Patric Laprade

L’ancien commentateur Guy Hauray décède à l’âge de 77 ans

L’ancien commentateur Guy Hauray décède à l’âge de 77 ans

Patric Laprade

Publié 15 janvier
Mis à jour 15 janvier

C’est avec tristesse que nous venons d’apprendre le décès de l’ancien commentateur de lutte Guy Hauray, à l’âge de 77 ans.

Hauray est décédé le 8 août dernier, mais sa conjointe, Danielle Proulx, avec qui je me suis entretenu aujourd’hui, m’a expliqué qu’elle voulait entrer en contact avec le seul fils de M. Hauray, Jean-Philippe, qui habite en Floride mais avec qui Hauray n’avait plus de contact depuis plusieurs années, avant de rendre la nouvelle publique.

Il était atteint d’un cancer depuis trois ans.

«Il s’est tenu debout et a continué à donner ses enseignements, m’expliquait Mme Proulx. Puis un jour il est tombé et il m’a dit qu’il était mort. Son agonie n’a duré que cinq jours par la suite.»

Refusant de mourir dans un hôpital, il est donc décédé dans son domicile de Montréal, plus précisément dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce.

«J’étais à ses côtés lorsqu’il est décédé et j’ai eu la chance de voir toute la détermination et tout le courage qu’il avait, ajoute celle qui partageait sa vie depuis près d’une vingtaine d’années. Il est possible de quitter le monde dans lequel on vit entouré des gens qu’on aime.»

Né le 11 février 1943 à St-Malo en France, une commune de moins de 50 000 habitants en Bretagne, environ 400 kilomètres à l’ouest de Paris, Hauray était impliqué dans les arts martiaux mixtes étant même champion du monde de karaté en 1965. Il est par la suite déménagé en Amérique en 1966. Travaillant principalement dans le monde du spectacle comme coach-consultant pour des artistes comme Cindy Lauper, Michael Douglas, Jean-Paul Belmondo, Tina Turner et bien d’autres, Hauray rencontre Édouard Carpentier en 1977 à la première édition du Festival des Films du Monde de Montréal, lors de la soirée-hommage à l’acteur Alain Delon.

Cette rencontre sera déterminante pour Hauray alors que trois ans plus tard, la lutte reprend de plus belle au Québec, après quelques années sombres, avec la création des promotions Varoussac.

Le promoteur Jack Britton, père de l’ancien lutteur Gino Brito et celui qui avait popularisé la lutte des nains, était le principal promoteur à Montréal entre 1977 et 1980, présentant des événements au centre Paul-Sauvé et à l’Auditorium de Verdun. Mais le Forum de Montréal était inaccessible puisqu’il n’avait pas de contrat de télévision. Malgré l’effort de faire venir un mélange de noms connus et de jeunes lutteurs, les foules étaient petites et les recettes tout autant.

«Le plus gros événement que mon père a fait dans ces années-là est arrivé le 11 février 1980, alors qu’il a attiré plus de 2 000 personnes avec Pat Patterson face à Lou Albano en finale, raconte Brito. La télé de Burlington, avec la WWF sur ses ondes, était diffusée à Montréal, c’est pour ça qu’il avait pu attirer une si grosse foule. Il avait plus que doublé ce qu’il faisait habituellement.»

Mais ce spectacle est une ironie et une tristesse en même temps.

«Le seul problème, c’est que mon père est décédé la veille, le 10 février. Alors il n’a jamais pu assister au plus gros événement qu’il a produit.»

C’est donc après le décès de son père que Gino Brito décide de prendre les choses en main.

«J’étais allé à New York pour voir si quelqu’un était prêt à investir avec moi dans une promotion, se souvient-il. J’avais appris des erreurs de mon père qui avait tenté de faire ça seul. Vince McMahon le père m’avait alors conseillé d’en parler avec Frank Valois.»

Le Géant Ferré, un proche ami de Valois et de Brito, embarque aussi dans l’aventure. Le nom Varoussac provient d’ailleurs de leurs noms respectifs : Va (Valois), rouss (Roussimoff), ac (Acocella).

Cet acronyme allait ramener la lutte au premier plan dans la province.

Guy Hauray et Édouard Carpentier aux commentaires 

Sollicité par Carpentier, Hauray rencontre les dirigeants de Varoussac, qui deviendra Lutte Internationale quelques années plus tard.

«Frank Valois et Gino Brito étaient des hommes de parole et de bons hommes d’affaires», racontait Guy Hauray, interviewé en 2009 pour le livre À la semaine prochaine, si Dieu le veut.

Il ne faut pas plus qu’une rencontre pour que Hauray se mette au travail. Il commence en cognant à la porte de Télé 7, car elle fait partie du Réseau Pathonic qui comprend cinq stations, toutes à des endroits stratégiques pour les tournées que veut organiser l’organisation. La station de télévision, qui avait diffusé Lutte Grand Prix de ses studios de Sherbrooke dans les années 1970, accepte.

Puisqu’il utilise des lutteurs de la WWF, dans ses annonces publicitaires, Brito invitait les gens à syntoniser l’émission de la WWF sur ABC-Burlington, communément appelé le poste 22 avant la venue du câble. Cependant, tout change alors que dimanche le 7 décembre 1980, ces mêmes publicités invitent plutôt les gens à syntoniser Télé 7 le dimanche suivant, soit le 14, alors que la lutte fait un retour sur les ondes de la télévision québécoise.

Carpentier sera aux commentaires, un poste qu’il connaît bien pour l’avoir fait avec Lutte Grand Prix à Télé 7 et avec les As de la Lutte à Télé-Métropole. Il sera joint par Guy Hauray lui-même.

«C'est Édouard Carpentier qui m'a initié à faire de la télévision comme commentateur et c'est une personne avec qui j'ai eu beaucoup de plaisir à travailler», racontait Hauray, avec une certaine nostalgie.

C’est un duo qui allait marquer la dernière grande époque de la lutte à la télévision québécoise. De 1980 à 1984, le dimanche matin à 11h leur appartiendra.

De Lutte Internationale à la WWF 

En 1983, le promoteur Denis Lauzon obtient une émission sur le réseau Cogeco sur les stations de CKTM et CKSH de Trois-Rivières et tente de lancer une opposition à Varoussac. Comme dans le cas Télé 7, avec le câble, ces stations sont disponibles presque partout. C’est cependant un échec lamentable. Le tout ne durera que quelques mois, mais le mal était fait. La lutte est populaire à la télévision et ces stations désirent en avoir. C’est donc Varoussac qui prend la relève.

CFCF-12 veut aussi avoir de la lutte, alors la nouvelle émission de Varoussac en provenance des stations de Trois-Rivières est traduite en anglais. En l’espace de quelques mois, on va donc passer d’une heure de lutte par semaine à trois heures, pour le même produit, dans le même marché! L’obtention de ce temps d’antenne supplémentaire vient causer de la discorde entre Lutte Internationale et Guy Hauray. Ce dernier se souvient avoir été convoqué chez l’avocat de l’organisation et de ne pas avoir été satisfait de l’offre qu’on lui faisait pour lui acheter les droits de l’heure de télévision diffusée à Télé-7, le pain et le beurre de Lutte Internationale, une décision que regrette encore aujourd’hui Gino Brito.

«J'avais le contrôle total de la télévision, expliquait Hauray. Je leur ai dit que dans ces conditions, je m'en irais avec la WWF. Ils ne m'ont pas cru.»

Du jour au lendemain, les amateurs de lutte du Québec allaient se réveiller un bon dimanche matin de décembre 84 et voir les Super Étoiles de la Lutte, non pas avec leurs lutteurs locaux préférés, mais bien avec les lutteurs de la World Wrestling Federation, toujours avec le duo composé de Guy Hauray et Édouard Carpentier aux commandes. Les archives du registraire des entreprises permettent même de voir que les pourparlers entre Hauray et la WWF dataient d’octobre 1984.

Après avoir joint la WWF, Guy Hauray devient l’homme de confiance de Vince McMahon pour la télévision francophone. Il est d’ailleurs nommé vice-président aux opérations européennes. Sa compagnie, Poly Spec Tele Video, possède alors les droits pour toute la francophonie et exportera ce produit de l’Europe à l’Afrique en enregistrant les commentaires dans les studios DGP du quartier St-François à Laval.

D’ailleurs, quelques années plus tard, McMahon confiera toute une mission à Hauray.

En effet, le grand manitou de la WWF lui demande en 1989 de préparer un dossier de faisabilité pour l’utilisation du Stade Olympique pour un gros événement de lutte qui aurait été présenté à Montréal. Mais le tout ne se concrétisera jamais.

«On aurait perdu beaucoup de crédibilité au niveau de la présentation du spectacle, car il y aurait eu beaucoup de gens qui n’auraient rien vu pendant les combats, racontait Hauray. C'était impossible de mettre des écrans géants au bon endroit à cette époque. Mais Vince n’était pas contre l’idée.»

Hauray continue à agir comme commentateur. C’est lui qui était là en 1987 pour la version francophone de WrestleMania III avec en finale Hulk Hogan et le Géant Ferré, en compagnie de Carpentier, Frenchy Martin et l’ancien promoteur français, Roger Delaporte. Puis, lorsque la WWF suspend Carpentier pendant un an à la suite de propos qu’il avait émis, Hauray travaille avec Marc Blondin et ensuite, Raymond Rougeau, qui venait tout juste de prendre sa retraite. Carpentier reviendra au même moment.

En 1994, Guy Hauray accroche finalement son micro ne voulant pas voyager pour aller enregistrer l’émission dans les studios de Stamford, au Connecticut, alors que la WWF centralise ses opérations télévisuelles. Pour sa part, Raymond Rougeau continuera avec un nouveau commentateur, Jean Brassard.

Le neuro-coaching 

Quelques années plus tard, alors que c’est la guerre du lundi soir qui fait rage aux États-Unis entre la WWF et la WCW, Hauray travaille comme coach personnel de Ted Turner, le grand patron de la WCW, et il est invité à créer une émission pilote pour l’Europe pour la WCW, émission qu’il enregistre avec Édouard Carpentier.

Mais Hauray est passé à un autre stade de sa vie.

«Je n’étais pas intéressé à affronter Vince, c’était délicat pour moi. J’avais d’ailleurs refusé de lancer une promotion de lutte en France avec Canal +, car je sais ce que ça représente de faire compétition à McMahon.»

Puis au tournant des années 2000, il créé ce qu’il appelle le neuro-coaching. Fort d’un doctorat en psychologie cognitive et d’une maîtrise en anthropologie sociale aux universités d’Irvine et de Berkeley en Californie, cette méthode systémique d’évaluation de la personnalité, de coaching et de préparation mentale destinée aussi bien au particulier qu’aux gens d’affaires vise la remédiation de tout processus de stress. Il fonde également le Centre International de Neuro-Coaching. Selon son site Web, sa méthode a servi auprès d’entreprises telles que Bombardier, CNN et Quebecor.

«Il hésitait à donner des entrevues sur la lutte, parce qu’il ne voulait pas que ça vienne en conflit avec son neuro-coaching, raconte sa conjointe. Il était tout de même fier d’avoir travaillé dans ce milieu aussi longtemps et quelques fois, en racontait des anecdotes.»

En plus de 60 ans de lutte à la télévision québécoise, Édouard Carpentier est le roi incontesté avec 22 années passées à analyser et commenter des combats de lutte. Suivent Marc Blondin avec 17 ans et Guy Hauray avec 14 ans.

«Malgré notre différend, quand j’ai vu Édouard en 2008, on s'est parlé comme si de rien n'était, expliquait Hauray. J'ai eu des années heureuses à travailler avec lui.»

Hauray laisse dans le deuil sa conjointe, Danielle Proulx, qui continuera de faire la promotion de sa méthode de neuro-coaching, ainsi que son fils d’une autre union, Jean-Philippe.

*Merci à David Jouan de m’avoir mis en communication avec Mme Proulx.

*L’entrevue de Guy Hauray avait été réalisé par Bertrand Hébert, avec qui j’ai écrit À la semaine prochaine, si Dieu le veut.