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L'inimaginable épreuve de Craig Anderson décortiquée

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Il y a certaines histoires et relations, dans le monde du sport professionnel, qui marquent davantage les esprits. 

Le lien qui unit le cerbère Craig Anderson et l’entraîneur des gardiens des Sénateurs Pierre Groulx appartient assurément à cette catégorie.  

Les deux hommes se sont rencontrés lors de la campagne 2006-2007 au sein de l’organisation des Panthers de la Floride. La chimie s’est alors immédiatement installée. 

Les années ont passé et le hockey étant ce qu’il est, Anderson a changé d’adresse. Après une escale au Colorado, il a finalement abouti chez les Sénateurs d’Ottawa en 2010-2011. 

Pierre Groulx l’y a rejoint à l’occasion de la saison 2016-2017, au grand bonheur d’Anderson. L’association positive entre les deux complices pouvait reprendre.

«Craig et moi avons toujours été extrêmement proches. Nos personnalités sont complémentaires et la confiance a toujours été immense, d’un côté comme de l’autre», s’est souvenu Groulx dans le cadre d’un généreux entretien avec le TVASports.ca. 

Crédit photo : Photo d'archives, Martin Chevalier

Au fil des années, une relation entre un gardien et son entraîneur est inévitablement ponctuée de bons... et de moins bons moments. 

Parmi ceux-ci, Groulx se rappelle très bien la journée où Anderson a appris que sa femme était atteinte d’un cancer de la gorge. Dès lors, leur relation, déjà très forte, a pris un nouveau tournant. 

«Je n’oublierai jamais ce moment. C’était en octobre 2016. Dès la seconde où Craig m’a appris la nouvelle, la seule chose qui m’importait, c’était d’être là pour lui.  

«Il a reçu un coup de téléphone avant un entraînement et c’est de cette façon qu’il a été mis au courant. Ce fut évidemment une journée très difficile pour lui.»

Mais la réaction d’Anderson a laissé Groulx complètement pantois. 

«Il m’a regardé droit dans les yeux en me disant : “je veux aller sur la glace. C’est de cette façon que je veux aborder tout ça. Je ne veux pas penser seulement à la maladie”.

«J’ai alors compris qu’il allait vivre cette épreuve à sa manière et que je me devais seulement d’être là pour le supporter, comme le font les amis.

«Je lui donnais simplement ce dont il avait le plus besoin. Certains jours, c’était de l’espace. D’autres, c’était une oreille attentive.» 

Force de caractère incroyable  

Au fil du processus, Pierre Groulx avoue avoir été grandement impressionné par la force de caractère de son poulain. 

Il cite en exemple le soir du 31 octobre 2016. Ce soir-là, les Sénateurs visitaient les Oilers. 

«Andrew Hammond s’était blessé à Calgary, la veille. Craig, qui était au chevet de sa femme depuis quelques heures, a appris la nouvelle. Croyez-le ou non, il a décidé de venir à Edmonton pour aider l’équipe! C’était ça, Craig Anderson. Sa femme l’avait encouragé à retourner avec le club et Craig voulait le bien de tout le monde. Il a accepté.»

Et le gardien ne s’est pas déplacé dans l’Ouest canadien en touriste...

Dans une performance qui ne sera pas oubliée de sitôt, il a effectué un jeu blanc de 37 arrêts, dont 18 en troisième période, à l’occasion d’une victoire de 2-0. 

«Il a été exceptionnel, ce soir-là! Il était dans un état d’esprit où rien ne le dérangeait. Je savais, dans un sens, que rien n’allait passer derrière lui contre les Oilers.»

Pierre Groulx tient également à préciser qu’Anderson a toujours pris ses propres décisions lors de cette période difficile. 

«Je lui ai toujours donné le choix. La famille va toujours passer avant le hockey. Mais Craig a réussi à trouver un équilibre qui convenait à sa famille et lui. Et il était évident que tous les efforts qu’il mettait sur la patinoire, c’était pour son épouse. Les résultats en témoignent assez bien.» 

En mai 2017, Anderson a finalement annoncé que sa femme était en rémission du cancer au terme d'une longue bataille de sept mois. Une nouvelle qui a rassuré tout le monde dans l'entourage des Sénateurs.

Une séparation émotive  

En septembre dernier, le directeur général des Sénateurs Pierre Dorion a confirmé qu’il n’offrirait pas de nouveau contrat à Anderson en vue de la prochaine campagne. Le portier de 39 ans est donc libre comme l’air à l’heure actuelle. 

Comment Pierre Groulx a-t-il pris la nouvelle? 

«Évidemment, avec la relation qu’on a, c’est triste de le voir partir. Mais en bout de ligne, Craig veut jouer encore et je crois que le contexte actuel lui permettra de le faire davantage que s’il était demeuré avec Ottawa. 

«Craig a eu une superbe carrière ici. Il a trouvé ça difficile de quitter. Mais il sait que c’est la meilleure chose pour sa carrière.»

Pierre Groulx assure toutefois qu’il n’est pas prêt de rompre les liens avec son ancien protégé. 

«On se parle encore chaque semaine! C’est important pour nous deux de garder le contact. Craig veut qu’on se souvienne de lui pour les bonnes raisons à Ottawa.»

Difficile de faire le contraire, avec le riche héritage qu’il a laissé dans le vestiaire des «Sens»!