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Crédit : Photo courtoisie

NFL

Sentiments partagés pour les partisans des Bills

Publié | Mis à jour

Les fidèles supporteurs des Bills, nombreux au Québec, attendaient impatiemment ce moment. Finalement, samedi dernier, la traversée du désert a pris fin lorsque l’équipe a décroché son premier titre de division en 25 ans. Sauf que l’euphorie a vite été teintée d’amertume pour la «Bills Mafia» québécoise, qui devra vivre ce moment tant souhaité devant le téléviseur, plutôt que de savourer un party épique sur place, à Buffalo.

Le dernier match éliminatoire impliquant les Bills présenté dans leur stade remonte au 28 décembre 1996, une défaite de 30-27 face aux Jaguars de Jacksonville. Pandémie oblige, il n’y aura visiblement pas de spectateurs pour ce grand retour des Bills chez eux en séries.

Depuis tout ce temps, le club s’est qualifié pour les séries à seulement quatre reprises, en 1998, 1999, 2017 et 2019. Parmi les «meilleurs deuxièmes», ils ont chaque fois dû s’exiler loin de la maison.

C’est donc dire que bien des mordus de longue date au Québec sont habités de sentiments partagés. Fiers des succès de leur équipe, mais déchirés de constater qu’ils ne ressentiront pas le plaisir de s’époumoner pour procurer l’avantage du terrain à leurs favoris, dans ce qui est devenu leur ville d’adoption.

«C’est tout un mélange d’émotions. On a tellement trouvé le temps long. La santé, c’est la priorité, mais comme partisan, il n’y a rien qui m’aurait empêché d’y aller en temps normal. Ça me fait de la peine, ce serait indescriptible comme party», ne peut que constater Bob Genest.

Une grande famille

Ce dernier est considéré comme une légende parmi les partisans québécois des Bills. Depuis 1989, Bob Genest s’est lié à cette équipe. En 1998, il s’est procuré un abonnement de saison et occupe fièrement son siège dans la section 119 depuis. C’est donc dire qu’il s’est tapé le long chemin de croix avec l’équipe, sans jamais songer à virer capot.

«On en a passé des années de pommes pourries!», lance le résident de Blainville, qui se plaît à organiser des tailgates monstres.

«Buffalo, c’est ma famille d’automne. Ils m’appellent tous Frenchy là-bas. Le monde pense que le Canadien à Montréal, c’est fou. Ils ne sont jamais allés aux Bills à Buffalo!», tient à spécifier ce grand voyageur sportif.

Alain Poissant est un autre Québécois aussi heureux que révolté. Détenteur d’abonnements de saison à Buffalo depuis 11 ans, il n’attendait que le grand jour et devra continuer de languir.

«Après le match de samedi, quand le championnat de division a été confirmé, j’avais le cœur gros comme c’est pas possible. Encore aujourd’hui, je ne me retiendrais pas et je braillerais», soupire le résident de Sorel-Tracy.

Consolation

Tout n’est cependant pas noir pour les fanatiques des Bills, au contraire. Non seulement le titre de division est dans la poche, mais, pour un groupe qui a subi pendant 20 ans la domination suffocante des Patriots, l’élimination de ces derniers pour la première fois depuis 2008 s’avère libératrice.

«On a certainement fêté le championnat de division des Bills samedi... mais encore un peu plus l’élimination des Patriots le lendemain!», rigole de bon cœur Martin Piette, un abonné de saison aux Bills depuis sept ans.

«Je ne peux pas croire que je vais regarder les Bills en séries à la télé, ça me fait tellement mal! Comme partisan, on ne se peut plus et on a tellement hâte d’y retourner. La première fois qu’on va se retrouver là-bas en personne, on va s’assurer de célébrer ça comme il faut», assure-t-il.

Après le rêve de la fin de la pandémie, il y a le fantasme toujours inassouvi d’un match de séries vécu sur place, à Buffalo. Puis, pourquoi pas un premier Super Bowl pour les Bills ?

«On ne lâchera pas! On a enfin l’équipe pour rêver au Super Bowl, mais il fallait que la pandémie nous tombe dans les pattes... en même temps que Patrick Mahomes», grimace Alain Poissant.

Ouais, et le quart-arrière aux multiples talents des Chiefs s’annonce plus virulent et destructeur que le virus...

Souvenir inoubliable

Sans même en avoir la moindre idée, Jean-Pierre Jobin vivait un moment que peu de Québécois peuvent se targuer d’avoir vécu, le 17 décembre 1995. Parmi 79 531 spectateurs à Buffalo, il assistait à la victoire de son équipe fétiche face aux Dolphins. C’était la dernière fois avant la semaine dernière que les Bills s’assuraient le titre de leur division.

Vingt-cinq années se sont écoulées, mais il n’est pas près d’oublier l’énergie contagieuse ressentie sur place, quand il a savouré ce qui allait être le dernier sacre avant la grande famine.

«J’allais là sans trop savoir à quel point ce serait marquant», réalise aujourd’hui celui qui chérit les Bills depuis 1988.

Il faut dire qu’il s’agissait à l’époque de l’apogée des Bills. Ces derniers avaient remporté les honneurs de leur division de 1988 à 1993 et leur consécration devenait presque tenue pour acquise.

La victoire de 23-20 face aux Dolphins s’était aussi avérée le dernier duel de saison régulière à vie entre deux grands entraîneurs-chefs, Marv Levy et Don Shula. L’affrontement avait aussi été marqué par l’éjection du secondeur de Miami et ennemi juré des Bills, Bryan Cox, après une échauffourée.

«Je n’en reviens tout simplement pas aujourd’hui de penser que j’ai vécu ça. Je ne pouvais jamais m’imaginer que ce serait aussi long et pénible par la suite», souligne le fier partisan de Lachine.

Des obstacles

De 2008 à 2013, les Bills ont goûté aux bas-fonds en terminant à six reprises dans la cave de leur division. Jusqu’en 2014, lorsque Terry Pegula s’est porté acquéreur de l’équipe, les Bills ont même été impliqués dans toutes sortes de rumeurs de déménagement.

«Comme partisans, nous sommes passés à travers tellement de choses. Les histoires de déménagement, c’était comme une épée de Damoclès au-dessus de notre tête. C’est pour tout ça que c’est si dur aujourd’hui d’imaginer à quel point ce serait fou un match de séries à Buffalo sans pouvoir y aller. Un tel moment, ça n’aurait pas de prix», statue Jean-Pierre Jobin.

L’équipe semble cependant solidement construite et, pour tous les inconditionnels, dont Bob Genest, il ne fait aucun doute que ce n’est que partie remise pour un duel éliminatoire à Buffalo.

«On n’aura plus à attendre aussi longtemps pour le prochain. J’ai un bon feeling pour la suite. J’ai encore des frissons à toutes les fois que je rentre dans ce stade-là. C’est ma deuxième maison et on va y retourner toute la gang, en séries, à Buffalo», promet-il.