Gala Eye of the Tiger Management

Crédit : Photo Martin Chevalier

Boxe

Payer pour boxer

Publié | Mis à jour

Ce n’est pas évident d’être une boxeuse au Québec, en pleine pandémie. Ce l’est encore moins lorsqu’elle n’a pas de promoteur pour veiller à ses intérêts. Il faut être animé par une passion peu commune pour traverser toutes les embûches qui se présentent sur sa route.

C’est la réalité quotidienne de Martine Vallières-Bisson (2-0). Elle devait se battre dans un gala d’Eye of the Tiger Management (EOTTM), le 12 mars 2020, au Casino de Montréal. Mauvaise nouvelle. Son combat est annulé en raison de la pandémie qui était en train de s’installer au Québec.

Durant les derniers mois, deux autres duels sont tombés à l’eau. Puis, son gérant, Douggy Bernèche, lui a déniché une place sur la carte d’EOTTM qui aura lieu le 4 juin prochain au Mexique.

Le promoteur Camille Estephan n’était pas obligé de lui donner cette opportunité. Il voulait seulement donner un coup de pouce à une boxeuse du Québec.

«C’était la seule option qu’on avait pour que je puisse demeurer active, a indiqué Martine Vallières-Bisson lors d’une entrevue accordée au Journal de Montréal. Par contre, comme toute boxeuse qui n’a pas de promoteur, je dois payer ma place et tous les frais qui viennent avec ce combat.»

Facture salée

Les coûts pour ce combat sont importants : 11 000 $ pour elle et son entraîneur Rodolfo Furlan. Le plus fou de l’histoire ? Elle ne recevra pas de bourse, en plus de perdre trois semaines de salaire à son boulot d’éducatrice dans un centre de la petite enfance.

Avec son gérant, elle a démarré une campagne de sociofinancement sur la plateforme «MAKEACHAMP» pour l’aider à payer cette somme. Elle a amassé 4000 $ jusqu’à maintenant, mais il ne lui reste que deux semaines avant le combat.

«Je vais payer pour boxer. C’est un peu de la folie, mais ce serait la même chose si le combat se déroulait au Québec. Pour le moment, j’ai une belle commandite de Paysagistes Forget.

«Ce qui me touche beaucoup, c’est de voir que des gens me donnent des dons de 5 $ alors que je sais très bien qu’ils ne roulent pas sur l’or. Je suis tellement reconnaissante.»

Elle est prête à tout pour retourner dans le ring.

«S’il me manque une partie du montant, je vais la prendre dans mon compte de banque. La pandémie a ralenti mes plans, mais ce n’est pas vrai qu’elle va tout arrêter. Une chose est sûre, je ne peux pas passer un autre quatre mois sans boxer.»

Une jeune de 36 ans

Vallières-Bisson a un parcours de carrière atypique. Elle a refusé de baisser les bras dans des situations où plusieurs auraient abdiqué.

«J’ai passé chez les professionnelles à 35 ans. Avec mon parcours amateur où je n’ai pas remporté de grosses compétitions, c’était évident que ce serait difficile de me trouver un promoteur. C’est plus difficile à vendre et j’en suis bien consciente.»

Toutefois, Vallières-Bisson est bâtie avec un alliage de détermination et de résilience. Le mot impossible ne fait pas partie de son vocabulaire, surtout qu’il est question d’un combat de championnat du monde. Un rêve qu’elle aimerait réaliser.

«Il me reste encore de belles années devant moi, mais je ne vais pas boxer jusqu’à 50 ans. J’aimerais boxer jusqu’à 40 ans et flirter avec un combat de championnat chez les poids plumes. Je suis prête à sauter sur toutes les opportunités et à prendre des risques. Je ne veux pas avoir de regrets.»