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Canadiens de Montréal

Les dessous d'un coup de maître de Marc Bergevin

Publié | Mis à jour

Alors que Jeff Petry connaît un début de saison tonitruant avec les Canadiens de Montréal, son ancien directeur général Craig MacTavish est mi-figue mi-raisin.

Avec sept points en six matchs, l’Américain se retrouve dans une triple égalité avec Shea Theodore et John Carlson au troisième rang parmi les défenseurs de la Ligue nationale de hockey.   

MacTavish est d’abord très heureux pour son ancien joueur, qu’il qualifie «d’être humain incroyable». Mais il regrettera toujours de l’avoir échangé aux Canadiens alors qu’il était l'architecte des Oilers d’Edmonton. 

«Je suis déçu pour les Oilers, confie-t-il lors d’un entretien avec le TVASports.ca. J’aurais aimé qu’ils puissent l’avoir.» 

Chose certaine, l’homme de hockey ne manque pas d’humilité. Il a gentiment accepté de raconter les dessous de cette transaction survenue le jour de la date limite, le 2 mars 2015. 

Étonnamment, les Canadiens ont été la seule équipe à manifester un intérêt sérieux à l’endroit de Petry, ce qui en dit long sur le flair de Marc Bergevin. Pour tout dire, MacTavish se demandait s’il allait parvenir à échanger son joueur. 

«Je crois que les Canadiens avaient quelques transactions sur le feu, se rappelle-t-il. Ultimement, Marc m’est revenu très tard la veille du jour J. J’étais dans mon lit lorsque j’ai reçu son appel. 

«On s’est entendus sur les paramètres de l’échange au cours de la nuit, et l’appel de confirmation avec la LNH a eu lieu le matin de la date limite. 

«Il y avait peut-être une autre équipe qui avait un intérêt modeste à ce moment-là.»

C’est ainsi que Bergevin a acquis les services de Petry en retour de choix de deuxième et quatrième tours en 2015. Une transaction qu’il a gagnée haut la main : Petry est devenu le deuxième défenseur dans la hiérarchie de l’organisation et il a amassé au moins 40 points lors de ses trois dernières saisons. 

Transformation        

Ce qu’il faut préciser, c’est que le Petry qui a commencé sa carrière à Edmonton et celui qui arbore présentement le bleu, blanc et rouge sont deux joueurs complètement différents. 

MacTavish évoque une rencontre à Detroit lorsque le défenseur évoluait avec l’Université Michigan State. Il a le souvenir d’un jeune homme plutôt réservé. Lorsque Petry s’est établi avec les Oilers, cette facette de sa personnalité s’est transposée sur la patinoire. 

«Il était un joueur avec beaucoup d’habiletés athlétiques. Mais il avait une approche conservatrice. Il était un joueur prudent à ce stade de sa carrière. 

«Mes conversations avec Jeff tournaient souvent autour du fait qu’il devait s’affirmer et mettre davantage à contribution ses attributs physiques sur la glace.» 

Quelques mois avant son départ d’Edmonton, ce déclic est survenu. Pouf. On aurait dit que Petry avait soudainement actionné un interrupteur. 

«Une vraie épiphanie, image MacTavish. Il avait clairement compris ce qu’il devait faire pour faire rayonner son talent.»

Malheureusement pour les Oilers, il était trop tard pour faire marche arrière. 

«C’était évident pour nous qu’il devenait quelque chose de différent, explique MacTavish. Mais beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts. Nous avons discuté avec lui d’une prolongation de contrat, mais si je me souviens bien, il voulait avoir la chance de jouer en séries. Alors on a fini par effectuer la transaction avec Montréal.»

Occasion ratée       

Petry était alors en voie de devenir joueur autonome sans compensation au cours de l’été. Les Oilers l’ont échangé afin de ne pas le perdre pour des miettes. N’empêche, l’ancien DG de la formation albertaine reconnaît avoir erré. 

«On aurait pu le mettre sous contrat plus tôt, ce qui aurait été la décision la plus logique avec le recul. On aurait pu approcher différemment la situation en étant plus agressifs dans les négociations. Évidemment, ç’aurait été la meilleure chose à faire.»

Ironiquement, les Oilers savaient très bien qu’ils laissaient partir leur meilleur défenseur. 

«Quand la transaction est survenue, on était conscients du calibre de joueur que les Canadiens obtenaient, mais les autres équipes n’étaient pas au courant. Elles n’étaient pas vraiment chaudes à l’idée de lui confier un rôle de second plan.» 

Même si l’organisation avait vu venir la montée en puissance de Petry, elle n’avait pas anticipé une courbe de progression aussi prononcée. 

«Je n’avais pas prédit qu’il atteindrait un tel niveau», avoue MacTavish. 

«J’ai vu quelques-uns de ses matchs cette année, il est vraiment fantastique. Il a l’air d’un candidat au trophée Norris.»       

De bons mots pour Bergevin        

L’acquisition de Petry est l’une des nombreuses bonnes prises que Bergevin a réalisées au cours de son règne à Montréal. Malgré tout ce qui a pu lui être reproché depuis son arrivée en poste, il est indéniable que le DG du Tricolore montre un excellent dossier sur le plan des transactions.

Comment parvient-il à avoir constamment la main heureuse dans ses échanges? MacTavish a sa petite idée. 

«Il s’est entouré de très bonnes personnes dans l’état-major. Et il leur fait confiance, il accorde de l’importance à leur opinion. À un moment, on croyait qu’il aurait de la difficulté à s’en sortir, mais il a tiré son épingle du jeu. Il a accompli un boulot fantastique pour reconstruire son équipe à une époque où c’est vraiment difficile à faire.»