Crédit : Martin Bouffard / Le Journal de Montreal

Canadiens de Montréal

«Montréal est l'un des plus gros échecs de ma vie» -David Fischer

Publié | Mis à jour

«Pour être honnête, cela fait plusieurs années que je ne réponds pas aux journalistes de Montréal qui me contactent pour parler de ça. C’est très difficile pour moi de parler publiquement de l’un de mes plus gros échecs.»

Juin 2006. Alors que la relève des Canadiens est plus ou moins encourageante en défensive, le directeur général de l’époque, Bob Gainey, monte sur l’estrade du Rogers Arena de Vancouver dans le cadre de la séance de sélection de la Ligue nationale de hockey (LNH).        

Avec son tout premier choix, la 20e sélection de l’encan, le patron du CH jette son dévolu sur un défenseur nommé David Fischer. 

Fischer, un grand défenseur droitier, se démarque par la fluidité de son coup de patin et vient de connaître deux excellentes saisons dans la United States High School League au Minnesota. À ses 56 derniers matchs dans cette ligue, il compte 77 points. Gainey est fier de son coup et avoue entretenir de grands espoirs envers son nouveau protégé, qui vient également de recevoir la distinction «Mr. Hockey», décernée au joueur d’école secondaire par excellence au Minnesota. Il le voit devenir un élément-clé de son groupe de défenseurs à Montréal. 

Quatorze ans plus tard, on connaît la suite. Et on ne l’oubliera pas de sitôt. David Fischer n’a pas disputé un seul match dans la LNH. Et le repêchage de 2006 est encore aujourd’hui considéré comme l’un des pires de l’histoire des Canadiens de Montréal. 

Un vieil adage dit que «le temps arrange les choses». Pour Fisher, toutefois, la plaie est encore bien vive. Même après toutes ces années, le défenseur peine à replonger dans les souvenirs qui sont liés à la période où il croyait pouvoir réaliser son rêve. 

L’auteur de ces lignes avait contacté l’Américain en mars dernier pour lui proposer un entretien. C’est finalement huit mois plus tard qu’il a finalement accepté de discuter.

Très humble, le patineur aujourd’hui âgé de 32 ans a répondu à chaque question avec une étonnante ouverture, sans chercher d’excuses. Et c’est tout à son honneur. 

Pas vraiment une surprise        

On le disait plus haut, Fischer venait de connaître deux excellentes saisons dans un «High school» américain avant d’être sélectionné en première ronde. 

Mais s’attendait-il vraiment à sortir aussi haut? 

«J’entendais beaucoup de choses à gauche et à droite, mais selon ce que mon agent me disait, à l’époque, il y avait de fortes chances que je devienne un choix de première ronde. J’en étais assez convaincu pour me rendre à Vancouver! J’ai finalement eu l’honneur d’être sélectionné par les Canadiens de Montréal au 20e rang.»

«Je crois que Montréal m’a repêché en sachant que j’étais davantage un projet à long terme qu’un coup de circuit. Je n’étais pas assez mature physiquement pour faire le saut dans la LNH directement. Les membres de l’équipe de direction m’ont mentionné qu’ils aimaient mes habiletés sur la patinoire, mais qu’ils étaient conscients que j’aurais besoin de temps pour atteindre mon plein rendement.»

«J’y ai tellement pensé»       

Tel que prévu, le CH laisse beaucoup de temps à David Fischer pour qu’il atteigne le niveau tant espéré par l’équipe. Mais en vain. 

L’année suivant son repêchage, le défenseur choisit d’emprunter la voie de l’université américaine (NCAA) pour la poursuite de son développement. Il s’engage avec l’Université du Minnesota, où il retrouve quelques arrières ayant eux aussi été repêchés assez haut dans la LNH. 

Mais pendant qu’Alex Goligoski et Erik Johnson tirent leur épingle du jeu et font saliver les partisans de leur nouvelle formation, Fischer, lui, connaît une saison tout simplement atroce. Sa récolte de cinq petites aides en 42 parties est là pour en témoigner. 

À Montréal, autant les partisans que les dirigeants des Canadiens espérent une anomalie temporaire. Dans les hauts bureaux du Centre Bell, la nervosité commence à se faire sentir. 

Et Fischer ne fait rien pour calmer tout ce beau monde. Lors des trois années suivantes, pendant que plusieurs autres espoirs de l’équipe graduent dans la LNH, l’arrière ne peut faire mieux que des campagnes de 14, 13 et... six points. C’est donc dire qu’en bout de ligne, après quatre ans dans la NCAA, l’Américain est presque revenu à sa production de première année (à un point près). 

Les grands patrons du CH doivent se résigner : David Fischer n’est pas le défenseur efficace tant espéré. Ils choisissent de ne pas lui offrir de contrat et coupent donc les ponts avec l’arrière qu’ils vantaient ouvertement moins de quatre ans auparavant. 

La question qui brûle les lèvres, maintenant : «que s’est-il passé, David?»

Le sympathique hockeyeur prend une grande respiration, puis répond. 

«J’y ai tellement pensé, depuis 2010... J’ai tellement cherché la réponse. Ce n’est pas une chose à laquelle il est agréable de penser. C’est l’un des plus gros échecs de ma vie. Mais je crois que mon rendez-vous manqué avec le CH s’explique par une combinaison de plusieurs facteurs. 

«Je ne crois pas, en toute honnêteté, avoir travaillé assez fort pour m’assurer d’un jour atteindre le niveau de jeu que les dirigeants des Canadiens espéraient me voir afficher. Mon choix de me joindre à l’Université du Minnesota n’a pas non plus été très judicieux, quand j’y repense. Je n’ai pas maximisé mon temps là-bas. Je ne pensais pas seulement au hockey. L’université est remplie de distractions. 

«Je crois également que les changements à la direction du CH ont peut-être joué contre moi (Pierre Gauthier a remplacé Bob Gainey en tant que directeur général des Canadiens en 2010). Les nouveaux patrons se sont dit quelque chose comme : “ce gars n’est pas notre choix. Laissons-le partir et lavons-nous les mains de ce dossier”.

«Mais en bout de ligne, je prends la totalité du blâme. Je n’ai pas mis suffisamment d’efforts pour faire ma place dans la grande ligue.»

Trop de sensibilité?        

Fischer ne joue donc pas à l’autruche et se désigne comme étant le seul responsable de sa débandade. 

Il faut dire qu’à l’époque de son stage universitaire, le patineur devait également composer avec une situation très difficile sur le plan familial. 

«Ma mère était très malade à cette époque. Elle se battait contre une forme très virulente de cancer du sein et je devais vivre avec la tristesse et tout ça alors que je n’avais que 18-19 ans. Les Canadiens m’ont très bien soutenu là-dedans... Peut-être même trop. Personne n’a osé me dire de me bouger les fesses et de travailler plus fort. Était-ce parce qu’ils avaient pitié de moi?

fischer
Crédit photo : Photo : ARCHIVES / JOURNAL DE MONTRÉAL

«J’aurais voulu que quelqu’un prenne la peine de venir me voir pour me dire : “hey, je sais que tu traverses quelque chose de difficile. Mais il faut que tu te réveilles, sinon tu vas laisser ta chance passer. C’est la chance d’une vie que tu as, bonhomme.”

«Même si je crois que l’entière responsabilité de ma déroute me revient, je suis persuadé qu’un coup de pied au derrière aurait pu être salutaire.»

«Je suis d’accord avec ceux qui préféraient Claude Giroux!»       

Le repêchage est loin d’être une science exacte. Et on en a la preuve chaque année. 

Mais certaines erreurs font plus mal que d’autres. 

Deux choix après celui du CH, en 2006, les Flyers de Philadelphie ont sélectionné... Claude Giroux! 

Il y a quelques temps, Trevor Timmins confiait d’ailleurs au confrère de «La Presse» Mathias Brunet que son cœur lui disait de choisir Giroux, mais que Fischer était nez-à-nez avec l’Ontarien sur sa liste et qu’il voulait améliorer sa défensive à ce moment-là. 

Lorsqu’on lui parle des commentaires de Timmins, Fischer éclate de rire. 

«Écoute, je suis entièrement d’accord avec les partisans qui auraient préféré Claude Giroux. Difficile de les blâmer, aujourd’hui!

«Pour moi, qui n’était pas le plus gros talent naturel, il aurait vraiment fallu que je mette les bouchées doubles pour faire ma place dans la LNH. Mais pour les raisons mentionnées précédemment, je ne l’ai pas fait. Et d’autres l’ont fait. On voit le résultat aujourd’hui.»

Une belle carrière... Malgré tout!        

On pourrait penser que Fischer s’est effondré après l’échec de son association avec les Canadiens. Mais il n’en est rien. 

Même s’il n’a pas joué au plus haut niveau, le défenseur a quand même trouvé le moyen de rouler sa bosse dans le hockey professionnel. 

Il a disputé deux saisons dans la Ligue East Coast avec les Everblades de la Floride, puis a pris part à deux parties avec Houston dans la Ligue américaine. 

En 2012, il s’est envolé pour l’Allemagne où il a évolué en deuxième division pour une saison, puis en première lors des trois campagnes suivantes. Il était alors porte-couleur des Penguins de Krefeld. 

En 2016, le hockeyeur a pris la route de l’Autriche. Il y est toujours depuis ce temps et défend les couleurs du Klagenfurt AC. 

Crédit photo : A winning habit

Lorsqu’on lui demande quels sont les plus beaux souvenirs de sa carrière, Fischer offre cette réponse. 

«Je crois, malgré toute l’histoire entourant les Canadiens, m’être développé comme un bon joueur de hockey et je suis très heureux de ça. J’ai adoré mes deux années en Floride. Ce fut vraiment une opportunité de me rappeler qui j’étais. Nous avons remporté le championnat du circuit à ma deuxième saison là-bas. C’était vraiment génial! 

«J’ai bien aimé mes années en Allemagne aussi. Puis, en Autriche, j’ai pu vivre l’expérience de remporter un championnat en tant que capitaine. C’était l’an dernier et je n’oublierai jamais ce moment.»

Lorsqu’il regarde derrière lui, David Fischer se considère chanceux d’avoir pu vivre de si belles expériences. Il concède d’ailleurs que son exil vers l’Europe est l’une des meilleures décisions qu’il ait pu prendre, notamment en raison de l’impact de celle-ci sur le plan humain. 

«La transition entre l’Amérique et l’Europe est plutôt particulière, mais la vie sur le Vieux-Continent est très agréable! C’est un luxe, pour quelqu’un comme toi et moi, de pouvoir voyager à travers le monde. Plusieurs personnes n’auront jamais cette chance. 

«Je vis présentement à Klagenfurt dans le sud de l’Autriche et c’est comme chez moi. J'ai rencontré ma copine ici, il y a trois ans. La vie est complètement folle! Si on m’avait dit en 2006 que j’allais rencontrer une Autrichienne et vivre en Europe 15 ans plus tard, je ne l’aurais jamais cru.»

Nous non plus, David... Nous non plus!