Hockey

La folle épopée d'un hockeyeur québécois... en Égypte!

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«Je ne comprenais pas. Je ne savais même pas qu’il y avait du hockey en Égypte. Juste à en reparler, j’ai des frissons.»  

Si vous aviez dit à Mathieu Courchesne il y a quatre ans qu’il allait réaliser l’un de ses plus grands rêves, il ne vous aurait jamais cru.

«Quand tu es petit, tu as deux rêves en tant que joueur : gagner la coupe Stanley et jouer pour ton pays.»

Représenter une nation sur la glace, c’est pourtant ce qui lui est arrivé. Né d’une mère égyptienne et d’un père québécois, le garçon originaire de Saint-Bruno-de-Montarville s’est embarqué dans une aventure complètement folle en avril 2018.

Mathieu n’avait que 19 ans et évoluait dans les rangs junior A en Montérégie lorsque son cousin l’a informé qu’un programme de hockey avait vu le jour au pays des pyramides.

L’organisation était à la recherche de joueurs de descendance égyptienne dans le but de s’inscrire à un tournoi. 

Plusieurs lecteurs doivent se poser la même question: quel tournoi d’envergure permettrait à des Égyptiens de rayonner sur la scène internationale, alors que la majorité des joueurs sont de simples amateurs? 

Eh bien, il faut savoir que notre sport national est devenu populaire au Moyen-Orient et en Afrique au cours des dernières années. Des contrées où la neige et la glace sont pourtant inexistantes. 

Si bien que les Émirats arabes unis ont créé leur propre ligue professionnelle (de calibre similaire à la LHJMQ selon Mathieu Courchesne) et construit plusieurs arénas. 

Le pays, avec des installations à la fine pointe de la technologie, a décidé de rassembler quatre nations (l’Égypte n’y était pas à l’époque) à Abu Dhabi en 2008. Et c’est ainsi qu’est né le Championnat de hockey des clubs arabes.

«C’est un championnat assez gros là-bas, mais on n’en entend pas parler ici avec le Canadien de Montréal et les autres ligues en Amérique du Nord», explique Courchesne.

Il n’en fallait pas plus pour convaincre le joueur de centre, qui est immédiatement entré en contact avec le recruteur de la formation égyptienne afin de participer à la prochaine édition du tournoi.

«J’ai demandé si c’était possible de faire partie de l’équipe ou de participer au camp de sélection, mais on m’a dit qu’il était trop tard et que la formation était déjà complète pour Abu Dhabi, raconte-t-il. Ils ont quand même gardé ma candidature.»

C’est à ce moment que Mathieu est devenu l’un des espoirs de l’équipe égyptienne de hockey, lui qui n’avait joué que pee-wee et bantam double-lettre dans sa carrière.

Comme un véritable professionnel, il a dû envoyer des vidéos de lui en action à son recruteur.

Pour que les meilleures choses se produisent, il faut souvent faire preuve de patience. À quelques semaines du tournoi, Mathieu recevait un appel du directeur général Sameh Ramadan, l’un des fondateurs d’«Egypt Ice Hockey».

«Il y a eu des désistements à la dernière minute et on m’a dit qu’il y avait une place qui s’était libérée. J’étais super emballé.» 

Trois semaines plus tard, le Montarvillois s’envolait pour Abu Dhabi en compagnie de Philippe Tadros, son cousin, qui s’était également taillé un poste avec les Pharaons d’Égypte. 

Comme les pros    

Les cousins n’ont eu qu’à payer leur billet d’avion, qui atterrissait à Dubaï. Le reste était fourni par les organisateurs du tournoi. Autobus privé, hôtel, nourriture, entraînements, etc. Tout y était.

«C’était digne de la vie d’un joueur professionnel. C’était une semaine de rêve.»

Même s’il a suivi d’innombrables cours privés durant sa jeunesse, Mathieu admet qu’’il a connu ses meilleures leçons au Moyen-Orient, et ce, grâce aux entraîneurs de l’Égypte Brandon Contratto et Terry Watt, qui ont déjà joué dans des ligues professionnelles en Europe.

Mais il a fallu passer rapidement aux choses sérieuses. Bien des yeux étaient rivés sur l’Égypte, qui allait disputer les matchs les plus importants de son histoire. 

Mathieu et Philippe, accompagnés des Montréalais Robert Menes et Michel Tebechrani lors de cette compétition, devaient jouer en compagnie d’autres joueurs de descendance égyptienne. Ces derniers, comme Mathieu, provenaient de différents endroits sur le globe. 

Il faut admettre que la chimie entre coéquipiers n’était pas tout à fait présente lorsque la rondelle a été déposée au centre de la glace pour la première fois, alors que la plupart venait tout juste de se rencontrer.

Les Pharaons en ont vu de toutes les couleurs. Les formations adverses étaient toutes plus développées dans leur programme de hockey et bénéficiaient de joueurs tout simplement plus talentueux. L’Égypte a essuyé de cuisants revers, notamment face au Maroc, au Liban et aux Émirats arabes unis. 

«On s’est fait ramasser. Des 18-1. Des 18-2. Le Liban avait des joueurs de la LHJMQ et de la NCAA.» L’Égypte s’est toutefois rattrapée en fin de tournoi en remportant sa dernière partie contre l’Algérie. Un gain historique, car c’était le premier.

«Bigger than us». C’était le slogan de l’équipe. Et lorsqu’on voit des amateurs tenter de rivaliser contre des pros, on comprend que ces mots sont bien choisis.

Est-ce que les Égyptiens étaient démoralisés après de telles défaites? Pas du tout. La mission était largement accomplie. L’important était seulement de faire réaliser à la planète qu’il y avait du hockey sur glace dans le nord de l’Afrique.

De son côté, Mathieu a également pu rendre hommage à ses racines égyptiennes pendant les rencontres. Ce n’était pas «Courchesne» qu’on pouvait lire derrière son chandail, mais bien Ishak, soit le nom de famille de sa mère, Samia.

Nouveau tournoi, nouvelle équipe    

Organisé aux deux ans, le Championnat de hockey des clubs arabes a permis à l’Égypte de présenter une équipe plus compétitive en 2020 (avant la pandémie). Le tournoi, qui avait gagné en popularité, accueillait davantage d’équipes et se déroulait au Koweït. Le programme de hockey égyptien est parvenu à dénicher des joueurs d’expérience lors des deux dernières années, ce qui a permis à la formation de surprendre quelques équipes.

«C’était le jour et la nuit. Notre équipe s’était vraiment améliorée», ajoute Mathieu.

Une victoire en prolongation devant le Bahreïn et un gain convaincant contre l’Arabie Saoudite, qui en était à ses débuts, comme l’Égypte en 2018. Preuve que de plus en plus de nations manifestent leur désir de vouloir pratiquer le sport favori des Québécois.

Des projets ambitieux     

Qu’est-ce que l’avenir réserve aux hockeyeurs égyptiens maintenant? Mathieu Courchesne estime qu’avec la pandémie, il est difficile de le savoir. En ce moment, l’Égypte cherche la certification de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF), qui considérerait l’Égypte comme une nation compétitive. 

Les deux pays ayant accueilli le Championnat de hockey des clubs arabes, les Émirats arabes unis et le Koweït, ont reçu leur certification grâce à leurs nombreuses installations.

«Ça ne saurait tarder avant que l’Égypte devienne une nation compétitive à l’IHHF, affirme le Québécois de 22 ans. D’ici dix ans, on souhaite compétitionner dans la troisième division du Championnat mondial.»

Équipe Égypte a également un projet qui pourrait en séduire plus d’un. L’organisation souhaiterait, en partenariat avec la LNH, organiser des matchs extérieurs en Égypte. Et pas n’importe où! La patinoire serait installée devant les grandes pyramides. L’idéal serait que des matchs officiels de la plus grande ligue au monde soient disputés sous le chaud soleil du désert égyptien. Mais faute de budget, le projet n’a pas encore eu lieu. 

Remarquant l’amélioration du niveau de jeu d’Équipe Égypte d’année en année, Mathieu Courchesne estime qu’il n’aura plus sa place au sein de l’alignement d’ici quelques années. À ses yeux, il s’agirait toutefois d’une excellente nouvelle.

«J’adorerais participer à une compétition officielle avec l’Égypte avant que je perde la forme», lance-t-il.

«Dans quelques années, c’est certain que j’accepterais un poste administratif au sein d’Équipe Égypte et continuer à vivre le développement de l’équipe.» 

Pour l’instant, Courchesne mentionne que l’association de hockey s’occupe de livrer de l’équipement de qualité en Égypte, alors que les hockeyeurs du pays doivent se débrouiller avec de l’équipement usagé, voire de piètre qualité, et des petites surfaces glacées dans des centres commerciaux.

«On veut qu’ils aient des ressources potables pour jouer au hockey là-bas. Ils ont des patins sans languettes en arrière!»

Le projet d’une équipe nationale d’Égypte est de plus en plus connu et Mathieu Courchesne est confiant qu’on pourra voir de belles choses dans les arénas du Caire dans les prochaines décennies. Qui sait? Peut-être verrons-nous un jour le premier Égyptien entendre son nom au repêchage de la LNH?

Anecdote bonus    

Lors du tournoi de 2020 au Koweit, Courchesne a été atteint au menton par un bâton en plein visage lors d’une rencontre face au Bahreïn. Alors que son sang giclait, l’un des amis du propriétaire de l’aréna l’a transporté à l’hôpital dans une ambulance assez particulière.