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Expos: Ressasser le passé pour entrevoir l’avenir

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La nostalgie n’est jamais bien loin quand il est question des Expos, mais le nouveau livre «Chips! Peanuts! Cracker Jack!» a aussi le mérite de laisser imaginer une partie de l’avenir. 

Écrit par l’auteur et journaliste sportif Frédéric Daigle et publié aux Éditions de l’Homme, le bouquin de 272 pages révèle de nombreuses histoires «cachées» du passé.

Voyez l'entrevue avec Frédéric Daigle à «JiC», ci-dessus.

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Parmi celles-ci, certaines anecdotes de l’homme d’affaires Stephen Bronfman, au cœur du projet de retour du baseball professionnel à Montréal, tombent particulièrement à point et semble vouloir expliquer, du moins partiellement, sa persévérance à ramener un club dans la métropole québécoise.

Servi par la plume de Daigle, Bronfman rappelle d’abord de précieux souvenirs de son enfance privilégiée lors des camps à West Palm Beach, puis à Daytona Beach. Il vient aussi transporter le lecteur au match des étoiles de 1981, à Cleveland, au moment où Gary Carter réussissait son deuxième circuit de la rencontre.

«Je regardais le match à la maison avec un de mes amis et mon père, peut-on lire. Lorsque Carter a frappé son second circuit, mon ami et moi sautions, criions, nous donnions des "high fives", mais mon père n’avait pas l’air content sur le divan.»

Charles Bronfman, à titre de propriétaire, comprenait plutôt que ça venait de lui coûter beaucoup d’argent. La signature du prochain contrat de Carter allait ultimement faire comprendre au paternel que la «business» ne serait plus la même...

«C’est certain qu’il y a de la nostalgie dans ce livre-là, on ne s’en sort pas, dit l’auteur. Mais mon objectif, ce n’était pas juste de faire pleurer les gens, mais c’était de publier un bon livre de sports où on lit sur les dessous du baseball. Il y a plein d’histoires de coulisses que les gens, j’en suis sûr, vont aimer.»

De Selig à Manfred

À propos du regard vers l’avenir, Stephen Bronfman y raconte le jour où il a offert ses excuses à Bud Selig, au nom de Montréal, pour la poursuite de cet ancien commissaire du baseball majeur devant les tribunaux. Et c’est Selig qui, apprend-t-on, lui a ultimement présenté l’actuel commissaire Rob Manfred.

«C’est en sortant de ma rencontre avec Manfred que j’ai décidé de m’engager à fond dans le retour d’un club de baseball à Montréal, précise Bronfman. Il fallait d’abord vérifier l’intérêt des dirigeants de la ligue. Ils ne m’ont jamais rien promis, mais ce que j’ai entendu m’a convaincu que le jeu en vaut la chandelle...»

Dans cette veine, le chapitre sur le politicien Denis Coderre et sa flamme persistante pour le baseball, devient tout aussi intéressant.

«Montréal, ce n’est pas vrai que c’est seulement une ville de hockey, note Coderre. Le Canadien a fini par prendre toute la place, mais Montréal est une ville de plusieurs sports. Quand on met le paquet et qu’on s’en occupe, ça fonctionne.»

Un club à partager?

L’auteur ne s’en cache pas : il rêve personnellement au retour d’une équipe du baseball majeur à Montréal, même si, ça devait passer par le concept des villes-sœurs avec les Rays de Tampa Bay.

«Le partisan de baseball en moi a encore ses petites réserves; il n’a pas le goût de partager son club avec la Floride, indique Daigle. Le journaliste, par contre, est prêt à accepter ce bout-là, même s’il devait y avoir moins de matchs par année à Montréal.»

Un métier ennuyeux...   

L’auteur Frédéric Daigle, également journaliste sportif pour La Presse Canadienne, lance le tout à la blague : «c’est un métier ennuyeux, mais il faut bien que quelqu’un le fasse. Aussi bien que ce soit moi.»

C’est ainsi que Daigle s’est retrouvé, en marge de la rédaction du livre «Chips! Peanuts! Cracker Jack!», à aller prendre une bière avec l’ancien lanceur des Expos de Montréal Steve Rogers, à déjeuner avec le Québécois Claude Raymond ou à visiter le bureau à domicile du descripteur Jacques Doucet.

«La prémisse de base pour ce livre était : "racontez-moi une histoire qu’on n’a jamais entendue", indique l’auteur. Quand je suis allé prendre une bière ou deux avec Steve Rogers au bar de son hôtel à Dorval, par exemple, c’était clair pour moi qu’on n’allait pas parler du match du "Blue Monday", le lundi 19 octobre 1981 au Stade olympique. Cette histoire a déjà été racontée et remâchée au fil des ans.»

Le bouquin de Frédéric Daigle plonge plutôt le lecteur aux débuts de Rogers dans le baseball professionnel alors qu’il avait été sélectionné quatrième au total par les Expos au repêchage de 1971. À l’époque, le lanceur pensait déjà appartenir aux grandes ligues. Or, il détaille son parcours marqué par l’adversité.

Claude Raymond, lui, revient notamment sur le jour où il a appris qu’il avait été réclamé au ballottage par les Expos, en 1969, lorsqu’il était nouvellement marié. Il relate aussi son abrupte fin de carrière de joueur, à seulement 34 ans, même si, dit-il, «j’étais encore bon». Jacques Doucet raconte pour sa part les liens qu’il a pu nouer avec différents membres de l’équipe, mais certainement pas avec Frank Robinson.

Au total, le livre regroupe «24 histoires savoureuses des Expos» et plusieurs anciens journalistes sont également mis à contribution.