Euro 2020

La France, le Portugal et l'Allemagne en huitièmes

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Enfin buteur après son retour en équipe de France, Karim Benzema s'est libéré mercredi contre le Portugal (2-2) d'un pesant fardeau, cinq ans et huit mois après sa dernière réalisation. L'attaquant des Bleus, auteur d'un doublé, peut aborder le tour final de l'Euro plus léger.

«Quand il en mettra un, le robinet sera ouvert et ça va couler». Blagueur ces derniers jours en conférence de presse, Antoine Griezmann avait vu juste.

Le meneur de jeu des Bleus, souriant, n'avait pas voulu s'inquiéter face au manque de réussite devant le but de son équipier en sélection, toujours muet en équipe de France depuis sa convocation inattendue pour l'Euro, après une longue mise à l'écart postérieure à l'irruption de l'affaire dite de la «sextape» de Mathieu Valbuena. 

«KB9» a répondu à son partenaire sur le terrain et avec sang froid, sur la pelouse de la Puskas-Arena de Budapest. Sans trembler, il a d'abord converti un penalty (45e+2) provoqué par Kylian Mbappé, devant le virage occupé par les 7.500 supporters français annoncés dans l'enceinte. 

Et au retour des vestiaires, il a parfaitement aligné Rui Patricio après un superbe lancement de Paul Pogba (47e). 

De quoi exulter, plus de cinq ans et huit mois après sa dernière réalisation, un doublé, déjà, un soir d'octobre 2015 à Nice contre l'Arménie (4-0), son dernier match avant ses déboires judiciaires et son éloignement des Bleus. 

«Dans le tempo»  

Les planètes se sont subitement alignées dans la capitale hongroise! Début juin, l'attaquant du Real Madrid manquait un penalty en préparation contre le pays de Galles (3-0), avant de toucher le montant dans le jeu. Mercredi, sa tentative à onze mètres était impériale, et le poteau a été... rentrant sur le deuxième but. 

«Tout le monde loupe des penalties. Trouve-moi un joueur qui ne va pas en louper un! Je vais les travailler de plus en plus. Ce n'est pas un souci. Ce qui peut en être un, c'est de ne pas avoir d'occasions et de tirer zéro fois au but. Créer des occasions, être dans le tempo, ça c'est ce qu'il faut», avait évacué le buteur de 33 ans dans un entretien à l'AFP après son retour en Bleu.

Il a donc fallu attendre le troisième match de l'Euro pour voir l'avant-centre se libérer enfin, inscrivant ses 28e et 29e buts en sélection.

A-t-il été surmotivé par ses retrouvailles avec Cristiano Ronaldo, son ex-équipier lui aussi en mode record mercredi avec un doublé et un 109e but en sélection, autant que l'Iranien Ali Daei? 

Ou a-t-il simplement su rester patient, et engranger de l'énergie via le soutien indéfectible de son sélectionneur Didier Deschamps et de ses partenaires? 

«Qui va douter? Personne, surtout pas les Français. Il a des occasions, il est dans le jeu, il est performant, le but va venir. Le maillot ne sera jamais lourd à porter», assurait Paul Pogba sur RTL ces derniers jours. 

Accolade de «CR7»  

Une marque de confiance dont l'attaquant s'est nourri pour livrer par ailleurs une prestation très aboutie contre les Portugais, dans un match dingue, haché par les fautes, les blessures et les imprécisions.

En regardant l'explosion de joie de Griezmann sur son deuxième but, nul doute que la libération était partagée. Même «CR7» est venu féliciter longuement celui qui a passé des années à le faire briller dans le club «merengue».

Les amateurs de statistiques pourront aussi se réjouir de la fin d'une très mauvaise série, celle d'avoir échoué à marquer le moindre but à l'Euro en 30 tirs. Après 2008 et 2012, 2021 est donc la bonne année pour Benzema en Championnat d'Europe. 

Les plus pointilleux remarqueront peut-être que les Bleus avaient toujours gagné quand Benzema avait marqué jusque-là, en 22 rencontres... Les optimistes préféreront se dire qu'en cas de nouveau but en huitième de finale, les chiffres ne mentiront pas deux fois.

L'Allemagne qualifiée au forceps  

Sauvée par une égalisation (2-2) à six minutes de la fin du match contre la Hongrie, l'Allemagne s'est qualifiée mercredi à Munich pour les 8e de finale de l'Euro en terminant deuxième de la «poule de la mort» derrière la France et devant le Portugal.

Mais que ce fut difficile! Deux fois, les Hongrois ont mené au score, 1-0, puis 2-1. A la 83e minute, l'Allemagne était dernière de son groupe, éliminée. Puis Leon Goretzka, entré en cours de match, a récompensé la Mannschaft de ses efforts désespérés, en catapultant dans les filets un ballon mal dégagé par la défense magyare (2-2, 84e).

Les Allemands ont pourtant failli tomber dans le piège de Hongrois rusés et combattifs. Ils ont encaissé le premier but sur un contre, la première occasion hongroise, et ont ensuite longtemps buté sur une défense remarquablement organisée. 

Les hommes du coach Joachim Löw, qui quittera ses fonctions après l'Euro, étaient entrés dans le match comme ils l'avaient voulu. Possession de balle, percussion offensive par les attaquant Leroy Sané, Serge Gnabry et Kai Havertz, plutôt dans l'axe. Ils savaient qu'ils auraient besoin de patience face à la défense regroupée des Hongrois. 

Euro: l'Allemagne qualifiée -

L'Allemagne au bord du gouffre  

Mais après 11 minutes de jeu, leur plan s'est écroulé: sur un contre, Roland Sallai a servi en profondeur Adam Szalai, qui a laissé sur place Mats Hummels pour battre Neuer d'une superbe tête plongeante placée (1-0) ! Deux joueurs hongrois de Bundesliga, évoluant respectivement à Mayence et Fribourg, et pas vraiment habitués à malmener les stars du Bayern.

L'Allemagne a ensuite fait de son mieux, et ne s'est pas contentée d'une possession stérile. Hummels a placé une tête sur la barre (21e) sur un coup franc tiré par Toni Kroos, Matthias Ginter a échoué sur l'action suivante devant le gardien Peter Gulacsi. Gnabry et Sané se sont démenés pour tenter de passer en un contre un et ouvrir des brèches. Havertz a tenté sa chance de loin (51e). 

Havertz, enfin, a cru une première fois délivrer les siens, en égalisant de la tête à la 66e minute. Le temps des embrassades, un coup d'envoi, et la Hongrie a repris l'avantage par Andras Schäfer, lancé lui aussi en profondeur, et plus rapide que Mats Hummels (2-2, 66e). 

Dans l'Allianz Arena, on n'entendait que les fans hongrois. Les supporters allemands, les drapeaux repliés sur les genoux, étaient ko : quelques minutes plus tôt, Ronaldo avait égalisé contre la France. L'Allemagne était alors éliminée.

Drapeau arc-en-ciel  

Les Allemands ont évidemment livré un dernier quart d'heure de folie, pour tenter d'arracher le nul et s'ouvrir les portes des huitièmes. Löw a joué son va-tout en effectuant ses cinq changements, et en lançant en fin de match cinq joueurs offensifs ensemble: Thomas Müller, qui avait débuté sur le banc à cause d'un genou douloureux, Leroy Sané, Serge Gnabry, Kevin Volland et Havertz.

Comme à Budapest, les Hongrois ont bénéficié du soutien de fans galvanisés. Ils n'étaient à Munich que quelques centaines, regroupés derrière un but, vêtus pour beaucoup du t-shirt noir des ultras de la «Brigade des Carpathes». Mais ils ont très largement gagné le match des décibels contre les supporters allemands.

Dans le contexte politique lourd qui entourait cette rencontre, le seul incident notable a été l'intrusion sur le terrain pendant l'hymne hongrois, avant le match, d'un activiste portant un drapeau arc-en-ciel. Le jeune homme a réussi à courir quelques secondes en brandissant son étendard devant les deux équipes alignées pour écouter les hymnes, avant d'être plaqué au sol par la sécurité et évacué.

Depuis la veille, l'UEFA était sous le feu des critiques de toute l'Europe ou presque pour avoir refusé l'illumination du stade de Munich aux couleurs arc-en-ciel, en signe de solidarité avec la communauté LGBT de Hongrie.