Crédit : Dominick Gravel/Agence QMI

Sports divers

Deuils, pandémie et incendie pour Meaghan Benfeito

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La plongeuse Meaghan Benfeito a vécu plusieurs moments difficiles à l’extérieur de la piscine depuis 2017. Elle avait toutes les raisons de baisser les bras et de connaître une baisse de rendement dans ses résultats.

L’athlète a plutôt trouvé la force intérieure qui lui a permis de relever la tête et de poursuivre sa route. Avec sa détermination, elle a été capable de continuer à récolter des podiums sur la scène internationale.

Sa dernière année n’a pas été plus évidente avec des deuils et un incendie. Sans oublier la pandémie de COVID-19, qui a forcé le report des Jeux de Tokyo à juillet 2021.

En date d’aujourd’hui, la plongeuse ne sait toujours pas si elle aura la chance de participer à ses quatrièmes et derniers Jeux olympiques.

«Il y a des journées qui sont plus faciles que d’autres, mentionne Meaghan Benfeito lors d’une entrevue accordée au Journal de Montréal. Il y a de bonnes nouvelles, mais aussi des mauvaises.

«C’est un peu stressant. L’important est de se concentrer sur le positif et d’attendre une déclaration officielle du Comité international olympique [CIO]. Sinon, notre inquiétude peut aller loin dans nos pensées.»

Malgré l’incertitude qui règne autour de cet événement de grande envergure, la Québécoise ne lève pas le pied à l’entraînement. Même si elle n’a pas encore de confirmation pour les Jeux, des qualifications olympiques ou une autre compétition.

«C’est difficile de ne pas en faire [des compétitions]. Ce n’est pas évident parce que tu t’entraînes toujours pour quelque chose, soit un objectif de compétition ou un plan à long terme.

«C’est surtout difficile de voir d’autres sports qui sont en mesure d’en avoir.»

Son amoureux, le joueur de football Alexandre Dupuis, est dans la même situation. Il ne sait toujours pas si la saison 2021 de la Ligue canadienne sera présentée l’été prochain.

«On tente d’exclure le négatif. On travaille tous les deux en fonction que je participe aux Jeux et qu’il y aura une saison de football.»

Souvenirs partis en fumée

Le 28 janvier dernier, le couple Benfeito-Dupuis a subi un dur coup alors que son condo de Mirabel a été rasé par un incendie.

Les deux athlètes ont tout perdu, dont les médailles olympiques remportées par Meaghan et des uniformes de football portés par Alexandre au cours de sa carrière.

La plongeuse a bien voulu revenir sur ce triste événement.

«Je suis demeurée avec Alex sur les lieux pendant quatre heures. On ne savait pas quoi faire, explique-t-elle. On ne savait pas si les pompiers allaient être capables de maîtriser l’incendie afin qu’on puisse aller chercher quelques affaires dans notre condo par la suite.»

Lorsqu’elle est partie de l’endroit, l’immeuble de 16 condos était encore debout. Par contre, elle a eu un choc lorsqu’elle a constaté que l’édifice avait été démoli au début de la nuit du 29 janvier.

«Ça sonne un peu égoïste, mais tu t’attaches à tes affaires. Je sais que c’est remplaçable. De regarder ça brûler, ça me faisait mal au cœur. Puis, lorsque tu regardes des photos, tu te mets à te rappeler des choses que tu as perdues.»

Toutefois, elle sait qu’elle ne pourra pas racheter les vêtements qu’elle a portés lors de ses trois participations olympiques. Pour ce qui est de ses médailles, elle recevra des répliques dans les prochaines semaines.

Benfeito ne voulait pas demeurer inactive bien longtemps. Elle a repris l’entraînement à la piscine dès le lundi suivant.

«C’est quelque chose dont j’avais besoin. Je savais que ma gang de la piscine allait être là à 100 % pour moi. Mes entraîneurs ont allégé mes séances d’entraînement.»

Plus craintive

Grâce à leurs assurances, Benfeito et Dupuis ont pu se reloger rapidement dans une maison dans l’ouest de Montréal. Une situation temporaire en attendant de se trouver une nouvelle demeure permanente.

Cependant, l’incendie a laissé des traces chez la plongeuse.

«J’ai maintenant des peurs. Je ne suis plus capable d’écouter des films d’horreur ou d’être toute seule à la maison. Je suis toujours sur FaceTime avec quelqu’un.

«Avant, je prenais des bains quotidiens, mais j’en ai pris qu’un seul depuis le 28 janvier. J’ai perdu un peu mes repères. Je ne veux pas que ça m’affecte et je ne veux pas faire pitié non plus.»

Lorsqu’elle entend des bruits à l’intérieur ou à l’extérieur de son domicile, elle devient plus nerveuse.

«Je me demande toujours ce qui se passe. L’autre jour, c’était une lumière qui ouvrait et fermait à cause du vent. Je ne veux pas avoir peur de me retrouver toute seule.»

Le départ de Zoro

Quelques mois avant le sinistre, Benfeito a encaissé un autre dur coup.

Elle a été obligée de faire ses adieux à son chien qui s’appelait Zoro, un carlin qui avait 11 ans. Une petite bête qui lui apportait du réconfort lorsqu’elle retournait à la maison.

«C’est arrivé du jour au lendemain, raconte la Montréalaise. Zoro ne faisait pas plein de trucs, mais il était toujours présent quand tu avais besoin de te coller. Il ressentait toutes les émotions qu’on vivait au quotidien.»

Zoro n’a pas été remplacé au sein du clan Benfeito et il ne le sera pas.

Avant ce deuil, elle a surmonté le décès de trois de ses quatre grands-parents en l’espace de deux ans.

«Depuis 2019, ça ne m’a pas lâchée. Je ne veux pas comparer le décès de mon chien avec ceux de mes grands-parents. J’ai pleuré autant pour les deux.

«Par contre, ton chien, c’est ta famille. Je cherche encore Zoro quand je vais chez mes parents.»

Résilience à l’état pur

Avec toutes les épreuves qu’elle a traversées au cours des deux dernières années, Benfeito a montré une grande résilience.

«Ma force vient de la façon dont j’ai été élevée. Je pense que ma famille a toujours été présente pour moi, et ce, peu importe les circonstances.

«Ma mère m’a enseigné à toujours voir les choses de façon positive. La vie continue. À la piscine, mon équipe est toujours disponible si j’ai besoin de parler. Ils vont me laisser parler et pleurer si j’en ai besoin. C’est de là que ma force provient.

«Avec Alex, c’est la même chose. Il est très fort mentalement. Il est toujours là pour me réconforter.»

Et si les Jeux de Tokyo étaient annulés?

«On m’a toujours dit de prévoir l’imprévisible. Je m’entraîne en pensant qu’il y aura des Jeux. Je veux vraiment tout donner.

«S’ils sont annulés, c’est qu’il y aura une bonne raison. Si ce scénario se produit, je vais être déçue et je vais pleurer. Par contre, ce ne sera pas la fin du monde.»

Si elle a la chance de monter sur le tremplin du Centre aquatique de Tokyo, Meaghan Benfeito pourrait écrire une belle histoire. Celle d’une fille qui n’aura rien à perdre et tout à gagner. Une situation parfaite pour la battante qu’elle est.