Patric Laprade

Le promoteur Michel Longtin n’est plus

Le promoteur Michel Longtin n’est plus

Patric Laprade

Publié 15 mai
Mis à jour 15 mai

Hier après-midi, sur le coup de 14h, aux soins palliatifs du Centre hospitalier de l’Université Laval à Québec, le promoteur Michel Longtin s’est éteint à l’âge de 77 ans.

Atteint d’une maladie pulmonaire obstructive chronique sévère lui causant régulièrement des bronchites et des pneumonies, il était au bout du rouleau. Il avait demandé l’aide médicale à mourir en janvier dernier, mais la demande lui avait été refusée.

Quatre mois plus tard, la réponse du médecin fut différente.

«Je suis en paix avec ma décision, me disait Michel, lorsqu’on s’est parlé pour la dernière fois, mercredi dernier. Les docs m’ont dit que je n’aurais pas passé l’été.»

Effectivement, je le sentais très serein au bout du fil. Il avait choisi sa journée, le 14 mai, son dernier repas, deux œufs avec du bacon, et les gens qui l’accompagneraient pour son dernier souffle, ses deux garçons, Hans et Nicolas.

Il m’a expliqué en détail comment les choses allaient se passer pour lui, le nombre de piqûres qu’il allait recevoir et les effets de chacune d’entre elles. Il savait exactement dans quoi il s’embarquait. 

«Mes enfants le prennent bien. Ils acceptent ma décision. Mais au final, c’est ma décision», ajoutait-il, d’un calme exemplaire face à sa propre fatalité. 

Un vrai promoteur!

Né à Montréal le 15 mars 1944, Longtin était un grand sportif dans sa jeunesse. Il jouait au football et au hockey pour le collège Notre-Dame. L’été, il jouait au baseball pour les célèbres Braves d’Ahuntsic. 

Mais ce sont ses talents de promoteur et de relationniste qui feront de lui la personnalité connue qu’il est devenu. 

Michel était un promoteur, un vrai! 

Pensez à Régis. Le même genre. Toujours prêt à embellir une histoire si ça pouvait aider. Comme dirait l’ancien lutteur Ray Stevens, si une histoire mérite d’être racontée, elle mérite d’être exagérée!

Être le garde du corps de John Lennon et Yoko Ono lors de leur fameux bed-in du printemps 1969, à l’hôtel Reine Elizabeth de Montréal, a été son premier fait d’armes en carrière. 

Michel et un de ses amis avaient réussi à s’infiltrer dans l’entourage du couple dès leur arrivée à l’aéroport. Longtin avait passé l’entièreté du séjour de l’ancien Beatle à l’entrée de sa chambre. Son travail était d’accepter ou de refuser les gens qui se présentaient. 

Cependant, quand il racontait l’histoire, le promoteur en lui ressortait. La première fois qu’il me l’a racontée, j’avais l’impression que c’était lui qui avait organisé le bed-in

Un promoteur, un vrai!  

Il n’en demeure pas moins que le tout lui a donné une certaine notoriété. Dans les années qui ont suivi, il a été gérant pour des artistes tels que Tony Roman, les Sinners et les Baronets, le groupe à René Angélil. 

L’aventure Lutte Grand Prix  

Puis, en 1971, il fait ses débuts dans le monde de la lutte.

«C’est Yvon Robert Jr. qui m’a amené dans l’aventure. J’avais joué au football collégial contre lui, c’est de là qu’on se connaissait», se souvenait-il. 

Le populaire lutteur Yvon Robert ne s’entendait plus avec son ancien protégé Johnny Rougeau. Lorsque son fils, Yvon Jr., a voulu suivre ses traces, le paternel ne voulait pas qu’il travaille pour Johnny. Depuis 1966, Rougeau avait le monopole de la lutte au Québec. Robert est donc allé à Minneapolis afin de convaincre Maurice «Mad Dog» Vachon de revenir chez lui pour être son propre patron. Puis, il a aussi convaincu Édouard Carpentier. Ce dernier était utilisé presque exclusivement pour faire les commentaires à l’émission Sur le Matelas et Édouard croyait qu’il avait encore sa place comme lutteur. 

C’est alors que le nouveau groupe a vu le jour avec Yvon Robert, Maurice et Paul Vachon, Édouard Carpentier, Lucien Grégoire et Michel Awada. Quand Robert est décédé, c’est son fils Yvon Jr. qui l’a remplacé. 

L’organisation des Rougeau s’appelait les As de la Lutte. Mais le nom officiel était les Entreprises sportives de l’est. La nouvelle organisation décide donc de s’appeler les Entreprises sportives Trans-Canada, parce que, vous savez, le Canada est plus grand que juste l’est! C’était une vraie guerre de pouvoir, et ce, à tous les niveaux. 

Longtin, à juste titre, trouvait que le nom n’était pas assez sexy. Un bon jour, il se promène en voiture et alors qu’il est arrêté à un feu de circulation, il voit l’enseigne d’un concessionnaire automobile : Grand Prix automobile.

«J’ai vu ça et je me suis tout de suite dit que c’était accrocheur. Lutte Grand Prix. Grand Prix Wrestling. C’était bon les deux langues!»

Ce fut le début d’une longue relation entre Longtin et la lutte professionnelle, un milieu qu’il a vraiment aimé. 

«Mon plus beau souvenir dans le monde de la lutte? D’y avoir fait partie! D’avoir vécu avec eux autres!», m’a répondu candidement Michel, qui était surtout utilisé comme promoteur et relationniste avec Grand Prix.

Parmi ses combats préférés, notons Don Leo Jonathan contre le Géant Ferré, Raymond Rougeau contre Ric Flair, Mad Dog Vachon contre Rico Garcia et bien sûr, Vachon contre Killer Kowalski au stade du parc Jarry. 

«Vachon contre Garcia c’était spécial. Maurice voulait prouver à Carpentier qu’il pouvait lutter contre n’importe qui et en faire un match spectaculaire. Les deux étaient babyfaces et ça a été tout un match! Maurice avait remporté son pari.»

C’est d’ailleurs cette rivalité à l’interne entre les dirigeants de Lutte Grand Prix qui a mené à sa perte. À la fin 1973, les frères Maurice et Paul Vachon vendaient leurs parts et quittaient l’aventure et par 1975, l’organisation n’existait plus. 

Toutefois, la relation entre Longtin et Maurice Vachon était bien ancrée. Une décennie plus tard, c’est lui qui aura la tâche d’organiser la tournée d’adieu de Mad Dog. 

«Au début, Maurice ne me faisait pas confiance. Je n’arrivais pas du monde de la lutte, j’arrivais du monde des artistes», se souvenait Michel.  

Longtin a par la suite été associé au fameux restaurant le Madrid, sur la 20 à St-Léonard-d’Aston, avec son fondateur Richard Arel. Puis, il a aidé le fils de ce dernier, Christian, dans la promotion des événements Monster Truck. 

Tomber en amour avec la lutte

Déménagé à Québec il y a une quinzaine d’années pour se rapprocher de ses enfants, c’est dans son appartement du Vieux-Québec que j’ai rencontré Michel pour la première fois. Accompagné de mon collègue et ami Bertrand Hébert, il a été la première personne que nous avons interviewée lorsqu’on a commencé le travail de notre ouvrage sur Maurice Vachon. 

D’un naturel généreux, il a passé plusieurs heures à partager ses souvenirs et ses histoires avec nous. Il nous a aussi laissés numériser toute sa collection de photos. Sa santé ne lui avait pas permis d’assister à notre lancement à Montréal. Par contre, il nous avait accompagnés à Québec lorsque nous avions fait la promotion du livre au centre Horizon pour un événement de la NSPW. 

Depuis, nous avions gardé contact. 

La lutte n’était pourtant pas un plan de carrière pour Michel, mais il est tombé en amour avec ce divertissement sportif. Encore aujourd’hui, il écoutait la lutte à la télévision.

«Je vous écoute à la télé toutes les semaines, me disait-il. C’est bon! J’aime ça! Vous êtes bons. Je vais vous écouter une dernière fois cette semaine. Je ne veux pas le manquer.»

Parler à ses amis une dernière fois

Plus de cinquante ans après ses débuts dans le milieu artistique et sportif québécois, Longtin connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait. 

En début de semaine, le collègue et ancien photographe au Journal de Montréal, Pierre-Yvon Pelletier, écrivait une publication Facebook dans laquelle il indiquait que Michel nous quitterait. Rodger Brulotte a fait de même dans le Journal.

La vague d’amour pour Michel s’est alors fait sentir. 

«Ti-Paul Leduc, Steve Paradis, Gino Brito, Gilles “The Fish”, Rodger, Pierre-Yvon, Ménick, ils m’ont tous appelé cette semaine. Ménick pleurait au téléphone. Ça m’a vraiment touché.»

-As-tu eu des nouvelles de Paul Vachon, lui ai-je demandé. 

-Non.

-D’après moi, il ne le sait pas. Je m’occupe de ça.

J’ai donc appelé Paul pour lui annoncer la triste nouvelle. L’épouse de Paul m’a écrit plus tard pour me remercier. Âgé de 83 ans, Paul était content d’avoir pu parler à son ami une dernière fois. Ils ont ri et se sont fait leurs adieux. 

Merci Michel!

Quoi dire à quelqu’un quand tu sais que c’est la dernière fois que tu lui parles ? J’ai toujours de la difficulté à trouver les mots justes dans ces situations. 

Alors j’ai simplement remercié Michel. D’abord, pour toute l’aide qu’il nous a apportée pour le livre sur Maurice. Puis, au nom de la lutte québécoise, pour sa contribution dans l’histoire de celle-ci. 

«C’est gentil. Tu salueras Bertrand pour moi. Je vais veiller sur vous de là-haut.»

Comme il l’avait fait tout au long de sa carrière, Michel avait, lui, trouvé les mots justes. Et c’est avec les yeux humides que j’ai salué Michel pour une dernière fois.

Merci encore Michel. Tu as enfin pu rejoindre tes amis Maurice Vachon, Toto Gingras, René Angélil et tous les autres que tu as côtoyés au fil des années. 

Repose en paix mon ami. 

J’aimerais souhaiter mes plus sincères condoléances à ses enfants, Nicolas et Hans, son petit-fils ainsi que son ex-femme, Nicole.