Crédit : CAPTURE D'ÉCRAN, TVA SPORTS

Canadiens de Montréal

De Trois-Rivières à Montréal

Publié | Mis à jour

Quand on y pense, rêver de devenir entraîneur-chef dans la LNH est encore plus fou que de rêver d’y jouer. Pour quelque 700 joueurs qui s’échinent chaque saison sur les patinoires du meilleur circuit au monde, il n’y a que 31 pilotes. Et pourtant, c’est l’objectif que s’était fixé Dominique Ducharme avant même d’accrocher ses patins.

Le parcours fut long et sinueux. Ducharme l’a lui-même rappelé lors de son premier point de presse dans ses nouvelles fonctions lorsqu’il a évoqué la route secondaire qu’il a empruntée pour se rendre jusqu’au poste d’entraîneur-chef (par intérim) du Canadien.

Géographiquement parlant, cette route secondaire pourrait facilement être la 138. Celle qui longe la rive nord du fleuve Saint-Laurent, reliant au passage Joliette à Trois-Rivières. Car c’est là, avec les Patriotes de l’UQTR, que le Joliettain a fait ses premiers pas dans le coaching à l’automne 2002.

C’est Jacques Laporte, entraîneur-chef du prestigieux programme de hockey pendant 13 saisons, qui avait approché son concitoyen.

«Dominique étudiait à l’UQTR, car il avait besoin d’équivalence pour faire reconnaître le bac en enseignement qu’il avait acquis à l’Université du Vermont. Je le croisais souvent sur le campus. Un jour, j’ai perdu l’un de mes adjoints, alors je lui ai demandé si ça l’intéresserait de s’impliquer», a raconté Laporte, joint plus tôt cette semaine.

Ducharme était loin d’être un inconnu pour Laporte. Il avait dirigé son jeune frère, Stéphane, alors qu’il était entraîneur-chef du National de Joliette, de la Ligue de hockey junior AAA du Québec.

«Je connaissais très bien la famille Ducharme. Quelques années auparavant, Martin St-Louis et Éric Perrin avaient également joué pour le National. Les deux avaient ensuite rejoint Dominique au Vermont. Alors, une fois par mois, on montait à Burlington pour aller voir jouer les Catamounts», s’est souvenu Laporte.

Un regard direct et franc

Au moment de l’embauche, Laporte était bien au fait que Ducharme n’avait aucune expérience, à l’exception d’un bref mandat de joueur entraîneur au sein d’une équipe française. Mais il avait le sentiment que Ducharme, alors âgé de 29 ans, saurait amener son expérience de joueur professionnel au groupe (quelques matchs dans la Ligue américaine et la ECHL en plus de cinq campagnes en Europe), ce que ses autres adjoints n’avaient pas.

Laporte avait vu juste. Les affinités entre ses joueurs et son nouvel adjoint n’ont pas mis de temps à être visibles.

«Ça a cliqué rapidement. Il était one of the boys, a indiqué Laporte. Il n’était pas nécessairement plus proche des joueurs que nous, mais il avait les mêmes habitudes qu’eux. Il se promenait toujours avec une immense chique de tabac.»

Au-delà d’avoir les mêmes manies que ses joueurs, Laporte se rappelle que Ducharme avait amené un vent de fraîcheur au sein de son équipe. Il soutient que sa manière d’interagir avec les athlètes l’avait grandement impressionné.

«Il était capable d’expliquer un exercice ou de donner un compte rendu à un joueur de façon concise. Il ne levait pas le ton, mais ce qu’il disait avait une portée», a-t-il expliqué.

«C’est un des gars avec le non-verbal le plus fort que j’ai rencontrés. Dans son regard direct et franc, ce qu’il a à dire prend tout son sens.»

Des heures et des heures

Avec Laporte, Ducharme et Olivier Denis derrière le banc, les Patriotes ont dominé la scène universitaire canadienne. Champions en titre lorsque Ducharme s’est joint au duo, les Patriotes ont perdu en troisième prolongation de la finale nationale, en 2002, avant de reconquérir le titre en 2003.

Avec pour mission de s’occuper des unités spéciales et d’étudier les tendances des prochains adversaires, Ducharme ne chômait pas. Et le fait de n’être qu’un employé à temps partiel, comme c’était le cas pour tous les entraîneurs adjoints de ce niveau à l’époque, ne l’incitait pas à compter ses heures.

«Il partait de Joliette à 5 h 30 du matin pour être à la pratique de 7 h. Il venait avec nous pour les matchs à l’extérieur, même ceux dans le coin de Toronto. En plus, la première année, il allait à l’université. Lors de la deuxième, il enseignait. Il était surchargé de travail. Mais ça lui a porté fruit de prendre ce chemin-là.»

Preuve qu’il n’a jamais eu peur du travail, en 2004, il a ramené une concession junior AAA à Joliette. Une aventure dans laquelle il s’est lancé avec Robert Ouellet, le père de Xavier (capitaine du Rocket de Laval). Les deux hommes avaient évolué ensemble trois ans auparavant, à Anglet, dans la Ligue Magnus.

C’est à cette occasion qu’il a obtenu son premier poste d’entraîneur-chef. Encore une fois, sur le bord de la 138.