Xavier Parent

Crédit : Photo courtoisie, Phoenix

LHJMQ

«Beaucoup de gens me traitent de flop»

Publié | Mis à jour

En 2014, on le comparait à Mario Lemieux, Sidney Crosby et Guy Lafleur. Six ans plus tard, Xavier Parent, 19 ans, évolue pour le Phoenix de Sherbrooke et... n’a finalement pas été repêché dans la Ligue nationale de hockey (LNH) à ses deux années d’admissibilité. 

Pour bien saisir à quel point le «dossier Parent» est renversant, rien de mieux que des chiffres. 113 points en 30 parties dans le Pee-wee «AAA», 49 points en 32 joutes dans le Bantam «AAA», puis 47 points en 43 matchs à sa première saison dans le Midget «AAA», alors qu’il n’était âgé que de 14 ans. Les attentes et l’engouement des partisans et des médias ont alors pris une ampleur aux proportions énormes.       

Mais on le disait plus haut : les choses ont bien changé pour le patineur depuis les glorieuses années énumérées précédemment. À l'heure actuelle, une question brûle les lèvres : que diantre s’est-il passé?  

Dans un entretien des plus généreux avec le TVASports.ca, Xavier Parent a démontré une très grande maturité en acceptant de raconter son histoire. Sans filtre, le jeune homme a répondu à toutes les questions, même si certaines auraient pu lui donner envie de se cloitrer. L’ouverture de Parent a finalement permis à l’auteur de ces lignes de lever le voile sur un mystère qui perdure depuis trop longtemps... 

Un hockey mineur complètement fou       

Janvier 2014. À l’âge de 12 ans, la popularité de Xavier Parent, déjà immense, atteint un autre niveau. 

Son équipe, les Conquérants des Basses-Laurentides, s’apprête à disputer le tournoi de Waterloo. 

Enchaînant les performances offensives aussi magistrales que déconcertantes depuis le début de la saison, l’enfant (c’est bien ce qu’il était, à l’époque!) voit alors son nom être associé à celui de Mario Lemieux par le président du tournoi. 

«C’est très rare qu’un jeune domine autant. Le dernier que j’ai vu, c’est Mario Lemieux en 1978», lance Martin Bazinet. La remarque fait évidemment beaucoup de bruit. 

Rapidement, les médias s’arrachent l’histoire du jeune prodige, qui vient de récolter pas moins de 108 points (59 buts, 49 aides) en 29 matchs avant de s’amener en Montérégie. 

Xavier Parent
Crédit photo : © Photo Agence QMI

«À cette époque, je ne comprenais vraiment pas ce qui se passait», révèle d’abord Parent, plongé dans ses souvenirs. 

«Je sais qu’on me comparait à plusieurs grands joueurs, mais j’étais encore un enfant. Je ne comprenais vraiment pas la portée de ce qui se tramait. Je dois aussi dire que ma famille a toujours joué un grand rôle dans ma vie, et c’était encore plus vrai à cette époque. Mes parents m’ont soutenu et se sont assurés que je garde les deux pieds sur terre.»

Aujourd’hui, Parent a vieilli et comprend malgré tout que son cas (et le traitement qu’on lui réservait à l’âge de 12-13 ans) pouvait certainement être classé parmi les exceptions. 

«Je me souviens qu’à 12 ans, lorsque j’ai participé au Tournoi Pee-Wee de Québec, les gens venaient par dizaines pour me demander des autographes. Je ne crois pas que plusieurs enfants de cet âge-là signent des autographes aujourd'hui. C’est particulier, quand j’y repense.»

La folie... ne s’estompe pas       

Les années passent et l’engouement autour de Parent reste le même. En 2015-2016, il parvient à se tailler un poste dans le Midget «AAA» alors qu’il n’est âgé que de 14 ans. Il connaît une superbe saison (47 points en 43 matchs). À titre comparatif, il ne récolte qu’un seul petit point de moins que son coéquipier Samuel Poulin (choix de première ronde des Penguins en 2019).

«Je voulais jouer avec le Phénix du Collège Esther-Blondin à 14 ans. Je ne voulais pas retourner dans le Bantam AAA. J’ai été très bien reçu par l’équipe, qui comptait sur beaucoup de vétérans. En bout de ligne, je crois que cette décision a été la bonne pour moi.»

À sa deuxième saison dans le Midget «AAA», le dynamique ailier gauche ne dérougit pas. Il met 55 points sur le tableau en seulement 33 matchs et termine le calendrier avec une moyenne de points par match supérieure à celles de Jakob Pelletier (choix de première ronde des Flames en 2019) et Nathan Légaré (choix de 3e ronde des Penguins en 2019). 

Crédit photo : PIER-YVES CARDONNEAU-VALADE/AGENCE QMI

«Plusieurs équipes de la Ligue de hockey junior majeur du Québec ont commencé à me signifier leur intérêt en fin de saison», se rappelle Parent. 

Le jeune homme de Laval est finalement choisi en première ronde (4e au total) du repêchage 2017 de la LHJMQ. Une nouvelle étape débute pour le talentueux attaquant. Mais elle promet d’être ardue... 

Débuts tièdes dans le circuit Courteau       

Les deux premières saisons de Parent dans la LHJMQ, comme on le sait aujourd’hui, sont très loin de ses standards habituels. À sa première campagne chez les Mooseheads, il ne récolte que 29 points en 63 matchs. La saison suivante, il ne peut faire mieux qu’une fiche de 34 points en 67 joutes. Pour la première fois de sa vie, Xavier Parent n’est pas le principal moteur offensif de son club. Loin de là. 

Pendant ce temps, les joueurs avec qui il rivalisait étant plus jeune continuent de performer. 

Les Poulin, Pelletier et Légaré s’amusent comme larrons en foire dans leurs marchés respectifs. 

Lorsqu’on lui demande ce qui explique cet écart entre ses performances et celles de ses anciens rivaux (à leurs deux premières saisons dans la LHJMQ), Parent y va de sa théorie. 

«À mes premières années à Halifax, l’équipe était extrêmement talentueuse. On m’a fait jouer sur un troisième trio plus défensif. Il était extrêmement rare qu’on me fasse jouer sur l’avantage numérique. Ce n’est pratiquement jamais arrivé. 

«Quand je regarde du côté de Lafrenière (Alexis), Poulin (Samuel) et Pelletier (Jakob), c’était très différent. Ils ont tous été placés sur un premier trio en partant! Ce que j’essaie de dire, c’est qu’on peut analyser les chiffres comme on veut, mais c’est beaucoup plus difficile de produire quand tu es utilisé sur une troisième ligne.»

Malgré la déception liée à ses deux premières saisons à Halifax, Parent avoue avoir beaucoup appris de ses débuts dans la LHJMQ. 

«J’ai appris à être meilleur défensivement. J’ai aussi progressé au chapitre de ma force de caractère. Toute ma vie, j’avais pu bénéficier de plusieurs belles opportunités et mon temps de glace avait toujours été assez élevé. J’avais toujours su transformer mon gros temps de glace en performances offensives réussies. Mais là, c’était différent et je devais m’y faire.»

Le repêchage 2019 se pointe le bout du nez et sans surprise, Parent est ignoré. 

«Ç’a vraiment été dur sur le moral. J’avais de grandes attentes envers moi. J’avais fait l’équipe nationale U-18 et ça s’était très bien passé. Je voyais grand et mon année était partie sur les chapeaux de roues. Mais à Halifax, ç’a été plus difficile...

«Oui, Pelletier, Poulin et Légaré ont été repêchés, mais on leur a donné l’opportunité de se prouver. À sa première saison avec le Drakkar, Légaré avait un rôle plus défensif. Dès qu’on lui a donné sa chance, il a explosé...» 

Nouveau départ, nouvelle épreuve       

En août 2019, les Mooseheads échangent l’attaquant au Phoenix de Sherbrooke. 

L’attaquant ne s’en cache pas : il accueille ce nouveau départ avec beaucoup de joie. 

Son bonheur est également perceptible sur la glace. Il retrouve sa touche d’antan et produit à un rythme d’un point par match pour la première fois depuis son arrivée dans la LHJMQ. Mais la malchance se met de la partie. 

En revenant d’un voyage dans les Maritimes, Parent ressent une vive douleur au dos. Il apprend quelques jours plus tard qu’il doit s’absenter pour une longue période. 

«Ça, ç’a vraiment été une période difficile pour moi. J’avais vraiment pris l’échange comme un nouveau départ. J’étais plein de bonnes intentions. Je m’étais entraîné extrêmement fort lors de l’été. Avec du recul, j’avoue qu’il y a peut-être sept ou huit matchs que je n’aurais pas dû jouer avant ma blessure, car je ressentais déjà une petite douleur au dos depuis quelque temps. Mais les joueurs de hockey sont parfois trop orgueilleux...

«À ce moment-là, je me suis beaucoup questionné en tant que joueur de hockey. Je savais que c’était ma troisième année dans la LHJMQ. Je voulais aider l'équipe à gagner. Mais je voyais qu’elle gagnait quand même sans moi. J’étais hyper content de voir que les gars performaient comme ça. J’adore cette équipe! Mais c’est certain que de voir l’équipe gagner sans toi, ce n’est pas évident. Tu te demandes quel rôle tu aurais pu jouer, tu te fais des scénarios dans ta tête...»

À la base, on prédit à Parent une absence de plusieurs mois, voire un an. Mais il met les bouchées doubles et parvient à revenir au jeu en mars, seulement trois mois après le début de sa convalescence. Mais nouvelle malchance : la COVID-19 s’invite au Québec. 

Après seulement deux matchs, Parent (à l’image du monde entier!) doit se confiner. Sa saison est terminée. 

«Ç’a été un autre coup dur. J’aurais voulu terminer la saison en force. J’avais mis les efforts pour revenir plus vite. Mais voilà... On ne peut pas tout contrôler.»

Parent ne joue finalement que 25 matchs (19 points) cette saison-là. À sa deuxième année d’admissibilité, il est encore une fois ignoré par les équipes de la LNH au repêchage (2019). 

«Je m’en attendais parce que j’avais raté beaucoup de parties, mais c’est sûr que tu y crois toujours quand même...»

Des objectifs clairs       

Déçu? Certainement. Abattu? Jamais. 

Cette saison, c’est le bon vieux Xavier Parent que les partisans du Phoenix de Sherbrooke peuvent voir. Pouvaient, plutôt. 

Car après avoir connu un début de campagne du tonnerre (7 points en 5 matchs), l’ailier gauche a vu la saison de son équipe être mise sur pause en raison d’une éclosion de COVID-19 à l’interne. Encore le coronavirus! 

«Le confinement du printemps a été difficile, mais j’en ai profité pour m’entraîner fort à la maison. Je savais que je devais montrer à tout le monde qui était le vrai Xavier Parent. Cette saison, avant la pause, ça allait très bien sur le plan personnel. Mon entraîneur m’avait dit dès le départ qu’il allait me donner un grand rôle. Je souhaitais lui prouver qu’il avait raison de le faire.»

Crédit photo : William Rondeau

Questionné à savoir s’il visait toujours la LNH malgré les embûches inattendues qui se sont dressées sur son chemin en cours de route, l'athlète de 19 ans y va d’une réponse qui ne pourrait être plus claire. 

«Ce sera toujours l’objectif principal! J’en parlais avec mes parents la semaine passée et je leur disais que l’Europe n’était vraiment pas une option pour moi. L’université non plus. La LNH, c’est mon rêve depuis que je suis tout jeune et ça va rester l’objectif premier. Certaines personnes me parlent d’autres options, mais ça ne m’intéresse pas! Je te promets que je travaille très fort pour jouer dans la LNH.»

«Certains me traitent de flop»      

Avant de conclure l’entrevue, Xavier Parent amène un point intéressant. Dans le monde du sport (professionnel ou non), il y aura toujours des détracteurs. 

Après avoir trainé le statut de «vedette» pendant toute son adolescence, comment le jeune homme vit-il maintenant avec les commentaires désobligeants à son endroit? 

«Depuis le moment où je n’ai pas été repêché dans la LNH, beaucoup de gens me traitent de flop. J’entends cette insulte à chaque soir sur la glace. Depuis mes premières années au hockey, je me fais insulter. Au départ, je m’étais fait une carapace, mais avec le temps, j’ai commencé à me défendre sur la patinoire. 

«Je suis moi aussi en mesure de dire des commentaires qui peuvent piquer l’adversaire et je dois avouer que j’aime ça! Certains gars dans l’équipe ont commencé à me comparer à Brad Marchand. Quand tu sais te défendre intelligemment, tu peux être utile à ton équipe. Depuis quelque temps, je me sers des insultes des gens pour leur prouver que le vrai Xavier Parent n’est pas disparu. Il est bien revenu.»

C’est tout ce qu’on peut souhaiter à ce jeune homme fort sympathique!