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Impact de Montréal

Bacary Sagna a connu le racisme

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On parle beaucoup de racisme ces temps-ci et Bacary Sagna sait de quoi il parle quand il aborde la question, puisqu’il a été confronté au phénomène alors qu’il était encore tout jeune, en France.

«Ça existe pour moi depuis que je suis tout petit. J’avais un voisin raciste. On avait peur d’envoyer le ballon chez lui parce qu’on se faisait traiter de tous les noms», admet-il lors d’un entretien téléphonique.

«Personnellement, ça ne m’a jamais blessé et dérangé, je suis fort de caractère et je sais faire la différence, il ne faut pas généraliser.»

Cela dit, même si les progrès ont été énormes depuis les années 1960, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre cette égalité à laquelle les personnes racisées aspirent.

Sensibilisation

Après deux saisons sous les couleurs de l’Impact et sans nouveau contrat, Sagna s’est retrouvé retraité un peu par la force des choses à 37 ans.

Il a choisi de consacrer une partie de son temps à sensibiliser les gens à la cause.

«Il y a certains biais qui n’ont pas disparu depuis mon enfance et j’en ai parlé avec les gens de l’Impact. Dans le monde du sport, j’ai souvent eu l’impression d’être traité différemment.»

Il salue l’initiative de la Major League Soccer, qui fait beaucoup d’efforts afin de combattre les inégalités, mais demeure tout de même sceptique.

«C’est bien d’avoir une réflexion, mais je ne suis pas sûr que ça change grand-chose. Les choses changeront quand les grandes institutions prendront des positions fortes.»

Frapper fort

Pour Bacary Sagna, il faut que les gestes soient percutants pour que les choses changent vraiment.

«À partir du moment où les chaînes télé seront touchées par le refus de jouer des joueurs, ça va changer. Quand les droits de télé seront impactés, c’est l’entreprise en entier qui sera impactée.»

«Quand il y a injure d’un fan, il faut qu’il soit expulsé à vie, pas seulement pour deux ou trois ans. On est trop laxistes.»

«À partir du moment où les sanctions seront exemplaires, les choses vont changer. Si tu dis à un individu qu’il risque une amende ou une peine, peut-être qu’il réfléchira.»

Une vraie discussion

Bacary Sagna est toujours très posé quand il parle et est plutôt économe de mots, mais il les choisit bien et il souhaite qu’on ouvre une vraie discussion pour réellement progresser.

«Il y a de l’espoir, on a vu un mouvement de foule avec Black Lives Matter et la population a pris conscience de quelque chose avec tout ce qui s’est passé aux États-Unis.»

«Mais il faut que ce soit plus que symbolique, c’est devenu plus un effet de mode qu’autre chose.»

Mais n’y voyez pas là une certaine forme de cynisme ou de désillusion. Il croit vraiment que les choses peuvent changer.

Les jeunes

«On avance, mais c’est peut-être avec la génération suivante qu’on verra un changement», a-t-il mentionné en ajoutant une évidence qu’on oublie trop souvent.

«On ne naît pas raciste, on le devient. Les enfants n’ont pas de biais de la sorte.»

Et c’est pourquoi il met son énergie à parler aux jeunes.

«C’est surtout aux plus jeunes que j’essaie de transmettre le message. Les gens ne sont pas forcément conscients de la situation.»

Pourquoi il a choisi Montréal

Bacary Sagna possède des résidences en France et en Angleterre, mais c’est à Montréal qu’il a choisi de vivre même si plus rien ne le retenait ici à la conclusion de son entente avec l’Impact.

Même si ce n’est pas toujours parfait et que notre ville a ses défauts, elle possède aussi de grandes qualités qui ont séduit la famille Sagna.

«Quand on fait le tour de Montréal, il y a une belle mixité et c’est bien d’avoir un mélange de cultures.»

«Apprendre des autres, ça permet à tout le monde d’avancer, même si certains n’apprendront jamais.»

Et signe d’un enracinement ici, ses enfants font désormais partie de l’Académie de l’Impact.

Qualité de vie

On a choisi de vivre à Montréal parce qu’on a une bonne qualité de vie, affirme Sagna. C’est une des plus belles villes nord-américaines, c’est une ville qui accepte les étrangers.

Le soccer a mené Sagna et sa famille un peu partout en Europe, il est donc à même de comparer son expérience montréalaise à ce qu’il a vécu ailleurs.

«Pour avoir eu la chance de vivre en Angleterre, en Italie et en France, c’est ici où on se sent bien.»

«On n’est pas persécutés et il y a un niveau de sécurité important. On peut se promener tranquille le soir. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr qu’une femme peut se promener à Paris ou à Londres après 23 heures.»

Traitement différent

Pour illustrer pourquoi il se sent bien ici, Sagna explique que le traitement qu’il reçoit est loin de ce qu’il a vécu en France.

«J’ai joué pendant dix ans en équipe de France et je n’ai jamais eu l’impression d’être traité de la même façon. Je savais que je devais travailler deux fois plus fort et en mettre plein la vue.»

«J’ai souvenir d’un match où je me suis fracturé le péroné. Pendant mon absence, un joueur blanc a pris ma place, il a fait de bons matchs et a été plutôt solide.»

«À mon retour, en 2012, dans un match contre l’Angleterre, tous les journalistes militaient pour qu’il garde sa place.»

C’est quand il a franchi la Manche que les choses ont changé.

«Quand je suis arrivé en Angleterre, c’était le jour et la nuit. En France, je n’ai jamais eu d’insultes raciales dans la rue, mais j’ai senti plus de respect en Angleterre.»

Et c’est ce qu’il a retrouvé en arrivant au Québec.