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Crédit : Photo d'archives, AFP

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Pourquoi la MLS se moque de ses clubs canadiens?

Pourquoi la MLS se moque de ses clubs canadiens?

Fréderic Lord

Publié 21 mai
Mis à jour 22 mai

Année après année, la MLS parle de la parité comme une force de son championnat, mais oublie de parler d’équité en son sein. Ou plutôt de cette inéquité entre clubs canadiens et américains qui perdure depuis maintenant trop longtemps.

À chaque début de saison, la MLS ouvre 216 places au sein de sa force de travail pour des joueurs provenant de l’étranger. Dans le jargon : des « places de joueurs internationaux (PJI).» C’est donc dire que chaque club bénéficie de huit PJI qu’elle peut combler avec des joueurs provenant de pays autre que les États-Unis et le Canada.

Pour le CF Montréal, ces places sont occupées par ces noms : Binks, Camacho, Hamdi, Ibrahim, Kizza, Lappalainen, Maciel, Struna, Torres, Wanyama.

Ces PJI peuvent aussi être transigés en cours de saison si, comme c’est souvent le cas à Montréal, une équipe veut recruter un 9e ou 10e joueur provenant d’un autre pays de la planète foot.

À titre d’exemple, Olivier Renard a acquis de DC United en septembre 2020 deux PJI : une qui aura servi pour la fin de saison de Mustafa Kizza et une autre pour l’ensemble de l’année 2021. Au total, il aura déboursé 225 000$ (de GAM) pour ces deux places, 75k$ pour 2020 et 150k$ pour la saison en cours. Une bonne affaire compte tenu du fait qu’elles se transigent entre 200 et 225k$ depuis le début de l’année.

Donc, où est le problème? 

Le problème prend racine dans les lois du travail et de l’immigration aux États-Unis et au Canada. Pour qu’un joueur d’origine autre que canadienne ou américaine soit reconnu comme « domestique » et qu’il n’ait pas à occuper une PJI, il doit remplir certains critères qui diffèrent pour chacune des nations qui hébergent des clubs MLS.

Aux États-Unis, un permis de travail (AKA Green card) suffit pour « naturaliser » un joueur. Comme les athlètes sont considérés là-bas comme des travailleurs exceptionnels (ici, je simplifie), il est somme tout assez simple de l’obtenir rapidement.

Au Canada, seul le statut de résident canadien permet cette « naturalisation sportive.» Ceux qui ont immigré au Canada ou sont en voie de le faire comprennent le temps, les efforts et certains sacrifices auquel on doit se résoudre pour chanter le Ô Canada un bel après-midi de mai.

Bref, après quatre saisons en MLS, des joueurs comme Raul Ruidiaz et Josef Martinez sont considérés aux yeux du règlement comme des « locaux » tandis que Rudy Camacho est toujours un « étranger ».

Le problème ne saute peut-être pas aux yeux de l’amateur, mais pour les trois directeurs sportifs du CF Montréal, Toronto FC et Whitecaps de Vancouver, il cause assurément quelques brulements d’estomac.

Ces derniers ont plusieurs fois saisi la ligue du problème. En 2019, le TFC a même présenté une étude statistique pour démontrer le désavantage compétitif que représentait ce problème. Qu’est-ce que la ligue à répondu... meh!... Et est probablement retournée aux affaires courantes de son comité d’expansion.

Une solution! Quelle solution? 

Depuis deux ans, la MLS a tenté de mitiger cette situation. En 2020 et 2021, la ligue a injecté 150k$ (de GAM) supplémentaire dans le budget des clubs canadiens pour l’achat d’une de ces PJI.

Un effort, c’est bien. Mais si on prend deux secondes pour y réfléchir, le portrait est vraiment moins rose. Je vous le fais en point form :

- 150k$, c’est trop peu pour une place internationale comme en font foi quatre transactions qui sont survenues déjà cette saison.

- Cet argent ne peut être utilisé qu’à l’intérieur d’une transaction pour une PJI. À la fin de la saison, c’est donc 3 x 150k$ qui auront servi à enrichir... de clubs américains.

- On ne sait toujours pas si cette somme sera récurrente ou si même elle s’appliquera en 2022.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, la MLS a modifié cette saison son règlement à propos des Green Card. Dès 2022, un permis de travail acquis aux États-Unis en cours de saison ne pourra modifier le statut du joueur avant la saison suivante. Une façon pour eux d’encourager le développement (et l’embauche) de joueurs issus du pays de l’Oncle Sam.

Au final, ce règlement va tirer le marché des PJI à la hausse parce qu’il les rend plus précieuses aux yeux des clubs américains.

Ce problème perdure depuis trop longtemps au sein du circuit Garber. La ligue doit faire preuve d’un peu plus de créativité et de souplesse envers les clubs canadiens dans ce dossier. Elle leur doit bien ça après deux saisons d’itinérance...