SPO-IMPACT-SOCCER-QUEBEC

Crédit : Joël Lemay / Agence QMI

Club de foot Montréal

C’est complexe à l’Académie

Publié | Mis à jour

On parle beaucoup de l’absence de sports d’équipe pour les jeunes depuis mars dernier et surtout depuis octobre. Imaginez passer plus de 10 mois sans disputer un véritable match compétitif.

C’est ce que vivent les jeunes qui grandissent au sein de l’Académie du CF Montréal qui n’a disputé aucun match de ligue depuis le mois de mars.

«On était bloqués en grande partie par la frontière parce que nos adversaires sont presque tous Américains», a expliqué le directeur de l’Académie Patrick Leduc.

«On a joué quelques matchs amicaux cet automne jusqu’à ce qu’on tombe en zone rouge.»

Toute une gymnastique

Comme il s’agit d’un programme sport-études, les jeunes peuvent continuer de pratiquer leur sport dans une certaine mesure, mais tout reste assez complexe.

«On a des joueurs dans plusieurs écoles et plusieurs classes, ça représente toute une gymnastique», résume Leduc en précisant que les éclosions occasionnelles en rajoutent une couche.

«On ne peut pas jouer de match quand on n’a que la moitié d’un groupe.»

Entraînements atypiques

Et les entraînements, qui ont lieu au Complexe sportif Marie-Victorin, n’ont rien de conventionnel.

«On ne peut pas jouer de matchs et ce sont des entraînements avec distanciation», explique Leduc.

«En ce qui concerne les mesures sanitaires, ça ressemble beaucoup à ce qu’on faisait avec les pros sans les tests parce que c’est très coûteux.»

«Disons qu’il y a une limite à taper dans un ballon sans pouvoir jouer un vrai match.»

«On travaille sur la technique et la forme physique. Les joueurs sont contents d’être sur le terrain, mais il y a une fatigue mentale et les joueurs ont hâte de recommencer à jouer.»

Usure

Parlons-en de cette fatigue mentale. Elle touche tout le monde et les jeunes sont loin d’être à l’abri.

«On en parle, on a fait des rencontres. Ils en parlent ouvertement, on le sent qu’ils trouvent ça difficile. Ils sont privés de plein de choses normales dans la vie d’un jeune. Ils ont été privés de finales l’an passé. S’il n’y avait pas de frustration, ça serait anormal. Mais je ne constate aucun comportement inapproprié.»

Patrick Leduc soutient que les jeunes membres de l’Académie font toutefois tout ce qu’ils peuvent pour s’accrocher au positif.

«Quand ça fait trois fois que ton groupe est arrêté parce qu’il y a un cas, c’est difficile. Mais je sens une résilience.»

«Les jeunes veulent tout faire pour que ça fonctionne, ils suivent les consignes, mais ils comprennent aussi quand il y a un arrêt. Leur discipline est à citer en exemple.»

Partout pareil

«Les matchs sont les étalons de mesure, mais on est pas mal tous dans la même situation.»

«Je parlais à mon collègue de Toronto et eux sont complètement à l’arrêt et ça se passe en virtuel», explique Patrick Leduc.

Il ne cache toutefois pas que toutes les académies n’évoluent pas dans le même contexte, ce qui engendre une certaine frustration.

«D’un autre côté, je vois que dans le sud des États-Unis, ils jouent des matchs et je me dis que ça ne devrait pas être le cas. Mais j’avoue qu’il y a une part de moi qui éprouve une certaine jalousie.»

DES JEUNES DISCIPLINÉS

Rater près d’une année de compétition, est-ce que ça peut freiner le développement de jeunes joueurs de soccer ? Pas tant que ça, selon Patrick Leduc.

Celui-ci aime mieux être plus circonspect dans sa façon d’aborder la situation.

«On a fait des tests mardi matin pour voir où ils en sont sur le plan physique et à première vue, ils ne semblent pas avoir perdu de terrain.»

«Les joueurs ont été disciplinés et ont continué de s’entraîner dans les périodes de confinement. Il y a certains joueurs qui atteignent leur forme en jouant, c’est sûr que ceux-là sont un peu pénalisés en ce moment.»

Chez les pros

Depuis moins de deux ans, ce sont sept jeunes issus de l’Académie qui ont fait le saut avec l’équipe professionnelle du CF Montréal.

Malgré la très longue pause imposée par la pandémie de COVID-19, Patrick Leduc ne croit pas que leur cheminement vers les rangs professionnels sera freiné.

«Je fais le choix de ne pas le voir comme ça. D’un point de vue statistique, il y a des périodes où il y a plus de joueurs qui sont promus et d’autres moments où il y en a moins.»

«Ça peut aller en fonction des besoins de l’équipe professionnelle. C’est vrai qu’il peut y avoir un contrecoup, mais je vois des joueurs qui ont beaucoup de talent à tous les niveaux d’âges et en fin de compte, c’est toujours à eux de montrer ce qu’ils sont capables de faire.»

Solutions

Comme il est loin d’être assuré que les jeunes soient en mesure de participer aux activités de la toute nouvelle MLS Next, la ligue créée pour les académies l’automne dernier, on est activement à la recherche de solutions.

«On travaille sur les deux fronts, soutient Patrick Leduc. On sait que la situation peut évoluer positivement, négativement ou qu’elle peut stagner. On a eu des discussions avec Soccer Québec dans un scénario où on jouerait contre une opposition locale.

«Ce n’est pas évident de penser jouer dans une compétition locale sans savoir si on va reprendre nos activités dans notre ligue américaine sans pouvoir terminer ce qu’on a commencé.»

Cela dit les équipes de l’Académie du CF Montréal ne devraient pas avoir de difficultés à trouver des adversaires quand reviendra le beau temps.

«On ne manque pas de gens qui veulent nous affronter», assure Leduc.