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Crédit : BEN PELOSSE/LE JOURNAL DE MONTRÉAL/AGENCE QMI

Canadiens de Montréal

Brandon Prust, un guerrier amoché

Publié | Mis à jour

Pendant que le Canadien de Montréal inaugurait sa saison à domicile, la semaine dernière, Brandon Prust était un spectateur nostalgique sur un lit d’hôpital de London.   

Cinq ans après son dernier tour de piste dans la Ligue nationale de hockey, le guerrier est amoché.   

«Je m’ennuie de l’intensité des rivalités. De la camaraderie dans le vestiaire avant les matchs aussi. Mais le corps, lui, ne s’en ennuie pas, a-t-il laissé savoir pendant un entretien téléphonique avec le TVASports.ca.  

«Le corps se rend compte à quel point les jointures et les articulations ont mal. La cinquantaine et la soixantaine ne seront pas faciles...»  

Crédit photo : Gracieuseté

L’ancien no 8 récupère présentement d’une neuvième intervention chirurgicale - troisième à l’épaule gauche - et devra passer «deux ou trois autres fois» sous le bistouri, dit-il. Toutes pour réparer de vieilles blessures de guerre qui ont écourté la carrière du fougueux attaquant au style «col bleu» qu’affectionnaient tant les partisans du Tricolore entre 2012 à 2015.   

«J’ai sans doute tout donné sur la glace quand j’étais là, insiste-t-il. Je bloquais des tirs, je me battais et j’infligeais des coups. C’est comme ça que je jouais. Ça me rattrape. Et je ne changerais rien.»

Michel Therrien : «Je l’aimais»  

Prust s’est amené avec le Bleu-blanc-rouge en 2012-2013 après avoir fait la pluie et le beau temps pendant près de trois saisons sur Broadway: 190 rencontres en saison régulière et 24 autres en séries sous les ordres du bouillant et sourcilleux John Tortorella, qui l’a moulé en un joueur complet. Quelques mois plus tôt, il a aidé les Rangers à atteindre la finale de l’Est et il a aussi conclu la campagne avec 20 combats, un sommet dans la LNH.   

Son contrat venait à échéance l’été suivant et «Torts» n’a pas digéré que son protégé change de camp, déclarant plus tard que «Prust n’est qu’un autre joueur dans l’uniforme des Canadiens».  

Avec l’arrivée de Marc Bergevin au poste de directeur général, en mars 2012, après un rendement médiocre (31-35-16), le CH effectuait un virage à 180 degrés. Le nouveau DG était convaincu que l’ajout de l’Ontarien passerait un message en ce sens. Son entraîneur-chef aussi.  

«On voulait l’avoir avec nous, a indiqué Michel Therrien, joint par téléphone. Quand je suis arrivé avec le Canadien, l’équipe n’allait pas bien et on voulait plus de caractère. C'est le premier joueur qu'on est allé chercher, le 1er juillet. On est allé chez ses parents.»  

Celui qui est désormais instructeur adjoint avec les Flyers de Philadelphie dit qu’il a pris un vol Montréal-Toronto avec le DG adjoint Scott Mellanby pour ensuite conduire jusqu’à London. Bergevin a conclu la vente avant même que le duo ne se présente au domicile du joueur, sitôt l’offre de quatre ans et 10 millions $ déposée.  

Crédit photo : AFP

«Quand on a atterri et qu’on est sorti de l’avion, il avait déjà accepté, s’esclaffe Therrien. Je me suis présenté à sa maison et on a jasé du rôle qu’on voyait pour lui. Maripier Morin, sa copine de l’époque, était là. Je lui ai dit: "Moi j’ai fait ma job. Là il faut que tu fasses la tienne!".

Comme Tortorella, Therrien a le béguin pour les joueurs de caractère qui mettent leurs bottes de travail tous les soirs. C’est exactement le profil de compétiteur qu’il avait sous la main en Prust pour transformer la culture de l’équipe.  

Un exemple pour illustrer le propos. En mars 2013, les Canadiens jouaient à Boston. Après une avance bousillée en deuxième période, Prust a généré une étincelle.  

«Les gars dormaient, d’imager Therrien. Puis Brandon s’est mesuré à Milan Lucic, qui était deux fois son poids! On voulait que les joueurs réagissent. On est venu de l’arrière et on a gagné le match.  

«Je l’aimais. Il était un guerrier de la vieille école. Comme joueur, il était très respecté par ses coéquipiers et à travers la ligue.»  

Tom Wilson se souvient   

Parmi les bagarres qui laissent encore des traces sur le corps de l'ex-pugiliste de 36 ans, un face à face avec un jeune Tom Wilson en janvier 2014. L’ailier robuste de 6 pi 4 po des Capitals de Washington était alors une verte recrue de 19 ans qui cherchait à faire sa place dans le circuit Bettman.  

Il se souvient «très bien» de l’invitation lancée par l’agitateur du CH ce samedi-là sur la glace du Centre Bell.  

«C’était ma première année dans la ligue et je savais qui Prusty était, de raconter le compagnon de trio d’Alex Ovechkin. J’étais un peu hésitant, mais on a engagé le combat. C’était un bon duel. Il est un bagarreur habile.   

«Quand on s’est tourné vers le banc des punitions, il m’a dit que c’était le hockey du samedi soir, que tous ses amis regardaient à la télévision et qu'il je ne pouvait refuser.»   

Le père de Wilson, qui a grandi à Montréal, observait la scène dans une loge de l’amphithéâtre montréalais à l’occasion du voyage des pères avec l’équipe.

«C’est un beau souvenir, s’exalte celui qui s’est enquis de la santé de son ancien rival. C’était toujours agréable de jouer contre lui.»

Épaule fragile   

Selon Prust, ce combat est parmi trois incidents à avoir fragilisé son épaule gauche. La même qui a subi une luxation à la suite d'une violente collision contre la bande en tentant d'éviter un dégagement refusé à Tampa, en mars 2013.  

«C’est la partie de mon corps qui a le plus encaissé de coups. Je m’en servais pour agripper mes adversaires pendant mes combats. J’ai toujours su qu’elle serait problématique. Je le sens en ce moment même, a-t-il expliqué quelques jours après sa plus récente intervention.  

«On vient de me retirer 10 millimètres d’os sur ma clavicule pour que l’épaule ne frotte plus. Il y a un trou de trois centimètres dans mon articulation de la rotule. Dans une prochaine procédure, ils vont poser une vis plate pour recouvrir l’ouverture.» 

Crédit photo : Gracieuseté

Prust confie que les blessures qu’il traînait le gênaient dans les derniers coups de patin de sa carrière, en 2016-2017. Après un bref passage avec les IceTigers de Nuremberg dans la Ligue d’élite allemande, il a échoué dans sa tentative de dénicher un ultime pacte dans la LNH.   

Jusqu’à tout récemment, il éprouvait des douleurs insupportables. Après une simple partie de hockey amicale, il était incapable de lever le bras gauche «pendant quatre jours».  

«En Allemagne, mon épaule et ma hanche droite me dérangeaient. Je n’ai raté aucun match, mais ça s’aggravait. J’aurais pu jouer un an ou deux de plus. C’était la LNH ou rien pour moi.»  

D’agitateur à restaurateur   

À la retraite depuis trois ans, Prust se tient occupé dans la mesure du possible en temps de pandémie. Puisqu’il ne peut reprendre son rôle de mentor auprès des joueurs des Knights de London, son club junior, il a décidé de se lancer dans le monde de la restauration.  

Vendredi, il devait lancer un premier restaurant à titre d'actionnaire, Doughboys, qui se spécialisera en sandwichs et pizzas.   

«Dans la dernière année, il ne s’est pas passé grand-chose, admet-il. Je fais des trucs ici et là. Je suis impliqué avec la firme financière Navigator, au développement de la clientèle. Je ne travaille pas derrière un bureau, je ne serais pas capable!»   

Pendant sa convalescence, c’est la tête remplie de souvenirs que l’ancien porte-couleurs de la Sainte-Flanelle a regardé de vieux frères d’armes inaugurer leur saison en jouant avec plaisir et passion.   

Il dit être encore en contact avec certains d’entre eux.

«Je parle encore à Carey Price et Gally (ndlr : Brendan Gallagher). Il n’y a pas tant de gars qui sont encore là-bas du temps que j’y jouais. Je leur souhaite bonne chance ou je les nargue s’ils font une gaffe et je taquine Price s’il accorde un but faible!  

«Ce n’est pas différent de quand j’étais au banc de l’équipe!»  

Prust a également discuté avec le nouveau venu Corey Perry, son ancien coéquipier chez les Knights sous les ordres de l’illustre Dale Hunter.  

«Je l’ai texté lorsqu’il a signé avec l’équipe. Je lui ai dit qu’il a de grosses pointures à chausser, a-t-il plaisanté. Il va tout donner et il sait gagner. Il va au filet et ne recule devant rien. Il bouge bien pour un gars plus vieux et complète ses jeux. C’est une bonne acquisition.» 

«Les trois plus belles années»  

En discutant des beaux jours avec celui qui a disputé 172 rencontres avec le Tricolore avant d’être échangé aux Canucks de Vancouver, on dénote un certain pincement au cœur. D'ailleurs, il affirme toujours ne pas savoir exactement pourquoi Bergevin l'a marchandé dans l'Ouest.  

«Même sans partisans, il y a toujours une atmosphère à Montréal. S'ils fermaient la ville, on ressentirait tout de même cette énergie. Surtout pour la soirée d’ouverture locale.   

«Mes soirées les plus mémorables ont été celles où je tenais le flambeau à bout de bras. Comme joueur, tu n’oublies jamais ça.»  

Quant aux partisans montréalais qui l’acclamaient à chacune de ses présences, Prust entend dire à ce jour qu’il occupe toujours une place dans leur cœur. Le guerrier ne peut être indifférent devant pareille marque d’affection.  

«Je sais qu’ils aiment le travail acharné et voir quelqu’un tout donner. C’est ce que j’ai fait partout où j’ai joué. Ils m’appréciaient et moi aussi.   

«Ça représente beaucoup pour moi. Ce fut les trois plus belles années de ma carrière.»