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«Fatigué», un gardien québécois s’accroche au rêve de la LNH

Publié | Mis à jour

Jean-François Bérubé est sur la pente descendante. Le gardien repentignois réalise que sa carrière, parsemée de hauts et de bas, est sur ses derniers milles.

N’empêche, il s’accroche et caresse la même ambition depuis sa dernière présence dans la Ligue nationale de hockey, le 6 avril 2018 : y revenir, possiblement pour la dernière fois.

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«Y a-t-il eu un rappel possible? Pas vraiment», a confié Bérubé au TVASports.ca lors d’un récent entretien téléphonique depuis le Colorado. 

«J’ai 29 ans, mais j’ai encore du bon hockey en moi. Je travaille fort pour retourner dans la LNH. Je ne sais pas si ça va se reproduire, donc ça me pousse à me surpasser et apprendre encore.»

Cette fin de parcours professionnel, le Québécois la vit dans la Ligue américaine, avec le Reign d’Ontario, le club-école des Kings de Los Angeles. 

Ironiquement, il est exactement là où il le souhaite : là où tout a commencé (le Reign faisait partie de l’ECHL à l’époque) et même s’il n’a pas vu d’action avec le grand club, il ne souhaite pas se trouver ailleurs.

«C’était ici que je voulais être, explique-t-il. J’ai passé cinq saisons dans l’organisation des Kings (au début de ma carrière). J’étais très confortable ici.»

Bérubé a un attachement pour le sud de la Californie, d’ailleurs. Il y a rencontré son épouse, qui est originaire de la région. Il tenait à y retourner pour le temps qu’il reste sa carrière d’athlète.

«Ce ne fut vraiment pas un été facile, car les négociations ont été dures à savoir pour quelle équipe j’allais jouer. C’est moi qui ai appelé les Kings. Je leur ai dit ‘si vous cherchez un vétéran, je suis prêt à revenir dans l’organisation’, de raconter celui qui a été sélectionné au quatrième tour de l’encan de 2009 par la concession californienne. 

«Ils ont trouvé un moyen et ils m’ont appelé quelques mois plus tard. Ils voulaient un vétéran qui cadrerait bien dans la LAH ou sur l’escouade de taxi. Ça m’a ouvert une porte.»

Il a toujours trimé dur  

La concrétisation de son plus récent contrat est à l’image de la carrière d’un gardien qui a constamment dû trimer dur pour se tailler un poste. Partout où il est passé.

Ce fera bientôt 10 ans que Bérubé a terminé son stage dans la LHJMQ, avec le Junior de Montréal. Même avant que les Kings en fassent la 95e sélection au total sur le parquet du Centre Bell, son parcours n’a pas été de tout repos.

Jamais repêché dans le circuit Courteau, il avait déboursé 50$ pour participer au camp d’entraînement du Junior, en 2008, et à la suite duquel l’entraîneur-chef de l’époque Pascal Vincent a décidé de lui offrir un poste.

Puis après avoir fait ses débuts comme régulier dans les rangs professionnels, en 2011, il n’a obtenu sa première chance dans la LNH que quatre ans plus tard, lorsque les Islanders de New York l’ont réclamé au ballottage, en octobre 2015.

Au total, il n’a disputé que 34 matchs dans le grand circuit. 

Sa dernière audition remonte à 2017-2018, à Chicago, lorsque l’une des nombreuses blessures qu’a subies le portier de Châteauguay Corey Crawford lui a ouvert une porte avec les Blackhawks, l’une des six organisation dont il a fait partie. 

Il a terminé l’année avec une fiche de 3-6-1 et un taux d’efficacité de ,894.

«Je ne l’ai jamais eu facile, admet-il. Je me dis qu’en passant par les chemins durs, j’ai appris beaucoup sur la vie. Les gardiens vont traverser des périodes où c’est difficile. 

«Il va toujours falloir que je travaille fort et c’est ce que je veux transmettre aux jeunes. Dans les moments difficiles d’une saison, il faut que tu te fasses confiance et que tu restes concentré sur ton but.»

Un mentor et un futur entraîneur?   

Bérubé est l’un des joueurs les plus âgés de l’effectif du Reign, pendant que les Kings sont au cœur d’une reconstruction qui pourrait prendre encore quelques années.

Et malgré les difficultés qu’entraîne une jeune formation en apprentissage, le vétéran se plait dans un rôle de mentor, voire la fameuse analogie du «grand-frère».

«Je sais ce qu’ils recherchent et c’est une des raisons pour lesquelles ils m’ont embauché. Brett Sutter est un des meilleurs capitaines que j’ai eus. C’est un bon vétéran, et ce n’est pas par hasard. On a tous un rôle de mentor. 

«Les jeunes écoutent, ils sont réceptifs. Ils sont comme des éponges : ils veulent apprendre. C’est le fun de faire partie du processus.»

À l’écouter, on croirait entendre les paroles d’un enseignant. Une carrière d’instructeur se dessine-t-elle?

«Je ne suis pas quelqu’un qui aime voir trop loin. Je me concentre sur la saison et après on verra. 

«Je ne rajeunis pas et c’est sûr que j’aimerais rester avec l’organisation des Kings. Je me sens confortable ici et je sais exactement ce à quoi ils s’attendent de moi», dit celui qui en a marre de voyager d’une organisation à l’autre. 

«J’aimerais rester le plus longtemps possible ici. Avec les années, je me suis promené pas mal. Je un peu fatigué de ça.»

Le club-école d’Ontario participera aux séries, puisque la section Pacifique est la seule qui a décidé de mener un tournoi éliminatoire dans la Ligue américaine.

Et tant que Bérubé continuera d’être un doyen devant le filet, il s’accroche au rêve de revenir dans la LNH avant d’accrocher ses jambières.

Mais la priorité, réitère-t-il, c’est la stabilité.

«J’aimerais vraiment rester ici, répète-t-il. Pour ma femme et moi, Los Angeles c’est notre maison. Ce serait plaisant de rester encore une année. 

Heureux pour Ducharme et Allen   

En terminant, comment ne pas aborder deux anciens du Junior qu’a côtoyés Bérubé : le gardien Jake Allen et l’actuel entraîneur-chef adjoint des Canadiens, Dominique Ducharme, qui fut adjoint - avec Joël Bouchard - sous Pascal Vincent.

Il se réjouit de leurs succès avec le Tricolore et ne tarit pas d’éloges à l’égard du pilote de Joliette.

«De ce que je me rappelle de Dom, c’est une personne vraiment honnête qui choisit bien ses mots pour que les joueurs comprennent. C’était facile de passer son message. Avec le Junior, on a été très choyés d’être dirigés par trois (futurs) entraîneurs-chefs.»

Bérubé se souvient que Ducharme possédait des qualités de communicateur appréciées des jeunes.

«Dom n’est pas quelqu’un de bruyant. Mais il est autoritaire et il passe son message dans le vestiaire. Je n’ai jamais entendu un joueur dire de quoi de mauvais sur lui. 

«Ce n’est pas quelqu’un qui hausse la voix. Il a un ton neutre. Il est facile d’approche.»

Quant à Allen, il gardait le contact avec lui jusqu’à ce que la pandémie bouleverse les habitudes des gens, à l’échelle mondiale.

«Ça doit faire un an ou deux qu’on ne s’est pas parlé. Il m’avait alors invité à son tournoi de golf au Nouveau-Brunswick. On se parle ici et là. 

«Je suis content qu’il ait une opportunité à Montréal. C’est plate que Carey Price soit blessé, mais ça lui offre une occasion de jouer et il est fier de porter le chandail des Canadiens.»