Johnny Rougeau. Puis, en 1963 et 1964, alors que Quinn était retourné aux États-Unis, Robert devient promoteur, une expérience brève et infructueuse. Il faut dire qu’il n’avait pas l’appui de la télévision locale, alors que Radio-Canada avait arrêté de diffuser la lutte quelques années auparavant et que la toute nouvelle Télé-Métropole (Canal 10, aujourd’hui TVA) n’avait pas embarqué dans l’aventure.

Après le décès de Quinn, c’est plutôt Johnny Rougeau qui propose un projet télé au Canal 10, en utilisant des images qui appartenaient à Robert et pour lesquelles il ne lui avait pas demandé l’autorisation. De plus, Rougeau ne demande pas à son mentor de faire partie du groupe qui allait relancer la lutte au Québec.

Yvon ne lui pardonnera jamais.

Même s’il arbitre à quelques reprises pour l’organisation appelée les As de la Lutte et qui présentait son émission, Sur le Matelas, les samedis après-midi, il le fait pour les amateurs et non pas pour le promoteur.

Lorsqu’Yvon Jr. a voulu suivre les traces de son père, le paternel ne veut pas qu’il travaille pour Rougeau. C’est alors qu’il décide de créer une organisation pour faire compétition à son ancien poulain.

Il est allé chercher Maurice « Mad Dog » Vachon et son frère Paul « The Butcher » à Minneapolis. Il a sorti Édouard Carpentier d’une semi-retraite, lui qui était davantage utilisé par Johnny pour faire les commentaires. Et avec quelques autres partenaires, fonde ce qui allait devenir Lutte Grand Prix.

Le tout débute en mai 1971. Malheureusement, Robert n’aura jamais l’occasion de voir les fruits de ce qu’il avait créé. Au contraire, c'est ce même mois qu'il est fauché de sa septième crise cardiaque.

Le premier arrêt cardiaque de l’ancien champion était survenu en janvier 1960, alors que Robert avait tenté de déplacer une voiture qui bloquait le chemin. Sa carrière active étant terminée depuis quelques années, son médecin lui avait alors conseillé d’arrêter de fumer, de boire et de changer son rythme de vie. Dans les années qui suivirent, il lui arrivait parfois de se frapper de toutes ses forces sur la poitrine tellement il avait des douleurs.

« On avait toujours peur », se souvient Leona.

« Il ne prenait pas le fait d’être malade, au point de ne pas toujours être facile à vivre », ajoute Suzanne.

Le 10 juillet 1971, Robert visite Édouard Carpentier, ce lutteur français qu’Yvon avait été chercher en France en 1956 sous les recommandations de Larry Moquin et de Frank Valois.

Il l'informe qu’il est prêt pour le grand voyage. Carpentier l’amène souper. Au cours de ce repas, Yvon demande à son ami de s’occuper de la carrière de son fils. Deux jours plus tard, il décédait.

« J’ai perdu mon premier mari à l’âge de 48 ans, mon second à l’âge de 52 et mon père à 56. Tous les hommes de ma vie sont partis tôt », souligne Suzanne, qui a été mariée au lutteur et restaurateur bien connu, Claude St-Jean.

16 fois champion à Montréal

À son décès, on vante sa générosité, sa sensibilité, son aide avec les œuvres de charité, ce qu’il faisait pour les enfants démunis, de sa bonté et bien sûr, de son immense popularité.

Au niveau de sa carrière, ses exploits sont nombreux.

Il a remporté le titre de la Commission athlétique de Montréal à 16 reprises, un record. Il a aussi été champion de la National Wrestling Association, en plus de connaître du succès en France, en Nouvelle-Angleterre et partout au Québec. Dans sa province natale, il détient trois des 15 plus grandes assistances de lutte de l’histoire, les trois ayant attirées plus de 20 000 personnes.

Et les accolades ont continué bien après son décès.

En 1992, il est intronisé au Panthéon des sports du Québec. En 1996, il est intronisé au Temple de la renommée du Wrestling Observer Newsletter. En 1997, un documentaire sur sa carrière est présenté à Radio-Canada. En 1999, une biographie lui est consacrée. Et finalement, en 2013, il est voté le meilleur lutteur de l’histoire de la province.

Son épouse Leona est décédée le 27 mai 2002. Son fils Yvon, le 30 avril 2008. Ses filles Leona et Suzanne, respectivement âgées de 76 et 81 ans, en gardent d’excellents souvenirs.

« Il était un bon père de famille. Il nous amenait en Floride, il aimait le soleil et la mer. On voyageait avec lui. Il était drôle, un joker », exprime Suzanne.

Des propos que partage sa sœur Leona.

« C’était un excellent père, un homme honnête, une bonne personne, qui aidait beaucoup de gens. C’était un homme fantastique. C’était mon idole! »

Le retour de la lutte au Québec: un franc succès

Vendredi dernier, j’ai eu l’immense honneur d’animer le tout premier événement de lutte devant public depuis le 14 mars 2020, soit depuis le début de la pandémie. Le tout se déroulait du côté de Bécancour, alors que la FCL et la NSPW Bécancour présentaient ce spectacle dans le cadre du festival Quai en fête.

La foule de 220 personnes a été en feu toute la soirée. Elle réagissait à tout et pour tout le monde!

Lorsque je suis sorti des rideaux pour débuter la soirée, l’énergie des spectateurs m’a donné la chair de poule. C’était toute une sensation.

La carte comptait parmi les meilleurs lutteurs du Québec avec entre autres Matt Angel, Marko Estrada, « Toxic » Mat Dars et Matt Falco. Sans oublier la présence d’Azaelle et de Sally, deux des meilleures lutteuses québécoises en ce moment.

La lutte professionnelle reprend tranquillement sa place postpandémie, alors que plusieurs organisation ont commencé à annoncer leurs dates de retour un peu partout en province.