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Un Masters inédit

Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2020-11-11T01:36:59Z

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AUGUSTA – En temps normal, n’entre pas qui veut sur la prestigieuse propriété de l’Augusta National, mythique endroit où est joué le Tournoi des Maîtres. C’est encore plus resserré en ces temps de COVID-19. «Le Journal de Montréal» figure dans la courte liste d’une centaine de membres de la presse écrite invités à cette édition spéciale.

Et dans les conditions actuelles, se rendre à Augusta, dans l’est de la Géorgie, se veut en quelque sorte une aventure hors de l’ordinaire.

Encore faut-il avoir l’opportunité de s’y diriger. Afin d’appliquer les principes de distanciation physique dans le somptueux pavillon des médias, la direction de l’Augusta National (ANGC) a réduit de plus de la moitié sa capacité maximale d’environ 350 sièges. Des représentants de la presse des États-Unis, d’Amérique du Sud, d’Asie et d’Europe sont ici en nombre restreint.

Ma quête pour couvrir l’événement a débuté lors de l’Omnium des États-Unis, à la mi-septembre.

Accrédité pour le Masters qui devait avoir lieu en avril, j’avais réitéré mon intérêt en m’informant des procédures à venir. La direction de l’Augusta National (ANGC) a laissé savoir qu’elle étudiait toutes les candidatures reçues en janvier dernier, avant que le coronavirus ne paralyse la planète. Parmi les critères, elle aurait tenu compte du nombre de présences du média, de sa provenance et de son lectorat.

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«Le Journal de Montréal» a couvert le tournoi durant des décennies et il était aux premières loges l’an dernier quand Jennifer Kupcho a écrit une page d’histoire en remportant la première édition du Championnat amateur féminin sur le National. À cela, il faut ajouter le travail en coulisses de l’Association des journalistes de golf d’Amérique du Nord, un groupe de professionnels que j’ai rejoint il y a quelques années. Je croisais les doigts.

Invitation attendue

À la fin de septembre, le directeur des sports du «Journal de Montréal», Denis Poissant, a reçu la communication officielle nous invitant à couvrir le tournoi. La marche à suivre est étoffée et sérieuse. Un test de dépistage effectué à 72 heures de l’arrivée à Augusta est exigé en plus de celui donnant accès au site, sans quoi le «badge» micropucé n’est pas activé. Le port du masque est obligatoire en tout temps.

Le patron accepte la couverture en personne du Masters dans ce contexte unique. Malgré l’environnement hyper contrôlé de l’ANGC, il a aussi fallu réfléchir, évaluer le périple et les modalités du retour dans le cocon familial pour écouler la quarantaine obligatoire. Avec un petit Noah-Charles de neuf mois plein d’énergie à la maison, la santé prime avant le prestige du tournoi.

En redoublant de vigilance et en limitant les incontrôlables, c’est décidé, je prends la direction d’Augusta non sans une cargaison de produits désinfectants.

Trajet

Évidemment, les conditions de voyage sont différentes. On le sent dès l’entrée de l’aérogare de Montréal, tristement silencieuse, où l’on est accueilli avec une prise de température corporelle. Les questions sont plus nombreuses et pointues à la douane américaine.

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Bien que le trajet ne soit pas plus long qu’à l’habitude, il est toutefois plus rare. L’itinéraire vers Atlanta m’a fait passer par Chicago. Durant l’envolée, le masque est obligatoire en tout temps. La dame à mes côtés portait lunettes, visière, gants et avait aspergé son siège de désinfectant avant de s’installer.

En arpentant les terminaux de ces deux grands aéroports américains, on comprend pourquoi la COVID-19 fait tant de ravages aux États-Unis. La distanciation physique est quasi inexistante et le port du masque, pourtant obligatoire, n’est pas respecté. Pas étonnant que mardi, le pays ait atteint les 10,1 millions de cas d’infection et que le virus ait tué près de 240 000 personnes.

Surprise!

Après un trajet de deux heures entre Atlanta et Augusta en fin de journée lundi, me voilà arrivé au site de dépistage à l’auto dans le stationnement désert du National. La dernière étape du périple. Je fournis la preuve du résultat négatif obtenu vendredi dernier et je remplis toute la paperasse.

La dame me tend l’écouvillon pour l’administration du désagréable test.

– Pardon ?

– Oui, je n’ai pas le droit de le faire. Vous devez pencher la tête et vous faites votre propre test en prenant un échantillon dans chaque narine. Vous entrez l’écouvillon jusqu’à ce que vous sentiez une obstruction. Je compterai alors jusqu’à 15 et vous ferez pareil dans l’autre narine.

– Et la gorge ?

– Pas nécessaire.

Un test pas moins désagréable, mais le résultat négatif est connu 12 minutes plus tard. Une employée de l’ANGC m’informe que mon « badge » est activé en me souhaitant une bonne semaine. On se reverra ce week-end afin de m’assurer de rentrer à la maison sans mauvaise surprise.

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Et ce n’est que le début de l’aventure, car les vents et la pluie de la tempête tropicale Eta menacent le tournoi. Sous le «Big Oak Tree» près du pavillon, la brise montant de l’allée du premier trou est bonne et fait oublier les tracas des huit derniers mois.

La table est mise pour un Masters aussi unique que mémorable.

Expérience sans précédent

Très peu de ligues ont offert un accès direct à leurs joueurs depuis le début de la pandémie. Le PGA Tour et les organismes de gouvernance du golf l’ont toutefois permis en contrôlant les apparitions.

Ils n’ont pas écarté les membres de la presse depuis la reprise du jeu sur le circuit de la PGA en juin. Idem au Championnat de la PGA d’Amérique en août et à l’Omnium des États-Unis en septembre.

Ils ont toutefois limité le nombre d’accréditations et exigé un processus de dépistage rigoureux, comme c’est le cas à Augusta. Les représentants des médias peuvent accomplir leur travail sur le terrain en toute quiétude dans l’environnement contrôlé de l’ANGC.

Celui-ci ne peut être considéré comme une bulle puisque les joueurs peuvent voyager en voiture ou en jet privé et résider dans des maisons avec leurs proches. Mais en suivant un protocole de dépistage très strict, les règles sont respectées. Les golfeurs sont testés et appelés à surveiller leur condition médicale. Impossible d’entrer sur le site si le thermomètre qu’on nous plante en plein front à l’accueil dépasse la température maximale permise.

Accès aux joueurs

Ainsi, dans le respect de toutes les mesures sanitaires, les joueurs sont disponibles pour les entrevues habituelles sous « The Big Oak Tree », à condition de porter le masque et de respecter la distance des deux mètres. On ne peut toutefois les apostropher à la sortie du parcours. Quant à l’accès au champ d’exercice, il a toujours été restreint à Augusta, ce qui n’est pas le cas dans les autres tournois, où il est possible de s’approcher des joueurs et de discuter.

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Évidemment, les gros canons et les meneurs passent par la salle de conférence où, là aussi, le nombre de journalistes est limité afin de respecter la distanciation physique. À titre d’exemple, une trentaine de scribes ont écouté le champion en titre Tiger Woods en conférence, mardi après-midi. Habituellement, la salle déborde. On écoute même depuis le vestibule.

Dans la salle de presse, les bureaux occupés sont éloignés les uns des autres, dans les quatre directions. Le voisin de droite est placé à quatre mètres, celui de gauche à trois, ceux de devant et derrière à deux mètres. Les distributeurs de désinfectant sont mis en évidence à toutes les portes alors que le masque est obligatoire en tout temps.

Différent

Le Bartlett Lounge, ce restaurant qui se veut aussi un lieu de fraternisation pour décompresser et qui est une réplique de la Quonset Hut – le centre de presse de 1953 à 1989 – est fermé. Les repas sont commandés la veille et servis sur demande pour emporter à son espace de travail.

Au carrefour des « patrons » qui grouille habituellement d’action dès le début de la semaine, c’est le calme plat. L’immense boutique est fermée, les concessions aussi. On peine à croire qu’on n’entendra aucun rugissement de la foule comme le tournoi est disputé à huis clos. Sur le parcours, les cordes ont disparu, les petites chaises pliantes aussi.

Sur la terrasse devant l’emblématique pavillon, les parasols des tables sont déployés. Le vert domine partout sur la propriété. C’est bel et bien la semaine du Masters en novembre, dans un contexte sans précédent.

De Montréal à Augusta

Lundi : départ de Montréal-Trudeau à 8 h 30

 Prise de température à l’entrée de l’aérogare

 Questions nombreuses et pointues à la douane américaine

 Port du masque en tout temps (sauf pour manger)

Arrivée à l’aéroport de Chicago O’Hare à 10 h 15

 Aucune prise de température

 Pas de distanciation physique

 Très nombreux voyageurs sans masque ou le portant inadéquatement

 Vie « normale » dans l’aérogare

Arrivée à l’aéroport d’Atlanta Hartsfield-Jackson à 14 h 15

 Aucune prise de température

 Distanciation physique encore très sommaire et port du masque obligatoire non respecté

 Aérogare plus calme qu’à l’habitude

Arrivée à Augusta à 17 h 30

 Trajet d’environ 2 heures en voiture

 Test de dépistage COVID-19

 Résultat négatif reçu en 12 minutes

 Badge activé

Mardi : entrée sur la propriété à 8 h

 Prise de température et rappel des consignes sanitaires à respecter en tout temps

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