Canadiens de Montréal

«C'est le changement le plus frappant concernant Caufield...»

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Le Cole Caufield de l’an dernier était bon. Très bon même, assez pour terminer au premier rang des pointeurs de la conférence Big10 de la NCAA. Mais cette version de Caufield n’existe plus du tout. Elle était après tout imparfaite et à des milles de celle que l’on peut admirer aujourd’hui. 

Le «Caufield 2.0» est celui qui pourrait bientôt faire ses débuts avec les Canadiens de Montréal, et il a de quoi faire saliver. Cette version dernier cri, transformée, a été décortiquée par cinq entraîneurs des équipes rivales des Badgers du Wisconsin ayant accepté de s’entretenir avec le TVASports.ca au cours des derniers jours. 

La métamorphose a pris naissance à l’été 2020 alors que Cole Caufield voyait ses amis, les uns après les autres, signer leur contrat d’entrée dans la Ligue nationale de hockey. K’Andre Miller, Alex Turcotte et Trevor Zegras tiraient tous un trait sur leur parcours universitaire. 

Le joyau du CH, lui, n’obtenait pas cette marque de confiance. Marc Bergevin jugeait qu’il n’était pas prêt. Qu’il devait retourner à la planche à dessin et polir son jeu sans la rondelle. Imaginez comment l’orgueil d’un tel compétiteur a pu être fouetté... 

Caufield et l’entraîneur-chef des Badgers du Wisconsin, Tony Granato, s’étaient alors investis pleinement dans une mission : préparer le joueur qui saurait avoir un impact immédiat avec le Tricolore. 

Et tout indique aujourd'hui que l'opération a porté ses fruits. Les instructeurs consultés par l’auteur de ces lignes y sont sensiblement tous allés du même constat : Caufield n’est plus le même joueur que l’an dernier. 

L’entraîneur-chef de l’Université du Michigan, Mel Pearson, a été l’un des premiers à craindre le pire lorsqu’il a commencé à entendre, à gauche à droite, des échos de la part de joueurs s’entraînant avec Caufield à Plymouth. 

«Je n’arrêtais pas de recevoir des rapports de nos gars qui me disaient à quel point Cole amenait son jeu à un tout autre niveau et s’était vraiment engagé à devenir plus fort, plus rapide. Il était déjà assez rapide comme ça!», s'exclame l’homme de hockey, qui avait tenté de recruter Caufield au sein de son programme à l’époque. 

Joueur complet                   

Caufield a souvent été perçu comme un joueur dont l’utilité se résumait à remplir le filet adverse. Comme un spécialiste. Un joueur avec un don qu’il se devait d’utiliser pour justifier son importance au sein de l’équipe.

Les temps ont changé. 

«La plus grande différence est dans son jeu d’ensemble cette année, note Pearson. Il a toujours été un marqueur prolifique, mais il s’est tellement amélioré sur le plan défensif. Il est beaucoup plus impliqué dans tous les aspects du jeu. Il n’est pas seulement un joueur offensif désormais. C’est le changement le plus frappant concernant sa maturation.»

«Il est devenu plus responsable, corrobore l’entraîneur-chef de l’Université Notre Dame, Jeff Jackson. Il a toujours été un joueur qui amenait un haut niveau d’énergie, doté d’excellentes mains et d’un haut niveau d’habiletés. Mais il est meilleur sans la rondelle maintenant. En travaillant avec Tony, il a apprivoisé les façons de jouer sans le disque, ce qui lui permet d’avoir la rondelle plus souvent sur son bâton, car il doit passer moins de temps à défendre.» 

Aux yeux de Jackson, Caufield ne représente pas une nuisance lorsque son équipe ne contrôle pas le jeu.

«Grâce à son coup de patin et une bonne utilisation de son bâton, il est plus efficace lorsqu’il applique une pression sur le porteur, que ce soit lorsqu’il couvre un homme à la pointe ou lors des jeux le long de la rampe avec un défenseur qui descend (pinch)», observe-t-il.

Crédit photo : Twitter @BadgerMHockey

Magnétisme                    

Le tir de Caufield n’est plus un secret pour personne. Or, l'attaquant a trouvé des moyens de le mettre davantage à contribution cette année. 

«Plein de joueurs espèrent marquer en tirant au but alors que Cole arrive, lui, et tire au but en s’attendant à toucher la cible, illustre Pearson. Il y a une différence entre vouloir marquer et s’attendre à le faire. C’est le don qu’il a.» 

«C’est l’un francs-tireurs les plus phénoménaux que j’ai vu depuis longtemps, affirme quant à lui le pilote de l’Université du Minnesota, Bob Motzko. Il a 28 buts en ce moment, mais je parie qu’il a frappé 15 poteaux. Si ce n’est pas un but, ça frappe la barre transversale de plein fouet. Sa capacité à placer la rondelle exactement où il le veut est ahurissante. J’ai suivi attentivement son développement : il était une menace l’an dernier et, cette année, il est juste dangereux.» 

Cette arme, Caufield ne pourrait aussi bien l’exploiter s’il ne bénéficiait pas d’un autre rare talent, une particularité que l’on retrouve chez les joueurs appartenant à l’élite. Le magnétisme. La rondelle aime Caufield. Elle le suit sans cesse. 

«La rondelle le trouve, explique Mel Pearson. C’est un truc bizarre. Tu ne te soucies pas de lui et la prochaine chose que tu vois, c’est qu’il a la rondelle. Je me souviens d’une séquence cette année. Pendant une sortie de zone, un de nos défenseurs envoie la rondelle dans les patins d’un joueur adverse et elle dévie immédiatement vers Caufield, qui obtient une bonne chance de marquer.» 

«Il est passé maître dans l’art de se faire oublier en zone offensive, et c’est fou parce qu’on sait à quel point il est une menace. Mais il trouve toujours, malgré tout, le moyen d’échapper à la surveillance de l’adversaire», s’émerveille Kris Mayotte, un adjoint de Pearson avec l’Université du Michigan qui a également dirigé Caufield au sein du personnel d’entraîneurs de l’équipe américaine au dernier Championnat mondial junior.  

Le pilote de Notre Dame, Jeff Jackson, fait remarquer que Caufield a utilisé ces fameux pouvoirs spéciaux lors de la prolongation opposant les Badgers à Penn State, lundi dernier.

«Il est sorti du banc et il a eu l’habileté de voir que le jeu allait être brisé à la ligne bleue. Son défenseur lui a servi une excellente passe, mais ça prend des instincts. Ce n’est pas comme s’il rôdait autour de l’autre ligne bleue juste pour le plaisir. Il a vu le jeu se développer et il a patienté en s’assurant de ne pas être hors jeu.» 

Une séquence qui témoigne aussi de l’efficacité du jeune homme lorsque ça compte.

«Il était un excellent joueur l’an passé, mais si ce match peut être utilisé en guise de preuve, il peut certainement ajouter clutch (décisif) à son curriculum vitae», concède l’entraîneur-chef de Penn State, Guy Gadowsky, au sujet de celui qui a éliminé son équipe. 

Le Kyle Connor du CH                    

Ce joueur auquel on peut faire confiance pour marquer un but en fin de match, lors des situations critiques, le CH en aurait cruellement besoin certains soirs.  

Le 15 mars dernier, Kyle Connor déjouait deux fois Carey Price avec des tirs à couper le souffle. Des tirs dont aucun joueur de l’édition actuelle des Canadiens de Montréal n’aurait été capable. 

C'est d'ailleurs plus tôt durant cette même journée que le «Kyle Connor du CH» faisait la différence en inscrivant le but égalisateur puis le but gagnant contre Penn State pour propulser les Badgers en finale du Big10.  

Pour Mel Pearson, la comparaison avec Connor est naturelle. Pearson a lui-même développé le fabuleux attaquant des Jets de Winnipeg dans la NCAA. Et lors des deux dernières années, il a dû trouver des solutions pour freiner Cole Caufield. 

«J’ai dirigé de bons francs-tireurs, rappelle celui qui a aussi accueilli Max Pacioretty et Mike Cammalleri au sein de son programme au fil des ans. Cole est différent des autres en raison de sa stature, mais sa rapidité et son bâton sont vraiment bons. Il a un sens du hockey élevé. Il peut être mentionné dans la même phrase que les meilleurs que j’ai dirigés au Michigan.» 

Jeff Jackson, lui, évoque Johnny Gaudreau. 

«Gaudreau était un joueur similaire lorsqu’il affrontait notre équipe avec Boston College. Il y a une possibilité que Caufield ait un impact immédiat dans la LNH puisqu’il est dynamique à ce point. Gaudreau était capable de faire des jeux dès son arrivée avec les Flames de Calgary, et Caufield a des qualités semblables à mon sens.» 

Prêt pour la LNH?              

À l'instar de Jackson, Kris Mayotte estime que la transition de Caufield dans la LNH pourrait être somme toute rapide. 

«Oui, en raison de la progression de son jeu dans les deux sens de la patinoire, rappelle-t-il. Son entraîneur sera en mesure de lui faire confiance même lorsqu’il ne marquera pas des buts.» 

Mel Pearson, lui, se fait plus prudent : il n’y a aucune garantie, il faut respecter tout ce que représente la LNH. Mais il ne serait pas surpris si Caufield avait un impact immédiat avec le Tricolore. 

«C’était la même histoire dans le cas de Quinn Hughes, mentionne-t-il. Je dirigeais Hughes et je voyais chaque soir des trucs qui m’éblouissaient. Mais les questions étaient : sera-t-il en mesure de jouer sans la rondelle, fera-t-il le poids sur le plan physique? Tu reçois toutes ces questions et tu en viens à penser : un instant, elles sont légitimes... C’est la même chose pour Cole, mais je ne serais pas surpris du tout. Il est très talentueux.» 

Le petit gabarit de Caufield ne devrait d’ailleurs pas empêcher l’Américain de connaître une belle carrière selon lui. Lointaine est l’époque où les gros défenseurs peu mobiles pouvaient faire leur loi en terrorisant les plus chétifs. 

«Il n’est peut-être pas grand et gros, mais sa façon de jouer trahit son gabarit, soutient Pearson. Tu pourrais arracher son cœur, j’imagine, pour mesurer à quel point il est gros. Il a un gros cœur. Il joue avec cœur. Comme ce garçon au sein du CH, Brendan Gallagher. Je prendrais Caufield dans mon équipe n'importe quand.» 

«Sa taille serait un problème s'il n'était pas un excellent patineur, nuance Jeff Jackson. Ses trois premiers pas sur la glace sont vraiment rapides. Je ne crois pas que son gabarit posera problème. Tu dois d'abord réussir à le rattraper si tu veux le frapper. Il est agile et habile pour éviter les contacts. Il peut jouer à un rythme élevé et s'assurer de ne pas se placer dans des positions précaires.»

Contrer Caufield                   

Lorsque Caufield deviendra un joueur à temps plein de la formation montréalaise, il forcera les équipes adverses dans la Ligue nationale à modifier leur préparation lorsqu'elles affrontent les Canadiens. 

Une équipe doit avoir un plan lorsqu'elle s'apprête à affronter Cole Caufield, sans quoi la rondelle pourrait se retrouver rapidement dans son filet.

Les entraîneurs consultés en savent quelque chose.

Bob Motzko a récemment connu un certain succès contre Caufield. Même si ce dernier est parvenu à marquer lors de la finale du Big10, l'Université du Minnesota est parvenue à le museler pendant la majeure partie de la rencontre pour l'emporter par la marque de 6-4.

«Tu dois garder un oeil sur lui en permanence et le ralentir du mieux que tu peux, indique l'homme de hockey. La meilleure chose que tu peux faire est jouer avec une avance. Lors de nos victoires contre les Badgers, on a pu se forger une avance. Lors des autres matchs, on jouait du hockey de rattrapage. Tu dois le frustrer, et on a réussi à le faire pour une partie de la finale.»

Selon le pilote de l'Université Penn State, Guy Gadowsky, affronter Caufield à domicile et à l'étranger sont deux réalités distinctes. 

«C'est un travail collectif, résume-t-il. Si tu as le dernier changement, tu peux faire les choses différemment. Quand on est à domicile, notre approche stratégique n'est pas la même.»

«Nous ne formons pas une équipe qui va demander à un joueur de le suivre comme son ombre, précise quant à lui Jeff Jackson, de l'Université Notre Dame. Tu dois t'assurer que tes meilleurs défenseurs sont sur la glace et qu'ils sont alertes.» 

Être alerte. Cela revient souvent dans les discussions avec les intervenants. Les joueurs doivent savoir en tout temps où se trouve Caufield sur la patinoire. 

«Avant d'affronter les Badgers récemment, nous avons réalisé que leurs défenseurs totalisaient seulement trois buts, souligne Mel Pearson, de l'Université du Michigan. Les attaquants deviennent vraiment la préoccupation principale. Ça ne te prend pas beaucoup de temps avant de comprendre que leur pain et leur beurre, c'est Cole Caufield.»

«En avantage numérique, peu importe où il se trouve, tu dois toujours savoir où il est positionné, poursuit Pearson. Et ça concerne tant nos attaquants que nos défenseurs. Tu dois essayer d'obtenir des confrontations favorables. Récemment, nous les avons affrontés à la maison, alors nous envoyions des joueurs pouvant forcer Cole et son trio à jouer davantage en zone défensive.» 

«Une grosse partie de ta préparation tourne autour du fait que tu ne dois pas laisser Cole Caufield te battre. Si c'est quelqu'un d'autre, tu devrais t'en sortir. Mais Caufield et Dylan Holloway, tu dois les museler. Ils vont quand même avoir leurs chances, ils sont si bons. Mais tu dois limiter leur nombre d'occasions.»

Un problème sur lequel 30 équipes - bientôt 31 - de la LNH risquent de devoir se pencher éventuellement...