Canadiens de Montréal

«Tout le monde avait des doutes sur lui»

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À 35 ans, Corey Perry est en train de défier tous les pronostics et faire taire tous ceux qui lui prédisaient un simple rôle de réserviste avec les Canadiens de Montréal.

Mercredi, l’ailier de 35 ans a enfilé un doublé face aux Maple Leafs de Toronto, une première pour lui depuis le 15 mars 2019. Force est de constater qu’à un salaire de 750 000$, Perry s’avère l’une des plus belles aubaines de la Ligue nationale de hockey issues du marché des joueurs autonomes.     

Avec 16 points, dont neuf buts, en 29 matchs, Perry est en voie de connaître sa saison la plus productive depuis 2017-2018. Mais dans quel rôle l’entraîneur-chef Dominique Ducharme doit-il continuer de l’utiliser pour qu’il demeure fumant?

L’homme qui a repêché le produit des Knights de London avec les Ducks d’Anaheim en 2003 est d’avis qu’il doit continuer à entrer sous la peau de ses adversaires.

«Le Canadien doit s’en servir comme il le fait. Au filet. Il peut créer des choses par sa présence en avantage numérique, a indiqué l’ex-recruteur en chef et analyste hockey Alain Chainey dans un entretien avec le TVASports.ca, jeudi. Il n’a jamais craint d’aller au filet, il y a fait sa carrière.

«Même s’il a ralenti à 35 ans, il est toujours très dangereux en territoire adverse et réalise de très bons jeux. Son rôle doit continuer à être le même d’ici les séries.»

Perry complétait un trio avec Nick Suzuki et Josh Anderson, mercredi, et pourrait avoir plus de responsabilités avec la blessure de Brendan Gallagher, qui ratera au moins six semaines. Un luxe qui plait aux insctructeurs. 

«Tu peux le faire jouer partout, insiste Chainey. Même si ce n'est plus un joueur de premier trio comme il l’a déjà été, son style ne changera pas. Gallagher offrait une présence constante devant le filet, ce qui est difficile à trouver. Les entraîneurs adorent ça.» 

«Perry pourra continuer de faire ce qui a toujours été son pain et son beurre dans la LNH : aller au filet.

Des doutes dissipés     

L’ancien directeur du recrutement amateur des Ducks n’est pas étonné de voir que l’ancien gagnant des trophées Maurice-Richard et Hart a relancé sa carrière à Montréal.

«Tout le monde avait des doutes (sur lui). Je l’ai tellement vu dans des moments difficiles dans le junior, mais tu ne marques pas 50 buts pour rien dans la LNH, prévient-il. 

«C’est une excellente acquisition de Marc Bergevin et les Canadiens. J’étais convaincu qu’il aiderait la cause de l’équipe cette année. Il produit sur une base régulière. 

«Connaissant l’individu combattif et déterminé qu’il est, je me disais que c’était une question de temps avant qu’il ne joue sur une base régulière et prouve sa valeur.»

Si certains reprochent à Perry son coup de patin peu explosif, cela n’est pas nouveau pour Chainey, selon qui l’ailier n’a jamais été un marchand de vitesse.

«Même dans le junior, les gens critiquaient son patin, car il n’était pas très rapide. C’était sa faiblesse principale. On l’a vu jouer très souvent et il compensait ce défaut par tellement de choses, raconte-t-il.

«Il est encore excellent dans ses jeux d’anticipations et possède toujours de très bonnes mains. En plus, c’est un féroce compétiteur.»

Chainey cite un exemple dont il a été témoin aux éliminatoires de 2003 dans la Ligue de l’Ontario.

«Dans la série (de quart de finale) contre Windsor, c’était un aréna très intimidant. Les partisans lui criaient dessus avant le match et pendant la période d’échauffement. Il a obtenu deux buts et trois aides. London a gagné la série.»

Crédit photo : AFP

Perry, Staal Weber et la cuvée 2003     

Perry a été repêché au 28e rang au total à l’encan de 2003, cuvée dont faisaient aussi partie Eric Staal (deuxième rang) et Shea Weber (49e). Chainey croit que les Ducks ont pu le repêcher aussi loin en raison de l’unique faiblesse que le personnel de recruteurs lui attribuait.

«On était convaincu que si on l’a eu aussi tard, c’est parce que les gens avaient peur de sa rapidité, explique-t-il.

Près de 18 ans plus tard, Chainey éprouve une certaine fierté de voir le joueur qu’il a sélectionné étirer sa glorieuse carrière, qui inclut une conquête de la coupe Stanley en 2007.

«À l’époque où j’étais recruteur en chef, je me demandais ce qu’il ferait à 35 ans. Il n’a vraiment pas changé dans sa façon de compétitionner. C’est dans son ADN. Il compétitionne comme pas un. 

«En séries, on verra un Perry qui voudra élever son jeu d’un cran. Il ne paniquera pas lorsque ce sera un pointage serré à 2-2, car il a tout vécu. Il fera exactement ce qu’il doit faire et ç’aura un effet calmant sur un jeune qui aurait tendance à paniquer.»

Et si les trois vétérans de la cuvée 2003 regardent vers le haut, en vue des séries, ce n’est peut-être pas un hasard si le destin les a réunis chez le Tricolore.

«Le dénominateur commun entre ces trois joueurs, c’est le désir de compétitionner. Ils ont gagné toute leur vie et pensent avoir assez d’énergie pour gagner encore.»

Enfin, Chainey n’exclut pas la possibilité que Perry soit de retour l’an prochain, s’il demande un salaire semblable.

«La façon qu’il joue a 750 000$, peut-être que je lui offrirais une autre saison. Personne ne pensait qu’il connaîtrait une saison de la sorte. Je ne suis donc pas sûr qu’il gagnera le même salaire l’an prochain, mais si l’énergie est encore là, il ne coûte rien à une organisation, note-t-il.

«Est-ce qu’il pourrait décider qu’il veut rester? Je ne sais pas, mais le fait qu’il soit revenu cette saison et qu’il veuille encore jouer me laisse penser qu’une autre saison est possible pour lui.»