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William Shatner, le 4e Québécois au Temple de la renommée de la WWE

William Shatner, le 4e Québécois au Temple de la renommée de la WWE

Patric Laprade

Publié 07 avril
Mis à jour 07 avril

Je vous entends déjà dire : « William Shatner? Mais ce n’est pas un lutteur! »

Vous avez raison.

Cependant, le temple de la renommée de la WWE représente bien ce qui caractérise la compagnie depuis 1984, c’est-à-dire un joyeux mélange de sport et de divertissement. Il s’agit d’ailleurs d’une formule que la WWE utilise pour WrestleMania depuis le tout premier. Au fil des ans, plusieurs célébrités ont été impliquées d’une manière ou d’une autre dans les histoires que la WWE nous raconte et en 2004, Vince McMahon a créé une aile toute spéciale pour celles-ci, l’aile des célébrités.

Et je comprends tout à fait l’idée derrière et trouve qu’elle a sa place, qu’elle est tout à fait à l’image de la compagnie.

C’est donc sous cette aile des célébrités que William Shatner, mieux connu pour son rôle de Captain Kirk dans la franchise à succès Star Trek, a été intronisé hier soir, alors que la WWE présentait sa soirée spéciale honorant ses plus grandes vedettes.

Ce que plusieurs ignorent, c’est que Shatner, qui vient d’avoir 90 ans, est né à Montréal. En fait, il est même demeuré dans le quartier Notre-Dame-de-Grâces jusqu’à la fin de ses études à l’université McGill au début des années 1950.

Dans son discours de remerciements, il a mentionné ses origines montréalaises, ajoutant que plusieurs grands noms de la lutte provenaient d’ici et que c’est à Montréal qu’il commencé à suivre la lutte. Par visioconférence de Los Angeles, Shatner a aussi dit qu’il était un fan de la WWE et qu’il avait connu plusieurs de ses vedettes. Il a d’ailleurs fait quelques apparitions pour la WWE au fil des ans.

Le Montréalais a déjà expliqué en entrevue qu’il s’était inspiré de la lutte à laquelle il assistait dans les années 40 et 50 au Forum de Montréal lorsqu’il a commencé à faire des sauts chassés et des « monkey flip » dans ses scènes de combats, une des signatures de son personnage de Captain Kirk.

Shatner, l’un des acteurs les plus connus dans le monde, devient ainsi seulement le quatrième Québécois à être admis au temple de la renommée de Vince McMahon. Pat Patterson en 1996, Maurice « Mad Dog » Vachon en 2010 et Stan Stasiak en 2018 l’ont précédé.

Raymond Rougeau : «Ce serait un honneur!»   

Évidemment, il y a des oubliés.

Je pense notamment à Rick Martel, Dino Bravo, Yvon Robert, Édouard Carpentier, Ronnie Garvin, Gino Brito et à la famille Rougeau. À ce sujet, Raymond Rougeau, qui travaille comme commentateur pour l’option francophone de la chaîne de la WWE, m’a dit qu’il n’hésiterait pas une seconde si on décidait de le choisir.

« Oui, c’est un honneur que j’aimerais avoir, me disait Raymond, qui briguera la mairie de Rawdon cet automne. Que ce soit seul ou avec mon frère sous les Fabuleux Frères Rougeau, ce serait un honneur que j’accepterais avec plaisir. »

Si vous vous demandez pourquoi ils ne s’y trouvent pas déjà, il ne faut pas trouver une logique à ces choix. Ce sont ceux et celles que Vince McMahon décide de choisir, soit pour des raisons stratégiques, politiques ou pour des raisons strictement d’affaires. Malgré tout, il s’agit du temple de la renommée le plus connu et le plus médiatisé au monde.

Formule écourtée : un pensez-y bien pour le futur   

Animée par Jerry Lawler pour les 90 premières minutes et ensuite par Corey Graves et Kayla Braxton pour la cuvée 2021, on a eu droit à une formule écourtée et par le fait même, améliorée cette année.

Premièrement, les intronisés n’avaient pas une personne qui venait les présenter, mais uniquement une vidéo récapitulative, un média dans lequel la WWE est passée maître. On a aussi demandé aux talents de garder leur discours le plus court possible. Les jumelles Bella ont d’ailleurs indiqué qu’elles avaient préparé un discours d’une quinzaine de minutes pour se faire dire qu’elles n’auraient que trois à cinq minutes.

Mis à part le fait qu’il n’y avait pas de foule et qu’il y avait des applaudissements, rires et réactions de tout genre en canne, je trouve que cette nouvelle formule avait une meilleure cadence. En fait, pour l’avenir, je crois que la meilleure formule serait celle sans présentation, une étape qui alourdie considérablement le processus, de courts discours de la part des intronisés et le tout, dans un aréna rempli avec des vraies réactions, permettant un peu plus d’émotions.

À cause principalement des montages vidéo, ce fut tout de même une soirée nostalgique qui s’écoutait bien. Trois heures, incluant les commerciaux, pour autant d’intronisés, c’est certainement un record du côté de la WWE.

Entre les intronisations, on avait droit à des entrevues de type « tapis rouge » avec des personnes telles que Rhea Ripley, Randy Orton, New Day, Drew McIntyre, le Miz, le champion de la WWE Bobby Lahsley, Nia Jax, Shayna Baszler, Sheamus, Sasha Banks, Big E, Street Profits, Rey et Dominik Mysterio, Bianca Belair, Seth Rollins et Kevin Owens. Une belle idée qui permet au passé de rencontrer le présent.

En terminant, voici un court résumé des différentes personnes intronisées pour les cuvées de 2020 et 2021. Il est à noter que l’an dernier, à cause de la pandémie, la présentation du temple de la renommée n’avait pas eu lieu.

Cuvée 2020   

JBL

J’étais surpris d’entendre Layfield parler d’un match contre le Québécois Luc Poirier à Vienne en Autriche pour le promoteur Otto Wanz. Il racontait qu’il avait tellement eu de chaleur comme heel ce soir-là qu’un fan se préparait à l’attaquer avec un couteau. C’est Fit Finlay qui l’a sauvé de cette situation. JBL et Poirier, qui luttait sous le nom de Rambo, se sont effectivement affrontés à plusieurs reprises en Autriche et en Allemagne en 1994. JBL, qui a été champion de la WWE pendant 280 jours consécutif, a mentionné qu’il n’aurait pu exister sans Eddie Guerrero et a aussi parlé de sa rivalité avec John Cena.

Je trouve quand même particulier qu’on honore JBL malgré le fait que plusieurs aient raconté des histoires d’intimidation à son sujet. Mais bon, la WWE le garde également sur ses ondes dans les panels d’avant PPV.

Davey Boy Smith (British Bulldog)

Hommage posthume ici alors que la veuve de Smith, Diana, de même que ses enfants Harry et Georgia, accompagnés d’un bulldog bien évidemment, ont accepté l’honneur en son nom. Harry, qui lutte sous le nom de Davey Boy Smith Jr., a parlé du match de son père contre Bret au Wembley Stadium, de même que l’équipe qu’il formait avec Dynamite Kid et qui a marqué toute une génération.

Jushin « Thunder » Liger

Par visioconférence, alors que Liger était au Japon, l’un des meilleurs lutteurs mi-lourds de l’histoire s’est dit très excité par cet honneur. Dans un discours uniquement en japonais, mais sous-titré en anglais, il a mentionné avoir la chair de poule et a remercié la WWE. Il a terminé en remerciant les amateurs dans la langue de Shakespeare. Très court comme discours, pour celui qui n’a qu’un seul match dans l’univers de la WWE en Amérique du Nord, face à Tyler Breeze, lors d’un NXT TakeOver.

Aile héritage

La WWE a trois ailes dans son temple de la renommée : l’aile principale, l’aile des célébrités et l’aile héritage. Cette dernière reconnait des hommes et des femmes de façon posthume qui ont marqué l’histoire de la lutte, qu’ils aient travaillés ou non pour la grande famille de la WWE.

Dans la cuvée 2020, cinq personnes ont été intronisées : Ray Stevens (un choix qui aurait fait plaisir à Pat Patterson), Brickhouse Brown, Dr. Death Steve Williams (un choix qui fera plaisir à Jim Ross), Baron Michele Leone ainsi que Gary Hart (l’un des meilleurs gérants et scripteur de l’histoire),

Titus O’Neil (prix Warrior)

En plus des intronisés, la WWE remet chaque année le prix Warrior à celui ou celle qui a montré une force inébranlable, de la persévérance, et qui vit sa vie avec le courage et la compassion qu'incarne l'esprit de l'Ultimate Warrior. Entre ses œuvres caritatives, ce qu’il fait pour les enfants, son côté philanthrope et la réputation de père par excellence, O’Neil était un choix facile. Il a parlé de son enfance difficile, lui qui a été le produit d’une agression sexuelle, et que c’est la principale raison derrière son implication dans la communauté. Il est une des personnes les plus inspirantes de toute la WWE et il s’agit d’un honneur des plus mérités.

Nikki et Brie Bella

Entre Total Divas et Total Bella, et indépendamment de leur travail dans l’arène, les jumelles Bella sont devenues deux des vedettes les plus connues de l’univers de la WWE. Elles ont entre autres remerciées Johnny Ace, qui est marié à leur mère, Pat Patterson, John Cena, qui a longtemps été le copain de Nikki et bien sur le mari de Brie, Daniel Bryan. Honnêtement, je ne vois pas comment ce discours aurait pu durer 15 minutes. Mais en version écourtée, c’était bien.

Il est toujours plaisant de voir des images de la New World Order. Ce fut une époque tellement populaire et qui ramène beaucoup de souvenirs. Même si les gars font déjà partie du temple, soit de façon individuelle ou en groupe avec D-Generation X dans le cas de Sean Waltman, on ne peut nier l’importance de la nWo dans l’histoire moderne de la lutte.

Le quatuor a été bref dans ses remerciements. J’ai bien aimé ce que Nash a pris le temps d’expliquer. La nWo a été un succès parce que Hall et Nash s’étaient bâti une réputation à la WWF en Diesel et Razor Ramon et que si Vinnie Vegas et Diamond Studd (leurs anciens personnages à la WCW) s’étaient présentés à Nitro, ça n’aurait pas eu le même impact. Même chose si leurs contrats ne s’étaient pas terminés à quelques jours l’un de l’autre. Si Hall s’était pointé à Nitro et 13 mois plus tard, Nash, la nWo n’aurait jamais vu le jour. Le timing est en effet très important dans le monde de la lutte et on en a la preuve ici.

Cuvée 2021   

Rob Van Dam

Un des lutteurs les plus associés à ECW, il est devenu l’un des plus spectaculaires à la WWE. C’est sans oublier sa victoire contre John Cena à ECW One Night Stand 2 pour capturer le titre de la WWE. Ce fut l’un des plus long discours de la soirée et malheureusement, pas nécessairement le plus intéressant. RVD semblait toutefois ému de son intronisation.

Molly Holly

L’un des personnages qui a marqué son époque, Molly a aussi aidé plusieurs autres lutteuses dans leur carrière. Un peu à l’instar de Van Dam, un discours qui avait des longueurs, mais on sentait une réelle sincérité de la part de l’ancienne championne.

Great Khali

Khali a été le premier Indien à remporter le titre mondial de la WWE. Inspirant pour les lutteurs en devenir de son pays d’origine, il a clairement été choisi pour plaire au marché indien, un marché qui est devenu le deuxième plus lucratif pour la WWE derrière les États-Unis en termes de droits télévisuels. Quand je vous parlais de choix stratégiques. Khali était en visioconférence de l’Inde et il a fait un court discours majoritairement dans sa langue maternelle.

Par contre, une chose m’a chatouillé et c’est quand il s’est auto-proclamé le premier lutteur professionnel d’origine indienne, ce qui est complètement faux. Dara Singh, le meilleur lutteur à provenir de l’Inde, est une légende du monde de la lutte. Il a travaillé entre les années 40 et 80 et ironiquement, fait déjà partie du temple de la WWE dans son aile héritage.

Ozzy Osbourne

Le prince de la noirceur, ancien membre du groupe Black Sabbath et légende incontestée du monde du rock, Ozzy a participé à WrestleMania II alors qu’il avait accompagné les British Bulldogs en compagnie de Lou Albano. Il a de plus offert une performance musicale en mai 2007 et a été l’un des hôtes de Raw en 2009. Aussi par visioconférence, Osbourne a candidement admis ne pas mériter cet honneur, mais qu’il remerciait tout de même Vince McMahon ainsi que Triple H.

Aile héritage

Les lutteurs Dick the Bruiser (un vrai de vrai), Pez Whatley et Buzz Sawyer, la lutteuse Ethel Johnson et le promoteur Paul Boesch (qui a fait de Houston l’un des plus importants territoires en Amérique du Nord) s’ajoutent à cette aile qui a débuté en 2016.

Eric Bischoff

Qui aurait pensé un jour qu’Eric Bischoff ferait partie du temple de la renommée de la WWE! Bischoff lui-même n’en revenait pas. C’est lui qui a amené Hulk Hogan à Atlanta, qui a demandé à avoir la case horaire du lundi soir afin de faire compétition à la WWF, créant ainsi la guerre des lundis soirs, en plus de concevoir la nWo. C’est la personne qui a mené la WCW à son plus haut, mais aussi à son plus bas, et ce, en l’espace de quelques années seulement. Son personnage à la WWE était excellent. Un des bons directeurs-gérants qu’elle a eus.

Rich Hering (prix Warrior)

Un ancien juge et membre de la commission athlétique de New York, il a développé une relation d’amitié avec Vince McMahon Sr. et a joué un important rôle dans le tout premier WrestleMania. Il a ensuite aidé Vince McMahon dans sa transition de promotion territoriale à organisation internationale. À la télé, il est connu pour avoir personnifié le rôle du célébrant pour le mariage de Randy Savage et de la belle Elizabeth.

Finalement, et c’est probablement la raison derrière cet honneur, il a beaucoup aidé la famille de l’Ultimate Warrior après le décès de ce dernier. Dana, la veuve de l’ancien champion, l’a d’ailleurs remercié en éclatant en sanglot, tandis que les filles du Warrior ont aussi rendu hommage à celui qu’elles appellent Oncle Rich. C’est Vince, Stephanie et Triple H qui lui ont annoncé la nouvelle. Une belle marque de respect à un héros obscur de la WWE.

Kane

En compagnie de l’Undertaker et de Paul Bearer, Kane est sans aucun doute l’un des plus beaux personnages jamais créé par Vince McMahon. Que ce soit avec ou sans masque, avec les Brothers of Destruction ou Team Hell No, il a marqué une génération d’amateurs. Dans son discours, il a dit qu’il s’agissait du plus bel honneur de sa carrière. Le maire de Knoxville dans l’état du Tennessee a longuement parlé de sa famille et a aussi remercié Jim Ross et Jim Cornette, de même que Paul Bearer et l’Undertaker.

À lire demain   

Ce blog est le premier d’une série de sept entre aujourd’hui et mercredi de la semaine prochaine. Demain, j’aurai pour vous une entrevue avec les deux Québécois qui vont s’affronter à WrestleMania, Kevin Owens et Sami Zayn, alors que je vous parlerai de l’historique de cette rivalité et de ma propre histoire avec ces deux gars-là.