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Canadiens de Montréal

«Il ressemble donc à Chelios!»

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«Chris Chelios, t’es mon héros». Comme le légendaire défenseur qu’il évoque, ce refrain d’une pièce d’anthologie du défunt Bob Bissonnette a marqué une génération de Québécois nostalgiques. Et plus de 30 ans après son dernier match avec le Canadien de Montréal, certains voient possiblement l’esquisse d’une copie conforme se dessiner dans l’effectif actuel du CH. 

Pour plusieurs anciens coéquipiers et entraîneurs qui ont vu l’arrière américain donner ses premiers coups de patin dans la Ligue nationale de hockey, en 1984, les balbutiements de la recrue Alexander Romanov sont très semblables jusqu’ici, sans prédire que sa carrière sera aussi prolifique que celle du membre du Temple de la Renommée.         

«Romanov est un dur (mean). Je l’aime beaucoup!», s’est exclamé le célèbre homme fort du CH Chris Nilan dans un entretien avec le TVASports.ca. 

Selon lui, la maturité de ces deux hommes au début de leur carrière a été acquise grâce à une expérience inestimable à l’échelle mondiale : Chelios s’est amené directement des Jeux olympiques de Sarajevo; Romanov est retourné en KHL après avoir porté les couleurs de la Russie au Championnat mondial de hockey junior de 2020. 

«Les deux sont venus ici avec l’expérience internationale. Cheli a joué aux Jeux olympiques après l’université. L’autre a évolué en KHL et il a 21 ans. Il a beaucoup de temps pour se développer, note-t-il. Il a un très bon coup de patin et transporte bien la rondelle.» 

Pendant ses tribunes à la radio TSN690, l’ancien dur à cuire décèle constamment des ressemblances entre Romanov et l’ex-numéro 24, dont il a été le coéquipier pendant cinq ans. 

«Chelios était difficile à affronter. Autour du filet et dans les coins de bande, il était rude. Romanov joue de cette façon et il a un avantage, car il se dote d’une bonne vision du jeu. Il se déplace constamment dans une position dangereuse pour l’adversaire.» 

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

Lucien DeBlois, un coéquipier de Chelios et Nilan (1984-1986) qui a disputé 993 rencontres dans la LNH, est du même avis. 

«Ce n’est pas une méchante comparaison, de dire l’ancien recruteur des Canucks de Vancouver. Chris avait un an de plus quand il a commencé sa carrière, mais ils ont tous les deux la même aura. Une arrogance dans leur jeu.» 

«Romanov est très calme. Il a une superbe vision, et, comme Chris, il a un côté méchant. Il aime parfois asséner un petit coup pas trop légal à l’adversaire. Il patine mieux que Chelios au début de sa carrière et il est encore plus rapide.  

«Au niveau de la mobilité, ça se ressemble pas mal.» 

«Une petite bombe»         

Pierre Mondou a revêtu le Bleu-blanc-rouge de 1977 à 1985, lorsqu’une blessure à un œil a mis fin à sa carrière. Celui qui occupe maintenant le rôle de recruteur amateur pour les Devils du New Jersey est tout à fait d’accord avec l’analyse que présentent ses coéquipiers de l’époque. 

«Je vois la même chose, a-t-il indiqué au cours d’un entretien téléphonique. Chelios jouait avec beaucoup d’assurance. Même après 12 matchs.» 

Sur le plan offensif, ces deux bêtes de gymnase présentaient des statistiques très semblables à leurs 12 premières sorties : deux points avec une moyenne de près de deux tirs par match. Romanov, qui a participé jeudi à sa 13e rencontre, se démarque par sa vitesse et sa robustesse jusqu’ici.

Avant les matchs de vendredi, il se classait au 14e rang chez les défenseurs du circuit avec 32 mises en échec (7,98 coups par match), un sommet à la ligne bleue de la Sainte-Flanelle. Ses 25 min 41 s d’utilisation sur l’attaque massive représentent 36,3% de la répartition totale de temps de glace du club en supériorité.

«Il joue avec confiance, remarque Mondou. C’est franchement un bon mélange. Il semble un peu plus dynamique que Chris, qui était plus naturel et tellement intelligent en même temps. Il était un peu plus comme un Jean-Claude Tremblay, plus relaxe avec du cran.  

«Romanov, en plus de posséder certains de ces traits, joue comme une petite bombe.»

Nilan et Mondou apprécient aussi la personnalité du Moscovite, qui laisse transparaître une certaine innocence dans ses commentaires et une jovialité qui rappelle celle de leur ancien coéquipier. À titre d’exemple, celui-ci en a fait sourciller plusieurs lorsqu’il a mis les pieds dans le vestiaire pour la première fois. 

«Chris est entré dans la chambre en souliers flâneurs («loafers»), pas de bas aux pieds. C’était l’hiver... et il faisait froid à l’extérieur!», s’est esclaffé Mondou. 

«Oui et il y avait environ deux pieds de neige dehors. Comme what the f...», s’est remémoré Nilan, qui trouve l’anecdote toujours aussi drôle presque 37 ans plus tard. 

Crédit photo : Le Journal de Montreal

Jacques Lemaire : «il est tannant!»         

Premier pilote à avoir dirigé Chris Chelios dans la Ligue nationale, Jacques Lemaire a d’abord hésité à le comparer une verte recrue. Mais il a concédé peu après. 

«Je ne le connais pas tant que ça, a-t-il indiqué depuis la Floride, où il réside presque à longueur d’année. Mais puisque tu m’en parles, c’est vrai... il ressemble donc à Chelios! Vous avez tous raison. Je le vois dans certains mouvements qu’il fait et son côté robuste. Il est tannant! 

«Il a du caractère et Chris était un gars qui en avait beaucoup. Je regardais ses statistiques pour les punitions et ce n’est pas pour rien qu’il était fatigant. Il narguait tout le monde. Il n’était pas reconnu pour ses bagarres, mais pour son jeu physique. Il en prenait de la place pour un petit joueur.» 

Lemaire, qui œuvre désormais comme entraîneur-consultant pour les Islanders de New York, raconte que Serge Savard lui a vanté les mérites de Chelios avant qu’il ne se joigne au club après les Jeux de 1984. Dès son premier match, le 8 mars de cette année-là, l’entraîneur-chef de l’époque lui a témoigné une confiance aveugle. 

«Quand Chris est arrivé avec nous, sa première présence a été en désavantage numérique. Il s’en souvient, car il me le rappelle toujours quand on se voit!», raconte-t-il en riant.  

«C’est un gars qui n’éprouvait aucune crainte à ses débuts. Il démontrait tellement de confiance en ses moyens. Tu le regardais et il se comportait comme les vétérans qui avaient déjà joué cinq ou six ans. C’était lui, ça.» 

Lancer un jeune dans la mêlée avec aucun match de la LNH à son compteur, à court d’un homme, est certes un signe de confiance de la part d’un instructeur en chef et il aurait pu perdre son pari. Le match venait à peine de commencer au Forum, lorsque Bobby Smith a été chassé dès la 28e seconde pour avoir cinglé un joueur des Whalers de Hartford. 

«Quand je l’ai envoyé sur la glace, je vais te dire, il n’avait aucune nervosité, se souvient Lemaire. Quand tu regardes ça avec le recul, c’est quelque chose en soi.  

«Si tu n’es pas sûr du défenseur et que tu écopes d’une autre punition, tu dois en envoyer un autre sur la glace... je me disais par la suite qu’il fallait que j’aille confiance en lui! Et en Serge aussi! Moi, je ne l’avais pas vu jouer!» 

Crédit photo : Photo d'archives, LE JOURNAL DE MONTRÉAL

Comme Lemaire, Savard croit tout de même qu’il faut laisser le temps à Romanov de se développer, même s’il démontre un potentiel monstre après quelques semaines d’activités. 

«J’entends tellement de belles choses, mais il faut lui donner beaucoup de temps», insiste l’ancien DG du Canadien. 

Nilan abonde dans le même sens que ses anciens patrons. 

«Il n’a pas déçu jusqu’ici et j’aime ce que je vois de lui, mais il va commettre des erreurs...» 

Effectivement, Romanov a traversé l’Atlantique pour forger une carrière dans la LNH et dans son adaptation, voire son développement, la route sur laquelle le talentueux Européen navigue est parsemée d’écueils.

Perron : Richardson doit s’inspirer de Laperrière         

Jean Perron a dirigé Chelios pendant la conquête de 1986. Auparavant, il était derrière le banc de la formation canadienne aux Jeux de Sarajevo, où son futur protégé portait les couleurs des États-Unis.  

Le bouillant instructeur et analyste aime ce qu’il voit de Romanov, mais il préfère davantage le comparer à un autre arrière, qui, ironiquement, lui rappelait Chelios à l’époque. 

«Moi je compare Romanov un peu à Mathieu Schneider. Quand il est arrivé avec le Canadien, j’ai dit à Serge Savard qu’il me faisait penser à Chris, soutient-il. La robustesse de Chelios pour un joueur de son gabarit, il n’y en a pas beaucoup qui sont passés dans la ligue.»  

Perron dit aimer la confiance du jeune Romanov et croit qu’il pourrait devenir un excellent joueur dans le circuit à condition qu’il maintienne sa courbe d’apprentissage. 

Crédit photo : Photo Ben Pelosse

«Sa confiance est en avance et il est plus mature que les jeunes de son âge, comme Chelios et Schneider. Ces deux joueurs étaient aussi plus matures que ceux de leur âge», laisse-t-il entendre. 

«Il faut le développer comme il faut. Si Luke Richardson l’encadre comme Jacques Laperrière l’a fait avec Chris, il va devenir tout un joueur en défense. Surtout dans son propre territoire.» 

Interrogé sur cette déclaration de Perron, son successeur à la barre du Canadien en 1985-1986, Lemaire a élaboré davantage : 

«Jacques Laperrière parlait à ses jeunes défenseurs de l’importance de bien jouer défensivement : "Si tu n’es pas capable de jouer défensivement tu ne joueras pas. C’est fini".»

Crédit photo : AgenceQMI

«Aujourd’hui, c’est encore plus vrai. Dans le temps tu pouvais t’en sortir si tu étais un marqueur. Si tu ne peux pas être bon défensivement, tu ne peux pas jouer longtemps. Si tu n’es pas capable d’affronter les meilleurs et que tu ne marques pas pour un certain temps, tu seras retiré de la formation.» 

En Romanov, non seulement le Canadien peut-il se targuer d’avoir un joyau entre les mains, il a de quoi rendre les autres formations envieuses. 

«Je ne le connaissais pas avant le repêchage, admet Mondou. Souvent, des joueurs passent sous le radar. J’ai eu la même réaction avec Ivan Provorov, des Flyers de Philadelphie. Je l’avais vu lorsqu’il est venu s’entraîner à Sherbrooke à un moment donné. 

«Lui aussi, il me fait penser à Chelios... et Romanov aussi!»