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Lutte

La WWE rend justice à Pat Patterson avec un documentaire

La WWE rend justice à Pat Patterson avec un documentaire

Patric Laprade

Publié 22 janvier
Mis à jour 22 janvier

«J’ai appris de Pat de façon que je ne peux même pas expliquer. On était bien partis, mais Pat nous a amenés à un autre niveau. Je ne pourrai jamais lui rembourser la dette que j’ai envers lui.»

Ces paroles viennent de la bouche même de Vincent Kennedy McMahon, grand patron de la World Wrestling Entertainment (WWE), tirées du tout nouveau documentaire sur Pat Patterson que la WWE diffusera sur sa chaîne, le dimanche 24 janvier prochain.

En raison de ses origines québécoises, la WWE m’a donné en primeur un droit de visionnement, alors que je suis le premier journaliste en Amérique du Nord à pouvoir regarder cette production. Une belle exclusivité pour TVA Sports et moi-même.

C’est d’ailleurs un moment bien choisi par la WWE.

En effet, mardi dernier, Pat Patterson, décédé le 2 décembre dernier, aurait eu 80 ans. De plus, le 31 janvier prochain, la compagnie présentera la 34e édition du Royal Rumble, un des événements les plus importants de l’année et la création de Patterson.

Le documentaire, intitulé «My Way : La vie et l’héritage de Pat Patterson», en référence à la chanson écrite par Paul Anka, mais popularisée par Frank Sinatra, que Pat aimait tant chanter, est excellent, un joyeux mélange de rires et de larmes, d’émotions et de réactions, comme Pat l’aurait voulu et ce, même si certaines images vous seront familières.

En 2016, lorsque Patterson, aidé par Bertrand Hébert, a écrit ses mémoires, la WWE avait diffusé sur YouTube un documentaire d’une heure pour aider la vente du livre. On avait tourné avec Pat à Montréal, Boston et San Francisco, des villes qui ont toutes été importantes pour sa carrière. Ce documentaire n’avait jamais été présenté sur la chaîne de la WWE et a depuis été retiré du web.

C’est donc en prenant ces images comme toile de fond que la WWE a ficelé cet ouvrage. Là où le tout devient encore plus intéressant, principalement pour ceux et celles, qui comme moi, ont vu la première mouture de ce testament de la vie et de la carrière d’un des plus grands du monde de la lutte, c’est qu’on a ajouté des images inédites, de nouvelles entrevues et bien sûr, certains hommages qu’il a reçus lors de son décès.

On voit, entre autres, Pat entraîner de jeunes lutteurs dans l’arène, des images de sa première retraite en 2004 ainsi qu’une superbe scène dans laquelle Pat est intronisé au temple de la renommée de la WWE.

Ne pas pouvoir être soi-même   

C’était le 16 novembre 1996, dans une salle de réception de l’hôtel Marriott Marquis de New York, bien avant que la WWE ne présente cette cérémonie devant un aréna plein à craquer une journée ou deux avant WrestleMania. Émotif, Pat, avait déclaré qu’il s’agissait du plus beau moment de sa vie, qu’il remerciait Vince d’avoir eu confiance en lui et surtout, d’être son ami.

Mais ce n’était pas tout.

«Avant de terminer, c’est la première fois que je fais ça, je tiens à partager cet hommage avec quelqu’un et je suis content qu’il soit ici ce soir. Cet homme a été un ami à moi pendant plusieurs années. Il a été un ami, il a été un compagnon, il a été un père, il a été un frère et mon Dieu, parfois il a été une mère! Mais je veux partager cet hommage avec un bon ami, Louie Dandero.»

Louie était le conjoint de Pat. Même si c’était un secret de Polichinelle que Pat Patterson était homosexuel, il n’en parlait jamais en public.

Lorsqu’il est arrivé à San Francisco, le promoteur Roy Shire lui avait dit qu’il avait entendu des choses sur lui, qu’il avait entendu qu’il était différent, qu’il était gai. Pat avait dû le rassurer, avait dû lui dire qu’il ne lui ferait pas honte. Il aura fini par rester à San Francisco pendant une quinzaine d’années. Malgré ce que pensaient certains promoteurs ou collègues de travail, son talent était tel que tout le monde voulait travailler avec lui. Et même si la ville était plus ouverte aux homosexuels que d’autres villes américaines dans les années 1970, Patterson ne pouvait y vivre normalement. Il était une vedette là-bas. Alors il ne pouvait s’afficher publiquement avec Louie. Il ne pouvait pas raconter ce qu’il avait fait la veille. Il ne pouvait aller dans un bar gai. Ce n’est qu’en 2014 que Pat parlera publiquement de son homosexualité. C’était une délivrance pour lui d’enfin pouvoir en parler.

«Ce n’est pas que je le cachais. C’est juste que je ne pouvais pas être moi», dira Patterson.

Mais Pat trouvait toujours le moyen d’en rire.

«Une fois, un gars dans la première rangée regarde Ray Stevens et lui crie "Maudit fif!", relate Patterson, avec tout son talent de raconteur. Stevens me regarde et me dit "Si seulement il savait!"»

Stevens faisant référence au fait que l’arbitre et l’annonceur étaient aussi gais. Dans les faits, Stevens était le seul hétérosexuel dans l’arène!

La nouvelle n’avait pas été facile à prendre pour son père, lorsque Pat avait dit à ses parents qu’il était amoureux d’un garçon. Son père ne voulait plus qu’il reste dans leur modeste demeure familiale, là où il avait grandi avec ses huit frères et sœurs, dans le quartier Ville-Marie à Montréal. On était dans les années 1950.

Autres temps, autres mœurs.

Celui que Pat appellera toujours son ami, Louie Dandero, décédera en 1998.

«Sans Louie je ne pense pas que je serais ici», affirmera Patterson.

Crédit photo : WWE

D’un quartier pauvre de Montréal à une compagnie milliardaire!   

L’histoire a été racontée à plusieurs reprises.

Né à Montréal le 19 janvier 1941, Pat a commencé à aimer la lutte après avoir vu Buddy Rogers et Killer Kowalski s’affronter au Forum de Montréal. Un de ses camarades de classe, Gilles Samson, état le fils d’un promoteur de lutte bien connu de ces années, Sylvio Samson. Pat a donc commencé à lutter pour Samson, en plus de lutter aux mythiques Loisirs St-Jean-Baptiste. Mais entre la dispute avec son père, qui, heureusement, aura le temps de faire la paix avec son fils, et le désir de vouloir vivre de son métier, ce qui était très difficile au Québec pour un lutteur local à l’époque, il quitte vers Boston, sans le sou et sans parler un mot d’anglais.

De là, Maurice «Mad Dog» Vachon, qui l’avait connu au Québec, le fait venir à Portland en Oregon. Par la suite ce fut San Francisco, Minneapolis et enfin New York, où Vincent James McMahon, le père du Vince que vous connaissez aujourd’hui, était roi et maître. Après quelques années comme lutteur, où il deviendra entre autres le tout premier champion Intercontinental, un fait sur lequel le documentaire ne met pas trop d’emphase et à juste titre d’ailleurs, il devient le bras droit de Vince McMahon, vice-président senior, invente le Royal Rumble et cimente sa réputation de génie du monde de la lutte.

Rapidement, McMahon fait confiance à Pat et le Montréalais laissera son empreinte sur tout le produit.

«Vince et moi, on pensait toujours à la business. Ça devenait tellement gros. Et je voulais toujours trouver une idée qui n’avait jamais été faite. J’aime être créatif. C’est ma vie!»

Plusieurs lutteurs sont d’ailleurs venus témoigner de l’importance que Pat avait eue dans leur carrière.

La liste est impressionnante :

Roman Reigns, Hulk Hogan, Edge, Dolph Ziggler, John Cena, Daniel Bryan et les deux principaux, ceux pour qui Pat s’est presque battu pour qu’ils soient considérés dans la compagnie, Bret Hart et Shawn Michaels, qui affirment tous les deux que sans Pat, ils n’auraient pas eu la carrière qu’ils ont eue.

Sans oublier les deux plus grandes vedettes des 25 dernières années, «Stone Cold» Steve Austin et Dwayne «The Rock» Johnson.

«Il était un maître de la psychologie de la lutte, affirme Austin. Sa plus grande contribution au monde de la lutte, c’est tout le savoir qu’il a partagé avec nous.»

Pour The Rock, Pat était vraiment spécial. C’est lui qui avait suggéré à Vince McMahon de l’embaucher.

«Je t’aime et je te remercie d’avoir eu foi en moi», dira Johnson lors du décès de son mentor.

Le Québec a sa place à la fin de l’histoire   

Évidemment, le documentaire n’est pas parfait. C’est une histoire qui pourrait faire l’objet d’une série documentaire. Alors il y a des limites à ce qu’on peut dire en un peu moins de 60 minutes.

Entre autres choses, aucune mention de son temps à Minneapolis pour Verne Gagne. Très peu sur l’équipe qu’il formait avec Ray Stevens et qui était considérée comme la meilleure équipe de tous les temps au moment où les deux formaient un duo. Trop peu de choses sur Montréal. En fait, après un peu de plus de 20 minutes, Pat arrive déjà à la WWE. On ne parle pas du tout de ses segments du brunch du rêve du Québec ni de son amitié avec le Géant Ferré ou de l’intronisation, faite à sa demande, de Maurice Vachon au temple de la renommée de la WWE.

On ne fait aucune mention de sa maladie qu’il l’accablait à la fin de sa vie, ni de ses amis proches, comme son coauteur Bertrand Hébert, avec qui il a fait plusieurs voyages afin de promouvoir son autobiographie (en fait le livre n’est pas du tout mentionné, pas même en images) ou Sylvain Grenier, pourtant ancien champion par équipe de la WWE, qui était comme un fils pour Pat.

Mais on se rattrape à la fin.

On y voit Sami Zayn et Kevin Owens, deux Québécois que Pat apprécieraient grandement, lui rendre hommage.

«Il avait une vraie joie de vivre», avait dit Zayn à l’émission Talking Smack.

«Il a tellement été fin et aidant pour moi du moment que je suis arrivé, ajoutait Owens lors d’une vidéo qu’il avait partagée la journée de son décès. Il aimait vraiment aider notre génération et la business du mieux qu’il pouvait.»

Le documentaire débute avec Pat qui entre dans le stationnement du Centre Bell le 4 mai 2015, disant fièrement «C’est un rêve qui devient réalité!».

Le rêve, c’est l’hommage qu’on lui présenterait ce soir-là.

Et le tout se termine au même endroit, alors que Pat à la fin de la soirée avait déclaré au micro :

«Merci beaucoup Montréal. I love you. I love you. I love you!»

Ce à quoi la foule, dont je faisais partie, lui avait répondu :

«Merci Pat! Merci Pat! Merci Pat!»

Le documentaire «My Way : La vie et l’héritage de Pat Patterson», que je suggère à tous et à toutes, sera diffusé ce dimanche 24 janvier, sur la chaîne de la WWE.

Voici un aperçu du documentaire.