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LNH: le détour européen de «l’exceptionnel québécois» de 2015

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Il y a déjà près de six ans, le Québécois Joe Veleno voyait Hockey Canada lui offrir le statut de «joueur exceptionnel» et devenait du même coup le premier joueur de 15 ans à pouvoir évoluer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). 

Aujourd’hui, tel que mentionné en exclusivité par TVA Sports il y a quelques heures, le talentueux attaquant appartenant aux Red Wings vient d'être rappelé sur l'escouade de réserve du club et est sur le point d’effectuer ses débuts dans la Ligue nationale de hockey (LNH).  

«Les dirigeants des Red Wings veulent m’observer quelques jours, mais s’ils sentent que je suis prêt, ils vont me laisser jouer», a tout récemment confié Veleno à l’auteur de ces lignes. 

Fraîchement débarqué de Malmö, troisième plus grande ville de Suède où il a disputé la dernière saison dans la SHL (Ligue élite suédoise), le Montréalais de 21 ans a dû se soumettre à une quarantaine d’une semaine à son retour en Amérique du Nord. Cette période d’isolement se termine aujourd’hui. 

«Je m’attends à rejoindre les Red Wings lundi à Dallas. L’équipe y joue aussi mardi. Je ne crois pas que je jouerai ces matchs-là, mais je pourrai pratiquer avec le grand club. Ça me permettra de retrouver une bonne forme physique, puisque je suis isolé dans un hôtel depuis une semaine. 

«Théoriquement, je suis toujours sur le protocole des commotions cérébrales, car j’ai eu une petite blessure à Malmö. Mais c’est une question de jours avant que je sois apte à reprendre l’action. Je crois vraiment être prêt pour la LNH.» 

Évidemment, après toutes ces années de dur labeur, Veleno est très excité d’enfin voir son rêve être à portée de main. 

«C’est sûr que de savoir que mon premier match professionnel est proche à ce point-là, c’est gros. J’ai travaillé fort toute ma vie pour ça.»

«Travailler fort». Voilà qui, dans le cas du jeune homme, relève pratiquement de l’euphémisme. Car malgré son indéniable talent, il a toujours dû prendre les bouchées triples pour atteindre ses objectifs. 

Retour sur un parcours aussi impressionnant qu’hors du commun pour ce patineur rempli de promesses. 

Attentes élevées  

C’est le 4 juin 2015 qu’Hockey Canada accepte la demande Veleno et lui offre le statut de «joueur exceptionnel». 

À 14 ans, le longiligne gaucher vient de connaître une saison de 52 points en 41 matchs avec les Lions du Lac St-Louis dans la Midget AAA. 

Encore aujourd’hui, le Québécois pense avoir pris la bonne décision en insistant auprès des dirigeants canadiens pour obtenir le titre. 

«Je voulais vraiment jouer dans la LHJMQ à 15 ans. Je croyais être prêt pour cette aventure-là et c’était important pour moi d’affronter des joueurs plus vieux et plus costauds rapidement.»

Et Veleno, repêché par les Sea Dogs de Saint-Jean, s’assure de rassurer tout le monde dès ses débuts dans la LHJMQ.

À sa première saison dans le circuit Courteau, il récolte 43 points en 62 matchs. Des chiffres très respectables pour un jeunot de 15 ans. 

La saison suivante, il se montre encore plus convaincant et inscrit 40 points en 45 parties. 

C’est toutefois à sa troisième campagne que le natif de Kirkland prend vraiment sur erre d’aller. Nommé capitaine des Sea Dogs avant le début de celle-ci (en 2017), il compte 31 points à ses 31 premiers duels. 

Il est alors échangé aux Voltigeurs de Drummundville... où il explose. Avec sa nouvelle équipe, il dispute les 33 dernières parties du calendrier. Sa récolte? 48 points! 

En juin 2018, les Red Wings font de Veleno leur choix de première ronde et lui suggèrent ensuite de retourner dans la LHJMQ pour une dernière saison. Sa mission? Dominer de bout en bout. Et le joueur de centre s’exécute à merveille. 

Crédit photo : Instagram - Joe Veleno

Jumelé notamment à Maxime Comtois (évoluant aujourd’hui pour les Ducks), Veleno survole le circuit junior québécois et termine la campagne fort d’un total de 104 points... en 59 parties! De quoi impressionner ses nouveaux patrons de Detroit. En janvier, il vit aussi pour une première fois l’expérience internationale U20, alors qu’il représente le Canada au Championnat mondial junior.

«Tout au long de mon parcours junior, je n’ai jamais senti que le titre de joueur exceptionnel me faisait vivre une pression quelconque. Je voulais simplement jouer au hockey et prouver aux gens que je pouvais performer comme moi je le croyais.»

Octobre 2019 arrive et... ça y est. Le moment est venu pour Joe Veleno de faire ses débuts dans la Ligue américaine de hockey. Mais il se rend rapidement compte que le monde du hockey professionnel n’est pas qu’une partie de plaisir...

«Un gros ajustement» 

Le sympathique hockeyeur l’admet d’emblée : ses débuts chez les Griffins de Grand Rapids dans la LAH ont été laborieux. Les chiffres en témoignent également. 

3 points à ses 14 premiers matchs, combinés à une fiche de... -14. «Aoutch»! 

Mais Veleno, à ce moment, n’est âgé que de 19 ans et la Ligue américaine, comme on le sait, peut parfois se montrer impitoyable avec les jeunes joueurs. Qu’importe ce qu’en pensent les gérants d’estrade, la LAH est un circuit TRÈS compétitif où tous les joueurs se battent pour améliorer leur sort. 

«Ç’a été un gros ajustement. Dans le junior, tu te frottes à des gars de ton âge ou plus jeunes que toi. Mais dans la Ligue américaine, tu dois affronter des adultes d’une trentaine d’années, parfois.» 

Le joueur de centre est toutefois habitué aux défis et parvient à se ressaisir.  

Il termine d’ailleurs la campagne avec 23 points en 54 matchs (seulement deux points derrière Evgeny Svechnikov – de trois ans son aîné), mais aussi trois buts gagnants. 

En général, dit Veleno, sa première saison professionnelle est très bien perçue par les dirigeants des Wings. 

«Si je me base sur les commentaires des dirigeants, l’équipe a été très heureuse de mon rendement, surtout en deuxième moitié de saison. Les entraîneurs m’ont confié qu’ils avaient beaucoup aimé mon impact global sur le jeu.»

Savoir se réinventer  

Si Veleno ne joue que 54 matchs à sa première campagne professionnelle, c’est qu’un certain virus nommé COVID-19 (ça vous dit quelque chose?) force la LAH (et plusieurs autres circuits) à mettre ses activités sur pause. 

Comme plusieurs joueurs de hockey à travers le monde, le jeune homme se retrouve subitement enfermé chez lui, à Kirkland. 

Après quelques semaines, il ne tient plus en place et décide, de façon ingénieuse et à l’image du grand passionné de hockey qu’il est, de tirer profit de cette pause forcée. 

Il enfile, comme dans son «jeune temps», ses patins à roues alignées, prend un bâton et une rondelle et transforme littéralement sa rue en circuit d’habiletés. 

«Le hockey, c’est une passion pour moi et c’est quelque chose qui fera partie de moi toute ma vie. J’étais tanné de ne pas pouvoir m’entraîner et de ne pas pouvoir sauter sur la glace. J’ai donc décidé de m’organiser moi-même. Ça me donnait ma dose quotidienne de hockey et ça me faisait du bien.»

On peut d’ailleurs voir, sur cette vidéo Instagram, toute la dextérité de Veleno dans ses exercices. On le croirait presque sur une véritable glace, tellement il est fluide! 

Direction la Suède  

Plaisant le hockey de rue, mais le rêve de Veleno, lui, demeure de jouer dans la Ligue nationale. Et ce n’est pas en demeurant chez lui qu’il y parviendra. 

En septembre 2020, Veleno n’a pas joué au hockey sur glace depuis huit mois. Il ne se contient plus.

«J’ai contacté mon agent et je lui ai dit que je voulais jouer. Il a rejoint les dirigeants des Red Wings et ils ont tous travaillé très fort pour me trouver un environnement où je pourrais évoluer dans un cadre compétitif et où je serais bien traité. On a tous réalisé que la Ligue nationale et la Ligue américaine ne débuteraient qu’en janvier. Je devais jouer!

«Un autre espoir des Red Wings, Malte Setkov, évoluait à ce moment à Malmö dans la Ligue élite suédoise. Un soir, Niklas Kronwall (bras droit de Steve Yzerman et ex-joueur des «Wings») s’est rendu là-bas pour le voir jouer et il a parlé de moi au directeur général de l’équipe, qui s’est montré très intéressé. Les Red Wings m’ont alors contacté pour me demander si l’aventure suédoise me tentait. J’ai évidemment accepté! À ce moment, je voulais juste rivaliser contre des adversaires dans un cadre compétitif. C’était une belle opportunité pour moi.»

Une expérience unique 

À 21 ans et en octobre dernier, Joe Veleno débarque en Suède pour la première fois de sa vie. Le contraste avec l’Amérique du Nord, confirme-t-il, est frappant. Cela dit, il avoue être tombé en amour avec Malmö et les charmes de la vie suédoise. 

«J’ai adoré mon expérience là-bas! L’environnement hockey était de grande qualité, mais la qualité de vie était également fantastique, honnêtement. Les installations de l’équipe étaient très impressionnantes. Et Malmö est la troisième plus grande ville de Suède, donc il y a toujours quelque chose à faire. 

«Au sein du club, la chimie était extrêmement forte. L’une des grandes différences avec l’Amérique du Nord, c’est qu’après les matchs et entraînements, en Suède, tous les gars restent ensemble et font des activités. Nous allions manger au restaurant, voir des matchs de soccer, de hockey. Nous allions aussi prendre un café sur le bord de l’eau. Le genre de petites choses de la vie qui sont agréables et qui soudent une équipe. Dans la Ligue américaine ou dans la LNH, les gars rentrent souvent à la maison après les entraînements. Ils vont retrouver leur copine ou leur famille...» 

Veleno a adoré à ce point la Suède qu’il projette déjà d’y retourner quand la vie le lui permettra.

«C’est sûr que quand mon horaire sera moins chargé, peut-être après ma carrière (!), j’aimerais y retourner pour écouler mes étés. Je m’y suis fait des amis pour la vie là-bas. C’est un endroit fantastique.»

Une ligue difficile  

C’est bien beau les cafés et les promenades sur la plage, mais après tout, c’est pour jouer au hockey que le jeune homme s’est rendu en Suède. D’ailleurs, un peu comme il a dû le faire à ses débuts dans la LAH, Veleno a besoin de quelques matchs pour prendre son rythme. 

La SHL, avance-t-il, est un circuit très hostile où les attaquants talentueux doivent puiser dans leurs ressources pour être en mesure de pouvoir se démarquer. 

«C’est une ligue où il est très difficile de se créer des opportunités. Le jeu est très fermé et les gars sont là pour gagner. Plusieurs ont joué dans la LNH ou dans la LAH, alors ce n’est pas une ligue facile. Les entraîneurs suédois demandent énormément aux joueurs sur le plan défensif. Ils veulent que les patineurs excellent sans la rondelle. 

«Au départ, j’ai dû m’habituer à cette nouvelle mentalité et à la grosseur de la patinoire, tout comme j’ai dû apprendre à connaître de nouveaux coéquipiers. Les premiers matchs ont représenté un beau défi, mais j’aime les défis et j’ai pris un malin plaisir à le relever.»

En effet. Figurant parmi les plus jeunes joueurs de son équipe, Veleno complète la saison au troisième rang des buteurs et au quatrième rang des pointeurs au sein du club de Malmö. 11 buts et 9 mentions d’aide en 46 matchs. À 20 ans. Dans une ligue où la défensive est reine. 

Comme vous pouvez le voir ci-dessous, ça n’a pas empêché le patineur de réaliser plusieurs brillantes pièces de jeu.

Un «nouveau» Joe Veleno  

Alors qu’il s’apprête à rejoindre les Red Wings pour la première fois de sa jeune carrière, Joe Veleno ne craint pas d’affirmer que son passage en Suède l’a énormément changé. Il remercie d’ailleurs l’encadrement que lui ont offert les «Wings».

«Je parlais souvent avec Shawn Horcoff et Dan Cleary (du personnel de développement des joueurs). Ils s’occupaient de décortiquer mes matchs avec moi via zoom. Ils m’ont beaucoup aidé et me tenaient au courant de leurs observations et des ajustements que je devais apporter. Niklas Kronwall, lui, venait toujours me voir à l’aréna après les matchs. Je me considère chanceux d’avoir pu compter sur les conseils d’ex-grands joueurs comme ça.»

Et qu’a-t-il le plus amélioré, selon lui?

«J’ai vraiment travaillé sur l’amélioration de mon jeu sur 200 pieds. Je crois avoir beaucoup progressé sur le plan défensif. Je suis plus agressif et intelligent sans la rondelle. Je sais davantage où aller et quand y aller lorsque c'est l’adversaire qui attaque.»

Les amateurs des Red Wings et le peuple québécois devraient avoir l’occasion de constater ces importants changements sous peu. 

Eh oui... Après plusieurs détours et imprévus, voilà que «l’exceptionnel» de 2015 cogne à la porte de la LNH.

Qui a dit que le chemin vers la gloire était facile?