Recours collectif Natation artistique Canada

Photo : La recherche de l’excellence ne doit pas servir d’excuse aux entraîneurs ni aux dirigeants pour entretenir un climat toxique, selon Sylvie Fréchette (photo). Crédit : Photo CAPTURE ÉCRAN ZOOM

Sports aquatiques

Natation artistique: la médaille d’or, mais pas à tout prix, dit Sylvie Fréchette

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Sylvie Fréchette veut bien que le Canada puisse vaincre les puissances de la Chine et de la Russie, mais pas à n’importe quel prix.

«Je suis d’accord pour tenter de battre les Chinoises et les Russes, mais pas à leur façon, résume la médaillée d’or olympique aux Jeux de Barcelone en 1992. On doit le faire selon les valeurs canadiennes et en s’appuyant sur la science et la psychologie sportive. En Chine, on ne respecte pas les droits humains.»

«La pression de performer pour Natation artistique Canada (NAC) est bien présente au risque de voir son financement réduit si les résultats ne sont pas au rendez-vous, mais cette réalité n’explique pas du tout les abus commis au fil des ans, de poursuivre Fréchette. Il s’agit d’un cercle vicieux. Les athlètes ne veulent pas être traités aux petits oignons, mais le rêve olympique doit se dérouler dans un environnement sain et sécuritaire où il n’y a pas de place pour les humiliations et les menaces. Les critères doivent être clairs et les objectifs, atteignables.»

Gabrielle Boisvert abonde dans le même sens. «La soif de performances et la quête de la médaille d’or sont priorisées avant l’humain, déplore-t-elle. 

«La performance sous l’emprise de la peur a ses limites, alors que les performances dictées par la passion sont sans limites. La littérature établit que ça va à l’encontre des chances de succès quand l’entraîneur ne traite pas correctement les athlètes.»

«Je n’ai pas l’impression que les dirigeants de Natation artistique Canada traitent les athlètes comme des humains, de poursuivre Boisvert. Je ne pense pas que les dirigeants en place soient capables de changer de mentalité. Ils ont eu le temps et les occasions de changer parce qu’on leur a tendu de nombreuses perches, mais ils ne l’ont pas fait.»

Une démarche pour les plus jeunes

Entraîneuse adjointe avec le club Excellence Québec Synchro, Boisvert souhaite de tout cœur que la prochaine génération de nageuses n’ait pas à subir les mêmes abus. Elle souhaite que les plus jeunes n’aient plus la peur au ventre de dénoncer des situations inacceptables.

«Ce n’est pas facile de se mettre à nu devant tout le monde et de raconter notre drame, a confié Boisvert, mais on veut du changement. Les prochaines filles qui atteindront l’équipe nationale doivent apprendre à dénoncer dès qu’un événement inacceptable se produit. Elles doivent réaliser que c’est possible de dénoncer quand tu es victime ou témoin d’un abus sans avoir peur de perdre ta place dans l’équipe nationale. Elles doivent se lever pour réclamer un sport sain et sécuritaire. Les plus jeunes sont de plus en plus sensibles aux abus de toutes sortes.»

Un appui important

La décision d’intenter une action collective n’a pas été prise sur un coup de tête. 

«On n’a pas pensé à ça du jour au lendemain, a imagé Boisvert, qui a porté les couleurs de l’équipe canadienne de 2015 à 2018. 

«Il fallait poser un gros geste. L’action collective se veut un cri de ralliement et démontre que nous ne sommes pas seules là-dedans. 

«C’est inspirant et on souhaite que le plus de personnes se rallient à la cause. J’ai reçu des commentaires d’athlètes d’autres sports qui vivent des abus aussi. Je ne pensais pas que notre geste allait avoir autant d’impact.»